Ibid, 4Ô
il invoqua son intervention vengeresse, en récitant une sorte de formule d'excommunication fort curieuse : « S*il mange, disait-il, que ses aliments le suffoquent ! — S'il marche, que les ronces le déchirent 1 — S'il se bai^e, que les alligators l'avalent! — S'il va en canot, qu'il coule! etc. » Ckîtte litanie farouche était psalmodiée sur un air pathétique et accompagnée de gestes expressifs*.
A Jourriba, le culte s'est déjà quelque peu régularisé. On célèbre une grande fête annuelle, durant laquelle on immole dans la case du fétiche des poules, des moutons, des chèvres, des vaches, des chevaux. Comme les fétiches ne sauraient consommer eux-mêmes toutes ces victuailles, les adorateurs s'en chargent, d'où un grand feslin, auquel les convives, hommes et femmes, doivent, dit-on, assister dans un état de complète nudité'.
En dehors des temples rudîmentaîres, il existe quantité d'endroits hantés, consacrés et dangereux, où Ton ne passe qu'avec crainte et souvent en faisant quelque légère offrande. Sur le Niger, les conducteurs de canot interpellent les fétiches riverains à chaque sinuosité du fleuve. S'il arrive qu'un écho réponde, alors ils versent dans le courant du rhum et y jettent des morceaux d'yam et de poisson : « C'est pour le fétiche, disent-ils; si nous ne le nourrissons pas bien, il nous tuera ou nous rendra pauvres et malades'. »
Partout la valeur des offrandes est strictement proportion* nelle & l'importance de l'affaire, à laquelle on désire intéresser le fétiche ou l'esprit. Ce peut être un mouton, un chien, un bœuf, etc. ; mais on fait une grande consommation de volailles, soit comme offrande pour les mêmes affaires, soit pour en tirer des augures. Un Serrawouli, qui cependant avait