P. Btrret. Afrique occidentale, II
iOO L'ÉVOLUTION RBLiGlEtSB.
primetuné redoutable concurrence commerciale en fétichant une rivière* par une sorte de tabou^ [qui interdifiait d'y naviguer. Souvent le félicheur se prend lui-môme au sérieux. ,c Mes sujets, disait un roitelet de TAfrique occidentale, le chef de la tribu des Obbos, mes sujets sont des brutes impertinentes. 11 faut bien se garder de leur accorder une ondée d'avance. Pas une goutte de pluie pour eux, s'ils ne m^apporlent pas dii blé, des chèvres^ des ignames', etc. »Àu Gabon, un roi réputé puissant magicien avait lui-même une peur horrible d'être ensorcelé'. Dans Pest, c'est ordinairement avec des sifflets en cornes d'antilope que l'on provoque ou arrête la pluie et, quand il se trouve qu'un roi est un bon faiseur de pluie, il délégué à volonté ce don précieux à qui bon lui semble, moyennant une convenable investiture magiquc^
Mais le plus souvent les sorciers en renom, les féticheurs, ne sont pas des tètes couronnées ; ce sont de simples particulîirs, qui par grâce spéciale savent gouverner les éléments, dominer les esprits et découvrir la vérité. Leur pouvoir balance souvent Tautorilé des chefs, avec lesquels ils s'entendent d'ailleurs volontiers au mieux de leurs intérêts communs. Parfois les rois s'humilient d'eux-mêmes devant le pouvoir surhumain des féticheurs. Au Gabon, du Chaillu a vu un féticheur désensorceler une rue, par laquelle le chef du village n'osait plus passer depuis une vingtaine d'années".
Un bon sorcier peut évidemment s'ingérer dans tout ; mais il existe cependant deux catégories de faits pour lesquels on réclame le plus ordinairement son intervention : ce sont les débats judiciaires et le& maladies ou les morts. De l'Atlantique à la mer des Indes ces coutumes insensées sont en vi-
i. P. Barret. Afrique occidentale, II, 170. 3. S. Baker. L*Alber(-Nyanza, 270.