Moffat. Loc. cii
dS L'ÉVOLUTION RELIGIEUSE.
« VOUS posiez la tête sur votre oreiller? N'y avait-il point de
« crainte dans votre cœur, point de fantômes devant vos
€ yeux, point de conscience qui vous accusât d'avoir fait le
« mal? N'aviez-vous nulle palpitation de cœur, nul effroi de
« Tavfinir? » — « Non, répondit-il, comment aurions-nous
mtir ou craindre? Nous n'avions pas l'idée que nous
ons vus par un œil invisible. Que pouvions-nous
r d'un autre monde avant que la parole de Dieu nous
pporté la vie et l'immortalité? Quand vous êtes venus
us, nous étions des bêtes et non des hommes* ». —
nme, disaient d'autres, n'est pas plus immortel que
îuf et l'àne. On ne voit pas les âmes*. »
gstone abonde dans le même sens que son beau-
« Il est difficile, dit-il, de faire comprendre à un
an le peu d'effet que produit l'instruction religieuse
peuplades sauvages. On ne peut se figurer le degré
ïCment où est restée leur intelligence au milieu de la
cessante à laquelle ils sont condamnés pour subvenir
jmiers besoins de la vie. Ils écoutent nos paroles avec
, avec attention; mais, quand nous nous mettons à
pour prier un être invisible, nous leur paraissons
nt ridicules, tellement insensés, qu'ils sont saisis d'un
ixtinguible.... J'étais présent, lorsqu'un missionnaire
de chanter au milieu d'une réunion de Béchuanas,
i la musique était chose inconnue. L'hilarité de l'au-
fut si grande que chaque visage était baigné de
Toutes leurs facultés sont absorbées par les besoins
>s et il en est ainsi depuis que celte race existe. » —
j Makololos, les indigt'^nes les plus intelligents tenaient
sionnaire le langage suivant : « Presque tous les en-
arlent des choses étranges dont vous étonnez leurs
it. Lac. cit. 169.
oreilles; mais les vieillards secouent la tête en disant : « Pouvons-nous rien savoir des objets dont il nous entre- « lient?... D'où cela peut-il venir, ajoutaient quelques-uns « d'entre eux? Nous conservons toujours ce que Ton nous dit à « propos des autres choses et, quand vous nous parlez de « sujets bien plus merveilleux que tout ce que nous avons « entendu, vos paroles s'enfuient de nos cœurs, etc. » La masse laissait dire, en s'écriant : « Est-ce que nous savons? Est-ce « que nous pouvons comprendre*? » — Un chef de la tribu des Uakouins se convertit, terrifié qu'il était par la crainte de lenfer, mais ses sujets étaient rebelles à la grâce et, pour les convertir, leur souverain proposait de recourir à un moyen très simple : < Vous imaginez- vous qu'il suffise de parler à « ces gens-là pour leur faire croire ce que vous dites? Moi, je « ne puis rien en obtenir qu'en les battant. Si vous voulez, « j'appellerai mes chefs, et, au moyen de nos litupas (fouets « en peau de rhinocéros), nous aurons bientôt fait de les « décider à croire.*» On voit que le « compelle intrare » n'a pas été inventé seulement par les blancs.
Ily a une vingtaine d'années, pendant rhiverl869-1870, j'eus la chance de rencontrer à Paris un principicule cafre, Tsékelo, alors héritier présomptif de la très petite couronne des Basoutos, et je ne manquai pas de l'interroger sur l'intéressant sujet qui nous occupe. Tsékelo avait été amené en Europe par M. Casalis, fondateur d'une mission protestante chez les Basoutos; il avait été catéphisé par les missionnaires, mais avait obstinément refusé le baptême. Il me confirma l'exactitude des témoignages que je viens de citer et dont il lui fut donné lecture. C'était, disait-il, la première fois qu'il entendait dire à ce sujet la vérité en Europe. Sans hésitation aucune, il affirma que les Basoutos étaient athées avant la venue des mis-