YJI. — DES IDÉES DITES REUGIEUSB8 CHEZ LES NÈGRES SAUVAGES
Une vue générale se peul aisément tirer de celle exposition analytique. Déjà nous commençons à élre familiers avec la mentalité de Thomme primitif. Cette religion africaine, nous i'avonsdéjàtrouvée,nouslatrouveronsencoreend'autres points du globe. Néanmoins, nulle part peut-être on ne la peut voir plus à nu que chez le nègre d* Afrique. Il est presque superflu de remarquer que cette mythologie grossière n'est point faite pour nous rendre très fiers de notre dignité d*homme : c'est, i parties égales, un mélange de naïveté puérile et de férocité. -— L*homme primitif ne sait rien encore ; s'il est supérieur à l'animal, ce n'est guère que dans le pouvoir de s'illusionner, d'accorder une réalité objective aux visions qui le hantent dans la veille et le sommeil. Sa débile intelligence lui sert surtout à se tromper ; son imagination affolée Tempéche de croire à l'honnête témoignage de ses sens. Tout plein de luimême, il reflète sa pauvre personnalité sur tout ce qui l'en* vironne et prête volontiers aux êtres ambiants, vivants ou non, des passions, des besoins, dos sentiments analogues aux siens; partout il voit ou soupçonne d'invisibles esprits, ordinairement de forme humaine ; il dédouble ses morts et en abstrait des fantômes qui le tourmentent.
Est-il raisonnable de baptiser d'un nom spécial, d'appeler « religieuses », ces puériles illusions d'hommes encore enfants? Évidemment non. Aussi nombre de sectateurs des grandes religions, que nous étudierons plus tard, flétrissent dédaigneusement toutes ces croyances animiques du nom de « superstitions ». Mais, en suivant la route que nous avons choisie, en étudiant patiemment les faits soi-disant religieux dans tout le genre humain, depuis les races les plus humbles jusqu'aux races supérieures, nous verrons qu*il est absolument
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i mpossible de tracer une frontière entre la superstition et la religion. La seconde sort manifestement de la première, comme une plante de sa graine, et même ce sont les croyances dites superstitieuses qui, seules, nous peuvent donner la clef des autres.
Au pomt de vue de l'utilité sociale, les croyances mythiques des* populations dont je viens de parler ne se relèvent eh rien. Non seulement ces erreurs faussent la raison débile de Thomme primitif, mais elles empoisonnent' toute son exis* tence, lé font vivre dans une atmosphère de perpétuelle terreur, enfin le poussent à commettre, sous couleur de piété funéraire, des crimes atroces et incessamment renouvelés, sans parler même des milliers de malheureux accusés, convaincus de inagie et sacrifiés pour ce crime imaginaire. Dans l'Afrique Orientale,' les routes sont jalonnées de bûchers éteints, ayant dévoré de prétendus sorciers; car, dans cette région, comme dans notre Europe féodale, les sorciei*s subissent ordinairement la mort par le feii, sans doute parce que Ton espère ainsi détruire à la fois l'esprit et le corps du sorcier.