While Baker. L'Àlbert-Nyama
des offrandes, souvent des sacrifices sanglants, à leurs décédùs notables ou importants, suffirait à établir qu'en général au moins les nègres sauvages croient fermement à une survivance quelconque après la mort ; mais il existe de ce' fait bien d'autres preuves. Ainsi des nègres de la côte occidentale, les Cherbros, ont soin, durant les nuits froides et humides, d'allumer du feu sur les tombes de leurs amis*. D'autre part, les nègres voient très souvent en rêve les esprils de leurs morts et ne doutent nullement de la réalité objective de leurs visions. Il en est ainsi au Congo (Reade), et aussi chez les Africains orientaux (Krapf). Sous ce rapport, les nègres tout à fait sauvages ne différent point des Cafres Zoulous ; mais ces derniers, étant plus intelligents, racontent avec plus de détails les entrevues et colloques qu'ils ont, en dormant, avec les ombres. Je citerai, à titre d'exemple, le fait suivant, que je n'ai pas eu l'occasion de mentionner en parlant des Cafres. C'est un Zoulou se plaignant à ses voisins d'avoir été, pendant son sommeil, battu par l'esprit de son frère : « J'ai vu mon frère.... J'ai rêvé qu'il me battait et me disait : « Comment se fait-il que tu ne saches pas qui je suis? — Si, je sais qui tu es. Comment puis-jc faire pour te le montrer? Je sais que tu es mon frère. » J'avais à peine prononcé ces paroles qu'il me demanda : « Pourquoi, lorsque tu sacrifies un bœuf, ne m'invoques- tu pas? — Je t'invoque, lui répondis-je, et je te loue par tes titres. Dis-moi quel bœuf j'ai tué sans t'invoqucr. Quand j'ai tué un taureau, je t'ai invoqué; quand j'ai tué une génisse, je t'ai invoqué. — Je veux manger », me dit-il. Je lui refusai, disant: « Non, mon frère, je n'ai pas de bœuf; en vois-tu dans le parc au bétail? — Quoiqu'il n'y en ait point, j'en veux, dit-il. Quand je me l'éveillai, j'éprouvai une douleur au côté*, etc. »
1. Scliœn, cif6 par II. Spencer, tn Principes de Sucioloyict 1.198. 3. CsUawoy, cite par II. Spencer. Loc. cit. i98, 190.
les Zoulous se figurent donc les doubles de leurs morls exactement sous la forme que ceux-ci avaient de leur vivant, et les nègres tropicaux font sûrement de môme. Ainsi les M'pongoués vont consulter les esprits des morts au lieu même de leur sépulture. Comme les morts sont supposés endormis ou engourdis, on a soin de les faire réveiller par la clochette du féticheur : après quoi, ils apparaissent soit dans un miroir, soit dans un verre d*eau. On invoque surtout les mânes des parents, que Ton suppose plus enclins à montrer de Tintérét aux personnes de leur sang. On a des égards pour ces mânes et, la nuit, on a soin de leur allumer dans les cimetières des feux pour leur être agréables, pour éclairer leurs promenades*. Les doubles, ombres ou esprits des grands personnages, sont, comme de juste, doués d'une puissance bien supérieure à celle des revenants d'extraction humble ou médiocre. Ces esprits aristocratiques, devenus des quasidivinités, protègent les récoltes, détournent la foudre, font à leur gré de la pluie ou de la sécheresse ; les sortilèges, les maladies, la mort leur obéissent ^ Certains nègres pensent aussi que l'esprit du mort, Tesprit « mangé », peut se réincarner dans une situation meilleure ou pire^ C'est sûrement avec cette idée d'une réincarnation possible que les Kroumans appellent les Européens « la tribu des revenants ». et les M'pongoués simplement « des revenants »*.
Quelle est, dans l'esprit des nègres, la durée de cette existence d'outre-tombe dont en général ils ne doutent pas? Fort courte; elle cesse avec le souvenir du défunt. « Demandez à un nègre où est l'esprit de son arrièrcgrand-père. Il répond qu'il n'en sait rien, qu'il est fini. Demandez-lui où est l'esprit de son père ou de son frère