V. — RELIGION DES PAPOUS
Les Papous sont représentés par l'ensemble des tribus mélanésiennes, disséminées sur un grand nombre d'archipels de l'océan PaciGque, particulièrement ceux de Viti, de la Nouvelle-Guinée, des Nouvelles-Hébrides. Les Canaques de la Nouvelle-Calédonie appartiennent à la même race, mais comme, au physique et au moral, ils ont été quelque peu modifiés par des croisements avec les Polynésiens, nous les étudierons à pari.
Les Papous qui nous sont le mieux connus, sont les insulaires de l'archipel Viti; cesYitiens représentaient aussi le spécimen le plus civilisé de leur race et leur religion est des plus intéressantes^ car on y peut retrouver toutes les étapes primitives de l'évolution mythologique. — Les Yiliens étaient encore en pleine période animique, puisqu'ils n'hésitèrent pas à déifier la première presse à imprimer apportée dans leurs lies, de même qu'auparavant ils avaient divinisé divers objets et êtres qui, pour une raison ou pour une autre, avaient excité chez eux des sentiments de crainte ou d'admiration, notamment certaines espèces animales et végétales. Les animaux surtout tenaient une grande place dans leur panthéon : le faucon, le requin, la poule, Tanguille, etc., étaient devenus, chacun pour telle ou telle tribu, des animaux sacrés, et Ton s'abstenait de manger la chair de l'animal, auquel on attribuait un caractère divine Le dieu le plus généralement adoré par les Yitiens, le grand Ndengei, était représenté par un serpent^ Quant aux autres dieiix animaux, ils avaient sans doute été simplement des animaux totëmiques. A la Nouvelle-Guinée, des indigènes^ qui s'abste-
i. Williams. Fiji and ike Fijienê, h 319. S. Ibid. II, 817.
naient de manger la chair du casoar, Téinou des Australiens, dirent nettement à 0. Beccari que ces oiseaux étaient leurs ancêtres transformés*.
La zoolâtrie des Papous se confondait par là avec l'anthropolâtrie, qui était la forme dominante des mythes. Ainsi Ton racontait que le dieu Ndengei, tout serpent qu'il fût devenu, avait commencé par être un homme'. De leur vivant même, les chefs vitiens affichaient liautement leurs prétentions à la divinité % et tous les principaux dieux étaient conçus sous la forme humaine, comme des hommes invisibles, mais dotés de toutes les qualités sauvages admirées par les Yiliens. L'evhémérisme semble donc jouer un rôle prédominant dans la religion des Yitiens, puisqu'on adore les chefs vivants, les chefs décédés dont on garde le souvenir et enfin des dieux anthropomorphiques, qui ont bien pju, pour la plupart du moins, avoir la môme origine. On distinguait nettement, d'ailleurs, les dieux anciens des personnages .récemment promus au grade de divinité. — Les dieux vitiens étaîe&t fort nombreux, mais n'avaient pas tous la même digoilé. Le principal, Ndengei, était le créateur, et il réglait à son gré la vie des Yitiens. Les deux fils de Ndengei servaient d'intermédiaire entre lui et les mortels, dont ils lui transmettaient les demandes. Au-dessous de ces divinités de premier ordre, il existait tout un peuple de dieux inférieurs : des dieux nationaux, des dieux de districts, des dieux familiaux, des dîetix patrons pour les pécheurs, pour les charpentiers,, etc.*.
Tous ces esprits divins, surtout ceux de la plèbe divine, étaient censés vivre et se comporter comme le faisaient les féroces insulaii'es, dont l'imagination animiqueles avait créés^
1. 0. Beccari e suoi viaggi^ par Ë. Giglioli (Nuova Antologia).