‹ L'évolution théâtraleChapitre 14 sur 36 · PAUL BOURGET · texte numérisé non relu

PAUL BOURGET

On sait que M. Paul Bourget est ime des plus nobles conquêtes que l'Église ait faites. Après avoir écrit des romans très mondains et très passionnés, il s'est mis à en écrire de très catholiques. Un Divorce est de ceux-là, et non des moins bons; car M. Bourget, quoi qu'il fasse, ne peut tout de même pas s'empêcher d'avoir du talent. Et alors, comme il y avait dans le livre une situation tragique, quelqu'un — M. Cury, un inconnu — lui proposa d'en faire une pièce de théâtre. L'idée lui sembla excellente. M. Bourget ne se trompait pas.

Peut-être M. Bourget estima- t-il que cette façon nouvelle de défendre la « bonne cause » serait profitable au but édifiant qu'il poursuit. Je doute cependant que la pièce, qui a obtenu un très grand succès, ait été applaudie pour la thèse que l'auteur y a soutenue : je suis même sûr du contraire. Elle l'a été, surtout, pour ses très réelles qualités littéraires et dramatiques; elle l'a été, je dirai même, malgré la thèse de l'auteur, voire contre elle. Elle l'a été, en somme, parce que ce n'est pas une « pièce à thèse », dans le sens que l'on attache ordinairement à ce genre dramatique, déclamatoire et faux, mais une véritable pièce « d'idée », exposant un

conflit de conscience avec une impartialité et une force admirables. Mais ce qu'il y a de curieux, et ce qui a dû surprendre vivement l'auteur lui-même, c'est que, dans l'irrésistible élan de sa propre logique et de son évidente bonne foi, il s'est trouvé entraîné bien au delà de ce qu'il avait probablement voulu.

Pour M. Bourget — et pour tous les bons catholiques — le divorce est condamnable, parce que l'Église ne l'admet pas. Un époux divorcé ne peut pas se remarier religieusement ; son premier mariage, tant que le conjoint est en vie, subsiste; il est indissoluble devant Dieu ; donc, si cet époux se remarie, il est censé vivre en concubinage.

Pour rendre sensible cette « vérité », M. Bourget a imaginé de faire marcher parallèlement deux actions : une femme divorcée se remarie : mariage nul, selon l'Église; — son fils contracte une « union libre » : concubinage, d'après la loi. La femme, très pieuse, est pleine de dégoût pour ce que son confesseur lui dénonce, chez elle, comme un crime. Cependant, le crime de son fils n'est pas plus odieux. Si elle accepte le sien, elle ne peut pas réprouver l'autre. Vous voyez où tend M. Bourget : personne ne pouvant admettre la légitimité du mariage libre, personne non plus n'admettra celle du non-mariage religieux. Le premier est une folie; le second aussi. Donc, bonnes gens, respectez les lois de Notre Mère la Sainte Église, sinon, il vous en cuira dans ce monde et dans l'autre : dans ce monde, plus de saints sacrements; dans l'autre, pas de Paradis.

Il faut admirer la candeur d'un tel raisonnement. Le temps n'est plus où la seule crainte de commettre un péché mortel et le seul désir de « faire son salut » dictaient, dans un sens ou dans un autre, les actions des hommes. Les âmes qui règlent leur conduite sur de telles considérations deviennent rares Aussi, est-ce là un médiocre ressort d'intérêt dramatique. Et je crois bien que, même dans l'esprit des simples pratiquants, des catholiques comme il y en a tant, de telles idées n'ont d'autre valeur que celle de préjugés auxquels on se soumet par suite d'une longue habitude ou de vieilles conventions. Quand, à la fin de la pièce, l'opportunisme d'un abbé, cédant devant la volonté du mari libre-penseur, admet que la femme divorcée continue à vivre dans cet abominable état de péché, parce que, sans cela, quittant le toit conjugal, elle ne pourrait donner à sa fille une éducation religieuse et livrerait ainsi cette jeune âme aux ennemis de l'Église, tout ce qu'il y a

d'artificiel et de mesquin dans les raisons qui inspirent à celle-ci ses lois et ses arrêts, apparaît avec éclat. Le geste généreux du prêtre est dicté par un simple intérêt professionnel, celui de dominer les intelligences et de recueillir les avantages, matériels et moraux, de sa domination; et l'on voit trop que tout le reste, dont M Bourget se fait le champion chevaleresque, ne s'appuie pas sur une base plus solide.

