Odyêêée, V
son lit avec les cadavres des Troyens*. Le sommeil est devenu le dieu Hypnos, frère de Thanatos, dieu de la mort*. L'aurore, Eôs, a des doigts rosés, un péplos couleur de safran : elle sort du lit de Thitôn pour porter la lumière aux dieux et aux hommes'. Les songes sont des esprits menteurs, que Zeus envoie aux hommes^. Certaines divinités plus abstraites sont de purs concepts, auxquels on a donné un corps, ce qui est la forme la plus élevée de l'animisme; par exemple, Thémis, la justice, déjà anthropomorphisée dans Homère, le destin, la moira^ d'où sortirent les Parques, etc., etc. — Encore une fois, ce qui caractérise tout ce panthéon homérique, c^esl la naîve(é et la grâce; mais, à tout prendre, ce n'est que de l'animisme bien habillé, l'animisme d'une race qui a de l'avenir.
Dans Hésiode, l'imagination religieuse des Hellènes fait un pas de plus. Tout un peuple de génies, de Daimonesy émanant de Zeus, courent sur la terre, vêtus d'air seulement. Us sont au nombre de trente mille et leur fonction est toute morale ; elle consiste à observer les jugements équitables et les mauvaises actions^; mais ils s'occupent aussi de bien autre chose. Ainsi il y en a un pour l'éternuement (Aristote. Problemata, XXXUI, 7), plusieurs pour la copulation, etc.
Dans l'Olympe d'Hésiode, la Justice, fille de Zeus, accuse devant le trône de son père les iniques jugements des rois*. Le ciel, l'Ouranos d'Hésiode, s'est beaucoup éloigné de la terre; le sommet de l'Olympe ne le touche plus comme autrefois. Une enclume d'airain, dit Hésiode, mettrait dix jours à tomber de l'Ouranos sur la teri*e et dix autres jours à tomber jusqu'au Tartaros'.