‹ L'évolution religieuse dans les diverses races humaines;Chapitre 122 sur 555 · R. et J. Lander. HûL univ, vay. voL Xïl · texte numérisé non relu

R. et J. Lander. HûL univ, vay. voL Xïl

résidé sept ans en Angleterre, attachait encore un poulet, un poulet blanc, aux branches d'un arbre fétiche pour que son voyage fût heureux. C'était, disait-il, pour se rendre favorables les esprits des bois, divinités très puissantes ayant une forme humaine et une longue chevelure ondoyante. Les esprits sylvains sont blancs; c'est pourquoi il leur avait offert une poule de leur couleur*.

De ces croyances ou pratiques, il n'en est pas une qui dénote un progrès bien marqué sur celles des nègres les plus inférieurs; toutes dérivent également du fonds animique, commun à la race entière. Cependant la plupart des populations, dont je viens de parler, ou bien sont frottées de mahométisme ou vivent en contact avec des nègres soi-disant convertis au mahométisme, religion introduite par les Arabes et propagée avec énergie par divers peuples indigènes, surtout par les Foulahs, Pouls ou Peulhs. Il est intéressant de voir comment rislamisme, religion soi-disant supérieure, a été compris par ces races encore si peu développées. Il l'a été fort mal. Les Buinbaras font ce qu'ils peuvent pour être monothéistes, mais sans y réussir. Allah est devenu, pour eux, Nallah, créateur du monde, tonnant dans les airs pour épouvanter les méchants. Nallah dispense à son gré le courage, la force, la beauté; il multiplie les animaux utiles, fertilise les champs. 11 aime qu'on le prie et vient au secours de ses fidèles, dans les moments de danger, de maladie, de famine. Nallah est un dieu invisible, mais il ne perd pas les hommes de vue et récompense, après leur mort, les gens de bien par d'indicibles joies.-Sa demeure est au ciel, bien au-dessus des nuages. Mais, à côté de Nallah, les Bambaras adorent aussi un dieu indigène, plus à leur portée: c'est Bouri, dont j'ai déjà parlé; en même temps ils continuent à pi*ier les esprits de leurs ancêtres, à sacrifier des poules et à répandre du mil dans eer-

, i. Mungo-Park. Uist. univ, voy. vol. XXV. 9i.

tains endroits fétiches, quand ils ont une faveur à implorer*. En outre, les Bambaras se couvrent littéralement de grigris : seulement ils attribuent une valeur plus grande à ceux qui sont écrits par les marabouts ^ En effet, pour les nègres de la zone tropicale, récriture est une sorte de magie et partout les gri-gris écrits ou saphis sont fort estimés, se vendent et s'achètent fort cher. Ces saphis sont des versets du Koran, que les marabouts écrivent soit sur des morceaux de papier, soit sur des morceaux de bois, et l'on en fait souvent un singulier usage. Pour se guérir d'une blessure, un sultan de Sackatou lavait simplement un de ces talismans, puis buvait l'eau du lavage^ A Djenné, près de Kano, une femme, hôtesse de Clapperton, fit laver ainsi tieize morceaux de bois consacrés par l'écriture et en fit ensuite boire la dilution à toute sa maison; elle en offrit même au voyageur, lequel se contenta de répondre « que jamais il ne buvait d'eau sale* ». Les gri-gris islamiques n'empêchent nullement d'user des anciens gri-gris préislamiques : racines, coquillages, cornes, dents, etc. L'im des plus précieux de ces gri gris vieux style est le cordon ombilical, que les enfants porlenl attaché à leur cou'. On voit aussi de zélés mahométans confier aux fétiches de leurs pères le soin de garder l'enlrée de leur maison ^ Cependant beaucoup d'Africains observent, que bien que mal, le rituel mahométan. Ordinairement ils remplacent, il est vrai, les ablutions par une simple mimique, mais ils se prosternent et font, cinq fois par jour, leurs prièi'es, en langue arabe qu'ils ne comprennent pas'. Surtout ils sont fermement

Page 1