Ibid
Les doctrines politiques de Laou-tze sont anarchiques. II croit à un âge d'or évanoui, durant lequel le peuple avait à peine conscience d'être gouverné, tant les rênes étaient légèrement tenues par ses conducteurs. Puis vint l'âge de la violence, de l'égoïsme; on vit éclater la guerre, la rapine, etc. — II faut retourner à l'anarchie de l'âge d'or, car le gouvernement est à la fois un mal et la cause du mal. Un bon souverain doit non pas gouverner, mais laisser « couler le courant ferlilisateur ». Une nation est un être en croissance et non pas une manufacture. Les armes spirituelles ne sont pas l'œuvre des règlements. Dans un État bien gouverné, la peine de mort est inutile. A quoi peut-elle servir, quand le peuple ne craint pas la mort? — Un général vraiment grand ne doit pas aimer la guerre. — Tout pour le peuple ; tout par le peuple. — A ces préceptes s'ajoute la glorificalion de l'humilitr, de l'ignorance et des maximes plus que chrétiennes. « Aujourd'hui les hommes préfèrent le courage à la compassion, l'économie à la libéralité, la première place à la dernière : c'est leur mort. » — « Celui qui monte sera abaissé ; l'humble sera élevé. » — La nature humaine esl foncièrement bonne. En suivant ses inspirations on possédera le taou ; on y retournera. — L'ignorant vaut mieux que le savant el, pour exprimer sa pensée, il vaut mieux se servir d'une corde à nœuds que de la plume de Confucius. — Il existe toute une échelle de dégradation morale : on commence par perdre le taou et la vcrlu nait; on perd la vertu, alors apparaît la justice. Quand s'évanouit la justice, on voit se fonder la propriété, qui prélude à la confusion*.
Ces maximes, formulées six cents ans avant Jésus-Christ, devancent même lé Bouddhisme, tout en s'inspirant, selon toute apparence, de l'ascétisme brahmanique. Certaines d'entre elles ont un caractère hardi et nous les entendons aujour-