Si M. Bourget s'était borné à cette thèse, défendue avec de tels arguments, il eût fait une œuvre artistique certainement médiocre. Mais, croyant peut-être vaincre plus fortement, il n'a pas reculé devant les conséquences du conflit posé par lui avec netteté et débattu avec tous les arguments qui peuvent être invoqués de part et d'autre. Sa sincérité l'a trahi. Il a mis en présence, non pas des fantoches, chargés de débiter des leçons apprises, mais des êtres de chair et de sang. Il nous a montré, luttant contre les préjugés mêmes dont il se proposait de nous prouver la sainteté, des cœurs aimants et souffrants, — et soudain, c'est à eux que sont allées toutes les sympathies. M. Bourget comptait bien qu'ils nous feraient horreur : ils nous ont paru charmants, au contraire, dans leur fièvre, leur douleur, leur passion véhémente et leur abnégation. C'est qu'ils sont l'amour, la rayonnante jeunesse, l'éternelle illusion, et rien contre cela ne saurait prévaloir.

Et ainsi cette pièce contre le divorce est devenue, par la force des choses, une pièce pour l'union libre! Car en étalant à nos yeux, chemin faisant, les misères du mariage, avec ou sans bénédiction nuptiale, elle nous a démontré l'inanité du mariage lui-même. Il se peut que le divorce arrive peu à peu à détruire la famille; mais je ne vois pas trop en quoi, s'il disparaissait de nos lois, celle-ci serait plus à l'abri des hontes qui trop souvent l'avilissent.

Dans ce grave débat, M. Bourget, pas plus que d'autres, n'a dit ce qu'il faudrait avoir le courage de dire. Il s'en tient, pour défendre les chaînes du mariage légal contre les hasards du mariage libre, aux rengaines d'usage. Le mariage seul, dit-on, fonde la famille, le foyer. Le « foyer », c'est un beau mot, un peu vague. « Foyer de discorde » serait souvent plus juste. Mais on s'en contente. Il est pittoresque et représentatif. Idéalement, une famille, si elle était toute affection et tout sentiment, n'aurait pas besoin de cette formalité. Un père, une mère chérissent leur enfant, sans se préoccuper de savoir si l'officier de l'état civil leur en a donné, ou non, le droit. Et réciproquement, il y a des enfants,

très naturels, qui n'en vénèrent pas moins les auteurs de leurs jours. Pour s'entr'aider, vivre ensemble et travailler, les époux qui s'aiment vraiment n'attendent pas qu'on les y contraigne. Si l'amour durait toujours, la loi serait donc inutile. Mais le cœur change, c'est-à-dire ce qu'on est convenu d'appeler le cœur; et, alors, dame ! il faut bien que quelque chose lui rappelle alors ses premiers serments. L'amour est une base incertaine, qui s'eftbndre au moindre choc. « Ce n'est pas une formalité, une signature au bas d'un papier, qui fait les honnêtes gens ! » s'écrie un personnage de la pièce... En politique, oui, très souvent; mais pas entre simples mortels. C'est cela, au contraire, les trois quarts du temps.

