Ihid
A l'exemple d*Hésiode, les Indigitamenta des prêtres latins énuméraient plus de trente mille dieux sans en oublier les fonctions et les fêtes*. Les êtres de la nature ambiante, le corps humain et ses organes, les travaux agricoles, certains produits industriels, enfin des qualités morales, des passions, des facultés de l'espril, etc., etc., furent déifiés. Derrière tous les êtres, tous les objets, même derrière des sentiments, des idées, on vit des agents surnaturels*. Par exemple, l'antique monnaie de cuivre eut d'abord son génie, Aesculanus; puis., quand on adopta la monnaie d'argent, Aesculanus devint père d'un fils, Argenlinvs. La terreur, la pâleur, la paix, la liberté, l'espérance, la bonne fortune, etc., correspondirent à autant de génies. On éleva des autels kFides, Pudiciiia^ Mens^ Pietas^ AequitaSy Conslantia, Liberalitas, Providentia,eic.^. Par suite de cette exubérance mythique, la religion finit par se mêler à tout. Polybe s'en étonne : « La religion s'est acquis une si grande autorité sur les esprits et elle influe de telle sorte dans les affaires tant particulières que publiques, que cela passe tout ce qu'on peut imaginer. Bien des gens en pourraient êti'e surpris. Pour moi, je ne doute pas que les premiers qui l'ont introduite n'aient eu en vue la multitude'; car, s'il était possible qu'un état ne fût composé que de gens sages, peut-être cette institution n'eût-elle pas été nécessaire*. » Polybe parle ici en libre penseur ; c'est qu'en effet, à Rome et en Grèce, certains esprits s'affranchirent de bonne heure de tout préjugé religieux. Nous savons, que, dès la première guerre punique, un général se moquait agréablement des poulets sacrés, et enfin le poème de Lucrèce nous fournit aujourd'hui encore des citations impies. — Mais la masse était fort crédule ; partout elle voyait des doubles divins, tout à fait à la manière
i. Duruy. Loc. cit. 354.