II. LA RELIGION DES KAFFIRS
Les rites funéraires des Kâffirs ont un caractère tout à fait primitif; puisque ces demi-sauvages ne connaissent encore ni Tinhumation, ni la crémation et abandonnent tout simplement leurs morts, soit sur le sol, à l'ombre de quelques arbres, soit dans des grottes. Pourtant ce n*est plus l'abandon tout à fait bestial ; le cadavre est au préalable enfermé dans une bière, et son transport au lieu de dépôt se fait en grande cérémonie. On commence par laver, habiller, orner le corps, par le coiffer d'un turban surmonté d'autant de plumes que le défunt a tué d'ennemis durant sa vie. A côté du cadavre, on place une sorte de double artificiel, une figurine en bois, qui le représente, et en outre des armes. Les parents, amis, etc., s'assemblent, envoient des baisers au compagnon qui n'est plus, simulent un combat, se lamentent, vantent le courage du déftint. Le fifre et le tambour retentissent. S'agit-il d'une femme? on dépose dans sa bière les bijoux et parures qu'elle aimait. Puis une coupe de vin circule parmi les assistants, et l'on sacrifie une vache, dont le sang est en partie répandu sur un feu allumé à cet effet. Enfin, après les funérailles, on se réunit dans un grand repas funéraire. Ces cérémonies funèbres se célèbrent, même pour les morts absents, pour ceux qui ont succombé loin de leur pays; mais dans ce cas, on remplace le cadavre par un mannequin habillé. On honore aussi les défunts en ihasse et, une fois l'an, on célèbre une grande fêle des morts et on fait à leurs ombres des sacrifices d'animaux ^
Ceux des décédés qui ont laissé derrière eux une renommée
1. Guillaume Capus. BulL Soc, tfÀnlkrop. 1890. — Elphinstone. Tableau du royaume de Caboul^ lU, 204.
LES RELIGIONS DES ARYENS BARBARES. 50i
de bonté, de munificence, de générosité, sont déifiés; on les appelle c les puissants »; on leur élève des idoles et Ton a bien soin de leur offrir une part des animaux, que Ton tue pour l'alimentation *. Ces apothéoses sont fréquentes; on va même jusqu'à déifier des chefs de leur vivant. Les génies ancestraux ainsi créés sont des espèces de dieux Mânes, et servent d'intermédiaires entre les vivants et les principaux dieux*.
Les hommes généreux, hospitaliers, ou plutôt leurs doubles, se rendent après leur mort dans un paradis appelé Burry-li- Boula; les avares, les égoïstes vont dans un enfer, dans le Burry-Duggur-Boula '.
Le Panthéon des Kâffirs est fort peuplé. Outre les dieux Mânes, on y trouve des génies particuliers à chaque tribu. De ces génies, les uns sont malveillants, les autres bienveillants. On adore aussi des dieux fluviaux, des dieux pastoraux. Plus polythéistes encore que les Gréco-Romains, les Kâffirs pensent que le total de la population des esprits ou génies résidant dans les ruisseaux, les arbres, les montagnes, etc., s'élève à 400x400, c'est-à-dire à 160000*. Mais au-dessus de cette plèbe divine, représentant, comme partout, les doubles des êtres pris dans le milieu ambiant, siègent des divinités plus puissantes, surtout Imray qu'on appelle quelquefois simplement Dieu (De ou Di). Imra réside dans le ciel ; mais il a un fils, Mani, qui, comme le Yichnou indien et le Christ sémitique, est descendu sur la terre, puis remonté ensuite au céleste séjour, où il joue le rôle d'intercesseur au profit des Kâffirs*. Imra rappelle fort VIndra védique et l'on en peut rapprocher Sourouya, qui est sûrement le Sûrya du Rig-Véda. D'autres dieux, Pandou, Lamani^ sont