‹ L'évolution religieuse dans les diverses races humaines;Chapitre 415 sur 555 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

LE BRAHMANISME. 4t5

tète. Il a formé de ses pieds la terre; de son oreille les régions de Tair : il est Tauteur de tous les mondes »^. Un autre hymne est plus explicite encore : « L'esprit incarné a mille tètes, mille yeux, mille pieds; de tous côtés il enveloppe la terre. Cependant il n'occupe que l'espace d*un empan. Il est luimême cet univers; il est ce qui est, a été ou sera; il est le seigneur de l'immortalité. Toutes les créatures sont un quart de son être; trois quarts représentent ce qui est immortel dans l'atmosphère »*.

Une telle métaphysique religieuse se prêtait sans peine à toutes les transformations et l'on n'eut aucune difficulté à en faire sortir la trinité du Brahmanisme, la Trimurti : Brahma créateur, Vichnou conservateur, Siva destructeur, adorés simultanément ou successivement. Siva, le dernier venu de la triade, remplaça un autre dieu, Roudra. A chacun des membres de cette trinité suprême on adjoignit une moitié féminine, plus agissante, une saklù Sur les monuments, chacune des émanations femelles des grands dieux est figurée avec des dimensions au moins dix fois plus petites que celles de la divinité mâle, à laquelle elle est subordonnée. De même, dans le Rig-Véda^ chaque dieu principal a une femme; mais ces déités féminines du Véda : Indrani, Agnayi, Asvini, Varamâni, etc., ne reçoivent pas de culte'.

Dans le Rig-Véda, on ne songe pas encore à la grande doctrine de la transmigration, qui est la base même des systèmes brahmanique et bouddhique; mais l'idée de la métempsycose peut évidemment découler sans peine du panthéisme.

Tout à l'heure j'exposerai les points principaux de la métaphysique brahmanique; mais cette doctrine relativement

i. Hig-Véda. (Traduction Langlois). Section YHI, Lecture IV, Hymne V. S. Ibid. (Mandata X, 90.) Cité par Monier Williams. 5. Monier WiHiams. Uinduiêm, S7.

élevée n'a pas détiôné l'animisme primitif; car en tout pays les subtilités raffinées';constituent un régal goûté seulement du petit nombre. Au vulgaire il faut des dieux concrets, de conception facile. Aujourd'hui encore, tous les Hindous, qu'ils soient Yichnouvistes ou Sivaïstes, adorent, chaque jour, le soleil (Sûrya) et un dieu animal, Ganésa à la trompe d'éléphant*. Dans toute l'Inde méridionale on voit, presque dans chaque champ, quatre ou cinq pierres dressées peintes en rouge. Les indigènes les considèrent comme les dieux gardiens du sol et les appellent les cinq Pandous*.

D'autre part, on peut dire que le Gange est l'objet d'une véritable adoration fétichique; puisque le seul fait de mourir sur ses rives ou dans ses flots suffit pour effacer toute culpabilité et assurer au double un long séjour dans une région délicieuse, où il pourra attendre fort agréablement sa réincarnation^. A Bénarès, des centaines, peut-être des milliers de pèlerins venaient, chaque année, se noyer dans Tonde sacrée pour assurer ainsi leur salut étemel. Attachés entre deux grandes cruches, ils gagnaient aisément le milieu du fleuve; après quoi, il leur suffisait de laisser leurs flotteurs se remplir pour être à la fois submergés et sauvés\

Bénarès, la ville sainte, où il y a 25 000 brahmanes, deux cents temples et des millions d'idoles, est pleine d'animaux sacrés. Les saints taureaux de Siva, doux et familiers comme des chiens, circulent dans les rues étroites, s'y couchent en travers et il ne faut les déranger qu'avec tous les égards dus à leur rang. Dans certains quartiers, des milliers de singes grimpent sur les toits, sur les moindres saillies des temples, s'introduisent dans les boutiques des fruitiers et des confiseurs, enlèvent aux enfants leur pitance, etc. Malgré

i. Monier Williams. Binduism, 135.

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