Beccari. Loc. cU
une idée de la sorcellerie canaque en disant que les Néo- Calédoniens croient fermement au mauvais œil, à hjettaturay comme leurs congénères inférieurs d'Australie*.
La sorcellerie implique l'existence de sorciers. Il n'en manque pas à la Nouvelle-Calédonie. Ce sont souvent des vieilles femmes et, en cas de malheurs publics, elles sont volontiers sacrifiées*. Les sorciers mâles ne sont pas encore des prêtres, mais ils sont en voie de le devenir. Les plus estimés d'entre eux ont publiquement des accès de délire extatique, après lesquels ils rendent compte de leurs visions : « Mon cœur, disent-ils, était parti; j'ai vu le père, le frère d'un tel (morts depuis tant d'années); j'ai vu tels et tels esprits; j'ai assisté à une grande fête chez nos ancêtres, etc., etc. ». Un Canaque converti eut aussi le spectacle de l'enfer. Pendant les sermons des missionnaires, il n'est pas rare de voir des Néo-Calédoniennes tomber dans des accès délirants, qui parfois se propagent par contagion imitative'. — Pourtant la race est en général peu impressionnable et rebelle à la grâce : « Tu parles beaucoup, disent-ils aux missionnaires; ta bouche est un ruisseau..., mais quand nous donneras-tu des vivres?... Vois-tu, ce qu'il nous faut à nous, c'est ce qu remplit le ventre ». Se remplir le ventre, c'est là le grand point; aussi ce qui frappe le plus les Canaques à bord des navires de guerre, c'est le spectacle du dîner de l'équipage : < Ces Oui-oui, disent-ils, ont beaucoup à manger; ils sont puissants i»^.