Dupré. Trvis mois de séjour à Madagascar
128 L'ÉVOLUnON RELIGIEUSE.
plate-forme est souvent recouverte de cailloux et surmontée alors d'une pierre levée, d'un menhir. Celle plateforme doit être d'une seule pièce et, quand il s'agit de personnages importants, elle est parfois énorme. La table du tombeau de Rainihiare, ancien commandant en chef, a 13 mèlres de côlé et plus de 60 centimètres d'épaisseur. Elle cube environ 90 mètres et a été amenée d'une dizaine de lieues de distance. Pour ce traînage, il a fallu requérir vingt mille hommes environ*. Il est vraisemblable que les constructeurs préhistoriques de nos dolmens d'Europe ne procédaient pas autrement, et il est permis de conjecturer qu'en Europe et à Madagascar les initiateurs de ces coutumes ont élé les peuples berbères, premiers occupants de l'Europe méridionale et de l'Afrique septentrionale :
Relativement aux esprits des morts, les croyances malgaches ne diflerent de celles des nègres d'Afrique que par plus de complexité. Selon eux, l'homme aurait non pas un, mais trois esprits : l'un de ces esprits, appelé sainay s'évanouit au moment de la mort; un deuxième, nommé ainuy se transforme en air pur; enfin un troisième, le matentou, est le double ordinaire, le fantôme, qui longtemps erre aulour du tombeau* et, pour l'usage duquel évidemment, on préparc à grand'peine le caveau mégalithique. A chaque nouvelle inhumation dans la maison mortuaire, les Malgaches ont soin de pénétrer avant le mort dans le tombeau et d'annoncer aux parents, qui y sont inhumés, qu'un des leurs va venir les rejoindre, qu'ils aient donc à lui faire bon accueil'. Il est clair cependant, que les doubles des décédés ne résident pas toujours dans leur tombeau, puisqu'une grande montagne,