VI. — l'évolution du POLmiÉlSME GRÉCO-ROMAIN
En tout pays, rélilc intelligenle s'accommode mal des croyances vulgaires ; pourtant elle ne les rejette pas d'emblée et se contente d'abord de les interpréter, de les amender, de leur prêter une signification plus ou moins raisonnable. Les principales divinités gréco-romaines étant, pour la plupart, astrolâtriques, on commença par essayer de mettre les histoires mythiques d'accord avec les phénomènes naturels, et les légendes divines devinrent symboliques. L'Evhémérisme trouva une explication plus simple encore: pour lui, les dieux furent simplement des hommes divinisés.
Quelques philosophes réduisirent le nombre des dieux, essayèrent de relier le polythéisme au panthéisme, doctrine sans doute empruntée aux religions de l'Inde. Ainsi Pytliagorc admet bien, que le soleil, la lune, les astres, sont autant de dieux, possédant des trésors de cette chaleur qui est le principe de la vie; mais, mélangeant du panthéisme à ce polythéisme , il croit à une substance de la divinité, qui réside dans le feu, à un Êther, dont le soleil est le foyer principal. — Plu* tarque admet deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, idée qui est vraisemblablement originaire de la Perse. Plus radical, Épicure rejette bravement tous les dieux, ou du moins leur refuse toute participation au gouvernement du monde.
Dans la suprême paix de rimmortalilé
Tout péril est absent de leur félicité.
Satisfaits de leurs biens, ils n'en cherchent pas d*autres,
Et, libres de tous maux, ils ignorent les nôtres.
Ni Yice, ni vertu, ni pitié, ni courroux
N'ont de prise sur eux ; ils sont trop loin de nous ^
Dans les hymnes orphiques, le panthéisme coule à plein bord. Ouranos est le générateur de toute chose, source an-
i. Lucrèce. De la Sature des ehoeeê. Livre premier (Traduction A. Lefèvre).
tique et fin de tout ; il enveloppe et garde tout ce qui existe ^ — Il est une Nalurcy reine et mère de lont, incorruptible, née la première, détruisant tout, apportant la lumière* ? — Zeus est le générateur universel, source et fin de tous les êtres'.
Môme évolution de la pensée religieuse chez les Romains. Au VI* chant de VÉnéide, Virgile met dans la bouche de l'ombre d'Anchise une profession de foi panthéistique.
Apprends qu*une ârae iafuse en Timmense univers
Anime ce grand corps et circule au travers.
Un souffle intime court dans les veines du monde.
Fécondant l'air, la terre et les plaines de Tonde,
Et la lune argentée et Tastro radieux.
C'est la source, qui verse au peuple ailé des cieux,
A riiomme, aux animaux, aux monstres que Néréc
Porte sous les replis de sa robe marbrée,
L'étincelle de vie et le germe étemel.
Mais l'être, embarrassé dans le limon charnel,
Flotte, attendant la mort qui va rompre ses chaînes.
De la crainte au désir et de la joie aux peines.
Prisonnier de la nuit, ses yeux cherchent en vain
La lumière perdue et le foyer divin*.
Le dieu des stoïciens n'était aussi que l'esprit de l'univers, comme Marc Aurèle le dit à diverses reprises. On doit, dit-il, <( se représenter continuellement le monde comme un seul être animé, qui ne renferme qu'une seiile substance et une seule âme' ». Un esprit vivifie l'univers* et il aime l'association et l'harmonie. Tout s'accomplit conformément aux lois d'une nature universelle'; Dieu, qui est partout, est un; la substance est une; la loi est une également; la raison, la vérité sont unes*.