Ibid.Ui
132 L'ÉVOLUTION RELIGfEUSE.
se garantir de ses effets funestes*. C'est surtout en mangeant qu*on est exposé à la pernicieuse influence du mauvais regard, aussi a-t-on soin de masquer d'un rideau, pendant leurs repas, les personnages quelque peu importanls\ On va môme jusqu'à recouvrir d'une toile leur vase à hydromel; parfois on couvre les grands, quand ils crachent'. En fait, la croyance aux sorciers et à la sorcellerie forme la vraie foi du pays. Quand des voyageurs jcllent derrière eux quelque harde, on ne doute pas qu'ils n'aient dessein d'ensorceler la contrée*.
Les sorciers abyssins sont extrêmement redoutés. On en a vu, dit-on, habiter en troupe telle ou telle caverne et terrifler tout un district; car ils commandent à leur gré aux éléments*. Les prêtres abyssins eux-mêmes croient que, par des artifices magiques, on peut h distance sucer le sang d'un ennemi, que les sorciers ont le pouvoir de métamorphoser un homme en un animal quelconque^ De même les forgerons, sorte de sorciers, peuvent revêtir, s'il leur plaît, une forme animale (H. Spencer, Sociologie, I, 444). Les jprôti-es ne doutent pas que les démons ne puissent s'introduire dans le corps des hommes ; selon eux, les cpileptiques sont tous des possédés^. D'autre part, ils sont convaincus qu'il suffit d'invoquer un saint pour l'obliger à venir écouter complaisamment ce qu'on peut avoir à lui dire*.
Les Abyssins soi-disant chrétiens adorent toujours des divinités animiques. Ils invoquent la nouvelle lune, en se couronnant de fleurs*; ils prient les serpents, qui, comme celui de