A cet égard, le mariage religieux n'offre pas plus de garanties que l'union libre, parce qu'il fonde, lui aussi, la famille sur le sentiment. Le sentiment religieux est susceptible de s'éteindre, comme tout autre sentiment. Il est un peu plus puissant, un peu plus durable, à cause de tout ce que l'atavisme a accumulé de préjugés, de craintes, de peurs du diable et de l'enfer, dans le sang des générations chrétiennes, mais il n'est guère plus sûr que l'amour qui passe. Les foudres de l'Eglise ont beaucoup perdu de leur éclat. La vérité, c'est que la famille, qui, idéalement, je le répète, devrait avoir pour appui l'amour, est fondée exclusivement, au fond, sur « l'intérêt ». Et voilà pourquoi elle ne saurait exister sérieusement et durablement que par le mariage légal, qui, seul, a des armes pour la protéger. Derrière l'amour, et sitôt l'amour éteint, l'intérêt surgit. Les liens les plus doux, les promesses les plus sincères, les serments les plus chaleureux, tout cela, le caprice, la rancune, la passion changeante, oublieuse et mauvaise, peuvent le défaire en un instant, et le déferaient inévitablement, dans l'union libre... Le mariage que protège la loi a de quoi les défendre. Quand le cœur s'endort, la loi veille, le code à la main. Elle rappelle au mari volage qu'il doit « assistance » à sa femme, et au père et à la mère qu'ils ont des enfants, qui songent à hériter d'eux. Et c'est bien à cela, en effet, que songe la femme, même dans l'amour, et que songent les enfants, même quand leur affection n'est pas douteuse. Et c'est à cela aussi que songe, surtout, la troupe anxieuse et dévorante des collatéraux, grâce aux complaisances d'une législation surannée qui, tôt ou tard, finira bien par disparaître.

Si le mariage libre existait, seul, on verrait diminuer les unions au moins de moitié, — et bientôt le monde finirait. Compter uniquement sur l'amour pour perpétuer le genre humain, quelle

chimère! La moitié des mariages sont « de convenance », ou «d'argent», avoués. Sans dot, et sans «espérances», ils ne se feraient pas.

Or, qui règle les intérêts des contractants? La loi. Se passer de la loi rendrait illusoire toute question d'intérêt. La parole d'honneur, le serment, dénués de sanction, seraient sans valeur. Le cas de la petite Planât, dans la pièce de M. Bourget, est décisif.

Elle s'était fiée à la bonne foi d'un homme; trois mois après, l'homme la plaquait. C'est l'histoire de la plupart des « unions libres » au seuil du XX*' siècle, et il est à craindre qu'elles seront telles encore longtemps. Elles ne sont pas à recommander.

M. Bourget se trompe quand il les assimile à des mariages civils, sans sacrement. C'est au mariage religieux^ sans état civil, qu'elles sont assimilables. Pour fonder « un foyer », il n'y a rien de tel, à l'heure qu'il est, que de passer devant M. l'échevin. Grâce à lui, un jour vient où^ si les circonstances l'exigent, les époux s'entendent rappeler au respect de leurs engagements et où il leur est permis de liquider leurs profits matériels. C'est alors véritablement que le mariage fait ressortir tous ses avantages. Sans M l'échevin, — ou M. le maire, — cela ne serait pas possible. Plus tard peut-être, qui sait? Mais pas aujourd'hui.

« En dehors du code, il n'y a pas de société! », dit Darras, le mari de Un Divorce.., En dehors du code pénal principalement. C'est lui qui sanctionne les droits et les devoirs. Pour faire respecter le mariage légal, il y a des gendarmes ; pour faire respecter l'union libre, il n'y a rien. Dans notre société civilisée, la crainte du gendarme est le commencement de la sagesse. Voilà ce que M. Paul Bourget aurait pu dire. Il s'en est bien gardé.

La même aventure, à peu de chose près, que celle de Un Divorce est arrivée à M. Paul Bourget à l'occasion de sa Barricade.

