CHAPITRE XV
I. Les origines du Brahmanisme. — Du panthéisme yédique. — La Trimourti brahmanique. — Animisme fétichique du Brahmanisme. — II. Le Brahmanisme. — Le panthéisme brahmanique. — Dogmes des Oupanichads. — Les Kaîpas cycliques. ^ La métaphysique de la Bhagavad'Gila. — L'être des êtres. — Les quatre âges d'un Kalpa. — Les incarnations de Yichnou. — La transmigration. — Le châtiment ou la récompense par l'incarnation. — VUnion. — La science ascétique.
— Le détachement. — Les macérations. — DI. VHindouisme. — La crémation. — Le a corps subtil ». — L'importance des rites funéraires.
— Le corps intermédiaire. — Les Stradhas. — Métempsycose progressive ou régressive. — L'essence de la doctrine brahmanique. — Brahman, — La syllabe trinitaire. — Pantiiéon universel. — Les sectes.
— Le Sivaïsnie. — Le Yichnouvisme. — L'évolution du culte brahmanique. — Sacrifices et pénitences. — Toute-puissance de l'ascétisme.
— Les mantras. — La caste brahmanique. — Polythéisme brahmanique
— Idoles et fétiches. — IV. Valeur philosophique et pratique du Brahmanisme.— Le côté scientifique du panthéisme.
f. — LES ORIGINES DU BRAHMAKISMfi
Dans le précédent chapitre, nous avons pu comparer l'animisme des sauvages actuels de Tlnde avec celui des Aryas védiques et constater entre eux certaines différences. En effet, relativement aux aborigènes de Tlnde, les Aryas védiques étaient de race supérieure. Leur animisme était moins étroit, plus susceptible de développement. Chez les Aryas, le sentiment religieux avait m'me une tendance caractéristique, celle d'élargir le concept des divinités animiques, de leur accorder un pouvoir énorme, de les confondre avec Ten-
semble de l'univers ambiant, de réunir en elles des attributs divers, puis de personnifier chacun de ces aspects du dieu primitif, en lui donnant un nom particulier. Ainsi Sûrya, « le soleil *, fut regardé comme une autre forme d*Agni, du dieu du feu, dont Indra, le Jupiter pluvius des Aryas védiques, se rapproche aussi beaucoup. De là sortit la trinité védique, Indra, Agni, Sûrya*. Mais, chaque divinité étant ainsi susceptible d'un grand nombre de modifications, transformations ou émanations, (il en résulta que le Panthéon tout entier devint flotlant; les dieux ne purent avoir des contours nets, arrêtés, comme ceux des divinités helléniques, par exemple. D'autre part, ces dieux védiques, si ondoyants, ordinairement anthropomorphes, s'unissent, se reproduisent, procréent d'autres divinités. Ainsi la Terre, Prithivi, la c large terre », s'accouple avec le Ciel (Dyaus), et il en résulte divers dieux nouveaux '. Par suite des fluctuations de la mode religieuse, on voit à certains moments telle divinité prédominer sur telle aulrc, sans que, pour cela, le fond des croyances se soit notablement modifié : le changement porte surtout sur les noms et les attributs.
Dès la période védique, les tendances panthéistes de la race s'accusent et elles se formulent très nettement dans l'un des hymnes les plus récents du Rig-Véda : « Pouroucha a mille têtes, mille yeux, mille pieds. Il a pétri la terre de ses dix doigts et en a formé une boule, au-dessus de laquelle il domine.... Pouroucha est réellement plus grand encore. Son pied, ce sont tous les êtres; mais il a, dans le ciel, trois autres pieds immortels.... De Pouroucha sort tout ce qui est étendu, animé et inanimé.... Le Brahmane a été sa bouche; le prince, ses bras; le Vaicya, ses cuisses. Le Soûdra est né de ses pieds.... De son ombilic est venu l'air. Le ciel est sorti de sa