Kaempfer. II, pauim
on s'est délaché moins qu'ailleurs de ces croyances, qui, pour la longue série des générations préhistoriques, ont été une intarissable source de préoccupations, d'émotions et de tourments.
Comme presque tons les peuples, celui de la Chine a cru à une survivance après la mort ainsi qu'à l'existence des doubles, des ombres. Marco Polo nous parle de Chinois qui, pendant six mois, gardaient dans des caisses les cadavres des leurs et avaient soin de leur servir chaque jour des aliments*. Encore aujourd'hui, les Chinois pratiquent une ouverture dans le toit de leur maison pour laisser passer le double au moment de la mort*, et ils servent des repas splendides, soit devant la bière, tant qu'elle reste dans la maison, soit sur le tombeau après l'inhumation. Sans doute les Chinois éclairés ne croient plus que les ombres mangent réellement les offrandes ; mais les ancêtres l'ont cru et le peuple le pense encore'.
Dans l'opinion des anciens Chinois, chaque homme avait deux esprits, dont l'un montait au ciel au moment de la mort, tandis que l'autre restait sur la terre \
Autrefois, du moins dans certains districts du vaste Empire du Milieu, on brûlait les morts et avec eux, rapporte Marco Polo, des « parchemins » taillés en forme de chevaux sellés, d'armures, de vêtements en drap d'or. « ils disent, a écrit le vieux chroniqueur, que le corps aura toutes ces choses à son commandement et que les instruments qu'ils font sonner, ainsi que le chant des idoles, viendront à sa rencontre en l'autre monde »'. C'est là un exemple de ces offrandes funéraires dites votives, fort communes dans le monde, fort an-
1. llarco Polo (Voyages de) Ténitien.Liv. 1. Gh. 45 (Edit. A. MuUerGreiflTcnhaj:).