II. Ilcinc. Ijt Livre de Lazare
Dans le Hadës» les ombres ont d'ailleurs conservé le caractère des vivants qu'elles l'eprésenlenf, et aussi leurs passions et leurs goûls. Ajax, ou plutôt son double, n'a nullement pardonné à Odysseus « la victoire qu'il avait remportée sur lui, auprès des nefs, pour les armes d'Akhilleus ». Dans le Hadës, on voit < le grand Orion chasser encore, dans les prairies d'asphodèles, € les bétes fauves, qu'il avait tuées autrefois sur les < montagnes sauvages^ », les mêmes fauves, c'est-à-dire leurs doubles, qui ont été reçus aussi dans le Hadès. Odysseus rencontre même dans le Hadès une apparence d'Hercule et il ne sait trop ce que ce peut être; car l'ombre d'Héi aclès doit être avec les dieux, dans l'Olympe : ce que Ton voit dans le Hadès, c'est sans doute « la Force héracléenne » ; néanmoins les ombres ordinaires ont peur de cette ombre d'ombre et se sauvent avec un bruit d'oiseaux*.
Cette manière primitive, simpliste, de se figurer la vie future, les Grecs ne s'en départirent guère. Lucien raconte encore, ironiquement il est vrai, que le double de la femme d'Ëucrate apparut à son mari pour réclamer une de ses sandales en or, qui, ayant glissé sous un coffre, avait échappé aux flammes du bûcher. Nous apprenons par là, que, chez les Grecs comme chez beaucoup de sauvages, la crémation avait pour but de dégager les doubles des corps et des choses. Dans le même opuscule de Lucien, on nous dit que Mélisse, femme de Périandre, refusa à son mari une réponse prophétique parce que, dit-elle: « J'ai froid et suis nue; car les vêtements mis en terre avec moi n'ont pas été brûlés et par conséquent ne me sont d'aucun usage^ ». TeHe était donc la doctrine courante. Les pythagoriciens la varièrent un peu en imaginant