IV. — L ANIMISME EN ABYSSLME
Les Abyssiniens passent pour chrétiens; en effet, ils construisent des églises à profusion, pratiquent plus ou moins exactement les cérémonies du culte, méprisent cordialement les infidèles; mais il n'est pas nécessaire de creuser bien profondément leur foi pour atteindre le sous-sol animique. Je citerai quelques faits à titre d'exemples.
Les Abyssins croient aux auspices, à la divination piai* le chant et le vol des oiseaux ^ Ils usent et abusent des amulettes. Les prêtres en font môme commerce et vendent des bandes de parchemin, sur lesquelles ils écrivent en caractères éthiopiques ou dessinent des images de saints. Ces amulettes, renfermées dans des étuis, se portent en colliers et l'on en met aux ânes et aux mules (Combes et Tamisier, m, 195).
Les prêtres vendent aussi des morceaux d'arbres foudroyés, qui ont la vertu de guérir les maladies et d'en préserver; ils font encore commerce de dents d'hyène, qui servent d'égide contre les sortilèges*. La foi aux gri-gris est universelle en Abyssinie. Les femmes demandent aux voyageurs des talismans qui les rendent fécondes'; on supplie les Européens d'en écrire sur des morceaux de papier*. La superstition du mauvais œil est générale. Les femmes se voilent jusqu'aux yeux pour
i. A. D'Abbadie. Douze ans dans la Haute Ethiopie, 522. S Combes et Tamisier. Voyage en Abyssinie, III, 193.