BuUock. Loc, cit
Après la mort, on commençait toujours par revêtir le défunt d*habits particuliers en rapport avec sa divinité protectricCt son patron. Puis on le liait dans une position accroupie ; on lui versait un peu d'eau sur la tète et on plaçait dans son suaire un petit vase plein d'eau; enfin on le couvrait de papiers portant des inscriptions pictographiques. Les inscriptions de ces talismans étaient relatives aux incidents et dangers du voyage d'outre-tombe que l'ombre allait entreprendre. L'une disait: « Voici avec quoi vous passerez entre les deux sierras qui se touchent;» d'autres : «Voici avec quoi vous passerez par le chemin où le serpent vous attend» ; «Voici pour passer les huit déserts » ; « Voici pour passer le vent des navajas » , etc. etc. On plaçait aussi près du cadavre un petit chien, portant autour du cou un fil de coton à peine tordu. Ce chien était brûlé avec le mort et son ombre devait soutenir celle du défunt au passage infernal appelé « les neuf eaux ». On brûlait les armures conquises pour les hommes, les ustensiles de tissage pour les femmes, surtout les vêtements des uns et des autres. Les doubles de ces vêtements servaient à diverses fins; d'abord l'ombre du décédé offrait ces doubles aux mauvais génies en même temps que les talismans en papier, afin de les amadouer durant le voyage ; en outre les ombres des morts portaie ces ombres de vêtements pour se gai^ntir du froid.
Enfin les sacrifices funéraires étaient de rigueur pour les morts de qualité. Une vingtaine d'esclaves étaient ordinairement immolés pour que leurs doubles pussent accompagner celui de leur maître ^ Mais ce sont là des horreurs sur lesquelles nous sommes déjà blasés. Nous les retrouvons ici et les retrouverons partout, parce qu'elles procèdent logiquement de la croyance à une vie d'outre-tombe.
1. Bernardin de Sahagun. Histoire générale des choses de la Nouvelle- Espagne (Traduction Jourdanet), liv. III, Appendice, ch. i. — Prescott. Loc. cit. 1,50.
n. — LA VIE FUTURE
Il semble qu'à l'imitation de beaucoup de primitifs, les anciens Mexicains aient cru d'abord que le double du défunt séjournait quelques jours près du cadavre; du moins les Pipiles, nation maya^ avaient coutume de se lamenter près du corps de leurs chefs décédés, mais seulement pendant quatre jours; le cinquième jour le grand prêtre arrêtait toute cérémonie, en annonçant que l'ombre du chef était arrivée dans le séjour des dieux\
Mais tout le monde n'avait pas le bonheur de rejoindre les dieux. Les Mexicains croyaient à l'existence de trois pays d'outretombe : un en fer, un paradis et la demeure du Soleil. L'enfer était réservé à ceux qui mouraient de maladies, sauf certaines exceptions que je signalerai tout à l'heure. Dans TenferS les ombres trouvaient un esprit méchant, un esprit à la longue chevelure, tzontemoc (izontli, chevelure; temoCf tombante), et sa femme Mictecacinatt (cinatl^ femme; teca, qui prend soin; micque^ des morts). — Le paradis, appelé Tlalocatif était réservé aux foudroyés, aux noyés, aux lépreux, aux goutteux, aux hydropiques. Le Tlalocan était un fort agréable séjour. Il y régnait un été perpétuel ; on s'y réjouissait; on y trouvait des rafraîchissements, des épis verts de maïs, des tomates, des haricots verts'. Mais le séjour des bienheureux était le ciel où vivait le Soleil.
La demeure céleste du Soleil s'ouvrait aux ombres de ceux qui tombaient sur le champ de bataille ou de ceux qui, faits prisonniers, succombaient torturés par l'ennemi à la manière des Peaux-Rouges, à ceux qu'on lardait avec