A. d'Orbigny. Loc, cit. l
m. — LES DIEUX
Le panthéon péruvien était fort peuplé, mais monarchiquement organisé» comme l'empire des Incas. Le mot péruvien guacas, employé pour désigner les divinités, signifiait simplement esprit^ c'est-à-dire double, et en effet les dieux étaient conçus comme les personnifications des choses, des forces de la nature. En cela d'ailleurs il faut distinguer les croyances populaires de celles des classes supérieures. Le culte fétichique des animaux, des plantes, des objets inanimés était extrêmement répandu. Les sauvages habitants de la province des Antis, nous dit Garcilasso, adoraient les tigres, de grands serpents longs de 25 à 30 pieds, l'herbe coca*; mais ces croyances animiques n'étaient pas spéciales aux Antis, du moins avant que les Incas eussent imposé aux populations subjuguées le culte du Soleil. Chaque rue, chaque maison, chaque famille avaient leurs dieux différents. On adorait des herbes, des fleurs, des arbres, des montagnes, des cavernes, des précipices, de grosses pierres, des cailloux colorés, l'émeraude; des animaux, le tigre, le lion (puna), l'ours, les singes, les renards, le chien; des oiseaux, surtout le condor {cuntur), des aigles, des faucons, des serpents, des lézards, etc., et il est très probable que la plupart de ces êtres vénérés avaient un caractère totémique, représentaient la souche mythique des clans. Garcilasso, qui nous énumère ces dieux inférieurs, dit même expressément que le condor était tenu pour totémique\ Malgré le culte suprême du Soleil, l'adoration de cette foule de dieux subalternes persista et l'on continua à diviniser, à animiser plutôt, tout