Lucien. De Luclu, IX
que les ombres séjournaient non dans le Hadès, mais dans la voie lactée, d*où elles descendaient pour apparaître en songe à l'homme*.
Pourtant les Hellènes cherchaient déjà à faire de la vie posthume une sanction de l'existence terrestre. Agamemnon prend les divinités à témoin de son serment : « Soleil, qui vois tout et entends tout, fleuves et terre et vous, qui, sous la terre, punissez les hommes morts, lorsqu'ils ont violé un serment, soyez nos témoins, etc.* ». A en croire Hésiode, les ombres des hommes de l'âge d'or, devenues de bons génies, parcourent la terre pour dispenser la richesse et réprimer Tinjustice. ... Les esprits des méchants, changés en larves et lémures, sont tourmentés et tourmentent les hommes'. Selon Plutarque, toute personne qui meurt sans avoir été ou punie ou purifiée ici-bas est tourmentée après la mort, jusqu'à l'extinction de toute passion \ Mais, au total, le souci de la vie future n'arriva jamais en Grèce à Fétat d'obsession effrayante, qu'il atteignit chez les Chrétiens.
m. — LES DIEDX
Les dieux helléniques sont bien loin de répondre à des conceptions philosophiques ; ils représentent simplement les forces, objets ou phénomènes du monde extérieur. Un culte plus ancien, celui des Pélasges, était plus inférieur encore, purement animique et fétichique. De lui venaient les pierres sacrées de Delphes, la zoolâtrie, l'aigle de Zeus, le loup d'Apollon, la chouette d'Athénè, etc. A Dodone, Zeus continua
1. Porphyre. De Antro Nympharum, 28. Macrob. De Somn, Scip. I, 12.
2. Nénard. La morale avant ies phiioiophes, 101. S. Friediaender. Mœur» romaineê, IV, 479
47i L'ÉVOLUTION REUGIEUSE.
durant des siècles à se révéler par le bruit du tonnerre, le bruissement des feuilles \
Dans Homère, les dieux sont devenus franchement anlhropomorphiques ; mais ils sont beaucoup plus puissants, plus ëthèrés aussi que les hommes. Ainsi Tambroisie suffit à leur alimentation et ce n'est pas du sang, qui coule dans leur système circulatoire, mais une liqueur plus subtile, Vichor. Quand Aphrodite fut blessée par le brutal Diomède , < le sang immortel de la désse coula subtil et tel qu'il sort des Dieux heureux ; car ils ne mangent point de pain ; ils ne boivent point de vin ardent, et c'est pourquoi ils n'ont point notre sang et sont nommés immortels, etc. »*. Même les chevaux des immortels tiennent de la divine essence de leurs maîtres et, quand Iris ramène dans le char d'Ares Aphrodite blessée, elle donne aux chevaux une nourriture immortelle'.
Pourtant la plupart des dieux helléniques personnifient encore les forces naturelles. Le soleil est devenu Hélios, qui porte la lumière aux immortels dans l'Ouranos d'airain et aux hommes sur la terre féconde^. Zeus est un dieu météorologique ; c'est c l'assembleur des nuées » ; il tonne longuement, quand cela lui plaif^. Il fait pleuvoir ou plutôt il pleut lui-même; car il s'identifie avec le ciel, « et Zeus pleuvait continuellement », dit V Iliade^. — Zeus trône dans l'Ouranos, dans le ciel, au-dessus de l'Olympe neigeux. Fils du temps, de Ki*onos, il a deux frères : Poséidon, qui a des cheveux d'azur et habite « la blanche mer », Aidés (Pluton), qui eut pour royaume souterrain l'empire des ténèbres. Zeus eut en partage le ciel, « le large Ouranos, dans les nuées et rÉther». La terre et le haut Olympes, à ce que prétend Posei-
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