‹ L'évolution religieuse dans les diverses races humaines;Chapitre 217 sur 555 · Ibid. Uv. m, ch. xxn · texte numérisé non relu

Ibid. Uv. m, ch. xxn

dans la famille sacrée, parmi les Incas. Dans les provinces, les desservants des temples étaient pris dans la famille des curacaSf gouverneurs ou préfets*; mais toujours le prêtre principal appartenait à la famille des Incas*. Les membres du clergé péruvien ne se distinguaient d'ailleurs par aucun insigne ou costume particulier. Us n'étaient pas non plus chargés de Tinstruction publique, comme Tétait le clergé mexicain. Leurs devoirs étaient purement religieux, mais pour tout le reste ils se confondaient avec les nobIes^ J*ai dit ailleurs* comment on avait largement pourvu aux besoins du culte et de la classe sacerdotale, en assignant au clergé le revenu du tiers des terres arables.

Les dépenses nécessitées par la religion étaient d'ailleurs considérables. Il fallait d'abord entretenir de véritables couvents de femmes, couvents très peuplés : les maisons des c vierges élues ». Ces recluses à moitié vestales, puisqu'une de leurs principales fonctions consistait à alimenter le feu sacré, étaient dès l'enfance vouées au service divin et élevées par des matrones vieillies dans l'enceinte des cloîtres. On leur enseignait à filer et tisser en étoffes de la belle laine de vigogne, puis à broder ces tissus destinés à habiller l'Inca, à orner ses palais et aussi les temples du Soleil. Absolument cloitrées, les vierges élues ne voyaient que la reine, la coya, et rinca. La virginité était, pour elles, d'obligation stricte; si elles enfreignaient ce devoir imposé, elles devenaient sacri* lëges; car elles avaient été consacrées au Soleil et l'infidélité à ce grand dieu était un crime inexpiable, aussi la rigueur de la punition était-elle proportionnée à la grandeur de la faute. La coupable était enterrée vivante, exactement comme la vestale romaine souillée du même forfait. L'amant était

i. Prescott. Loc. cit, I, III.

S. Garcilasso. Loc. cit. Ht. II, cli. », 101.

3. Prescoit. Loc cit, I, 111. — Garcilasso. Loc. cit. liv. II, ch. ix, 19t.

4* Voir mon Évolutioti politique et mon Évolution de la propriété.

étranglé, sa ville natale était rasée et l'on en semait de pierres l'emplacement. Au contraire, Tlnca, en sa qualité de soleil terrestre, pouvait librement se choisir des concubines dans les maisons des vierges élues. C'était, pour celles-ci, uu gi and honneur; elles étaient alors doublement « élues », et, quand, ayant cessé de plaire à leur divin époux, celui-ci les renvoyait dans leurs familles, elles conservaient jusqu'à la mort un grand train de maison.

A Cuzco, les € vierges » étaient toutes du sang des Incas. Dans les provinces, les couvents se recrutaient parmi les filles des curacas et aussi parmi les plus belles personnes de la classe inférieure. Partout la permission de bâtir une maison pour les c vierges du Soleil » était considérée comme une insigne faveur. A Cuzco, le grand couvent modèle renfermait au moins quinze cents pensionnaires. Toute la vaisselle de cet établissement sacré était d'or ou d'argent; des plantes, des fleurs des mêmes métaux ornaient le jardin du cloître*.

Trop souvent et surtout trop légèrement, on a voulu assimiler absolument les maisons péruviennes des vierges élues aux couvents catholiques, mais l'analogie est assez lointaine. Dans la religion de l'ancien Pérou, le Soleil était un dieu anthropomorphique, un Inca habituellement céleste sans doute, mais à qui il pouvait prendre fantaisie de descendre sur la terre et auquel il convenait, par suite, d'ofirir de nombreuses épouses, des harems, comme en avait son fils l'Inca terrestre. Enfin, comme ce dernier était le représentant direct du monarque céleste, il était tout naturel qu'il usât à son gré de ces vierges, que le Dieu-soleil dédaignait toujours. Pourtant, quand nos écrivains mystiques du catholicisme parlent, dans leurs effusions, d' « époux divin », d' « union avec Dieu »• ils se rapprochent évidemment de l'idée très grossière qui avait poussé les Péruviens à fonder des harems solaires.

1. Prescott. Loe ciM,il8.--Garcilasso.Loc.a7. liv.IV, ch.iii,11,19,etch.i,5.

216 L'ÉVOLUnON RELIGIEUSE

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