Ibid
L'ÂNIMISffi EN POLYNÉSIE. Id9
OU des chefs. Là non plus cette sauvage ferveur n'indiquait pas toujours la douleur, le regret inspirés par la mort; puisque Portera vu, à Noukahiva, une veuve se prostituer aux matelots américains, quoiqu'elle eût encore le cou, les bras, la poitrine zébrés d'incisions funéraires toutes fraîches^. Aux Marquises, avant de s'infliger des blessures, les femmes se livraient à une mimique des plus curieuses. Tout en chantant un hymne funèbre, la veuve et quelques jeunes filles dansaient devant les cadavres et prenaient des poses lascives; puis elles se penchaient sur le mort en disant : « Il n'a pas bougé... Il ne bouge plus... Hélas! hélas! Il n'est plus de ce monde!* »
La pratique des incisions n'était pas le seul rite funéraire .sanglant ou douloureux usité en Polynésie. A Tonga, on se brûlait la peau^ on se plongeait une pique dans la cuisse, les joues, les flancs\ ou bien l'on s'amputait une phalange du petit doigt ou de ^annulaire^ A la mort du grand Tamebamèha, le Napoléon des iles Havaî, tous ses sujets s'arrachèrent une dent et môme ils recommençaient cette avulsion dentaire à chaque iinniversaire de cette grande perte*. Nomalianna, veuve du roi,, avait fait tatouer sur son bras droit l'inscription suivante : « Notre bon roi, Tamehamcha, est mort le 6 mai 1819. ^ Plusieurs indigènes se firent tatouer la même inscription sur la langue'. A l'occasion de la mort du grana roi, son palais fut réduit en cendres, la plupart des cochons de l'archipel furent égorgés pendant les obsèques^ Mais les incisions, amputations de pha-
i. Porter. Hist. umv. voy. vol. XVI, 351.