Cook. Troisième voyage, vol. X
L'ANIMISMB EN POLYNÉSIE. 149
afin qu'ils intercédassent auprès des dieux pour leurs compagnons encore vivants*. Nous avons précédemment trouvé la croyance au Bolotou en vigueur chez les Yitiens, qui sûrement la tenaient des Polynésiens de Tonga.
Les Havaîens et les Taîtiens disaient dans leur langage courant que les ombres des morts étaient « mangées » par les dieux. Ce doit être une expression métaphorique ; car ces insulaires décrivaient avec détaill eur Tartare et leurs Champs- Elysées. A Taïli, les doubles, aussitôt sortis des corps, se réunissaient sur une petite émincnce située à l'ouest de File, et où il y avait deux roches. Les ombi*es innocentes, c'est-à-dire celles des gens qui, de leur vivant, avaient scrupuleusement observé les rites religieux, se posaient sur la pierre de droite; les autres, sur la pierre de gauche. Les premières étaient aussitôt admises dans le Po. Les autres avaient au préalable besoin d'être purifiées, c'est-à-dire d'être livrées aux dieux domestiques (Oromalouas), qui leur grattaient soigneusement les os afin d'en enlever la chair\ Mais, en définitive, toutes les ombres se réunissaient dans un paradis, le Rohoulou noa noa^ le Bohoulou parfumé, lumineux séjour où les esprits menaient une vie de délices et où le soleil brillait toujours. Parfois la demeure des doubles était située dans le soleil même où régnait le dieu Touloumoy belle divinité anthropomorphique, ornée d'une chevclui'e qui lui tombait jusqu'aux pieds'. Mais, selon l'opinion générale, le Rohouion était situé dans l'air au-dessus d*une haute montagne de Raîatea. Un dieu, préposé à ce service, conduisait les ombres à ce délicieux paradis. Le Rohoulou était spécialement destiné aux membres de la confrérie des Aréots^ dont je parlerai tout à l'heure, aux chefs et aux amis des chefs.
i. Th. West. Loc. et/. 255.