Un homme attentif, comme il l'est, aux choses de l'actualité, aux problèmes sociaux et psychologiques (car l'artiste n'exclut pas le penseur) ne devait pas rester insensible aux péripéties de la guerre des classes, qui a marqué, de façon si passionnante parfois, les premières années de ce siècle et allait bientôt ébranler l'édifice social jusque dans ses fondements. Il y a vu un beau sujet de drame, et en même temps un beau sujet de thèse. Il avait lu, dans un livre curieux de M. Georges Sorel, Réflexioîis sur la Violence, un passage qui, précisément, avait frappé également une romancière, M"^ Daniel Lesueur, et lui avait inspiré un assez bon

roman, le Droit à la Force. « La violence prolétarienne, disait le philosophe, semble être le seul moyen dont disposent les nations européennes, abruties par l'humanitarisme, pour retrouver leur ancienne énergie. Cette violence force le capitalisme à se préoccuper uniquement de son rôle matériel et à lui rendre les qualités belliqueuses qu'il possédait autrefois. Une classe ouvrière grandissante et solidement organisée peut forcer la classe capitaliste à demeurer ardente dans la lutte industrielle ; en face d'une bourgeoisie affamée de conquête et riche, si un prolétariat uni et révolutionnaire se dresse, la société capitaliste atteindra sa perfection historique... »

En d'autres termes, la paix sociale est une utopie ; et la guerre est utile. Devant les menaces du prolétariat, la bourgeoisie a pour devoir, non de céder, mais de résister. La société tout entière, retrempée dans l'énergie de la lutte, y gagnera en vigueur et en dignité.

L'idée, certes, à laquelle d'autres événements plus graves sont venus donner depuis lors une ampleur et une portée inattendues, ne manque pas de beauté, et l'on comprend qu'elle ait séduit M. Bourget. J'admets volontiers qu'il se soit proposé de la traduire, sous forme dramatique, le plus impartialement possible, sans l'ombre d'un parti pris. Il l'a annoncé et proclamé avec insistance. Et il s'y est appliqué très sincèrement. Seulement, toute sa bonne volonté n'a pu faire que, malgré lui, entraîné par son apostolat, il n'ait marqué avec éclat ses préférences pour un des belligérants en présence, et changé son dessein d'être très impartial en un résultat parfaitement tendancieux. Ainsi, ce drame philosophique qu'il se proposait de faire, et qui, exécuté par un écrivain comme Ibsen ou Bjoernson, eût atteint peut-être à une émotion puissante, il l'a réduit involontairement à n'être qu'une sorte de mélodrame sentimental et déclamatoire, sans portée et sans caractère.

Breschard, patron d'une maison d'ébénisterie artistique, est veuf depuis de longues années. Il a un fils de vingt-cinq ans, Philippe, qui incline vers le socialisme. Philippe aime la fille d'un joaillier, M. Tardieu. Le joaillier ne consent pas au mariage : il sait que Breschard songe à épouser sa maîtresse, Louise Mairet, première ouvrière dans la maison. Or, le contremaître de l'atelier, Langouet, camarade d'enfance et ami de Philippe, s'est épris de Louise. La jalousie s'empare de lui. Par haine pour le patron qu'il a toujours

servi avec zèle, il se livre à des actes de « sabotage ». II va plus loin. Lorsque Breschard a offert le mariage à Louise, qui le refuse, — car elle aime Langouet, à qui elle n'a pas fait l'aveu de son amour, — le contremaître entraîne l'atelier dans une grève générale de l'ébénisterie. La grève peut ruiner Breschard. Un vieil ouvrier, Gaucheron, « qui veut être libre de travailler s'il lui plaît », organise, dans un quartier lointain, un atelier de «jaunes ». Les fortes commandes qui sauveront Breschard de la faillite vont être livrées, lorsque les grévistes, qui ont fait « la chasse aux renards », surviennent. Langouet s'apprête à incendier la maison dans laquelle Gaucheron s'est enfermé et veut résister, un revolver à la main. Louise, accourue, empêche Langouet de commettre son forfait, en lui avouant qu'elle l'aime. Langouet laisse tomber de ses mains le tison enflammé. Après la grève, les patrons décident de ne point reprendre les ouvriers les plus compromis : Langouet est de ce nombre. C'est la misère certaine pour le couple que forment Langouet et Louise réunis. Breschard, sur la demande de Gaucheron, commanditera une coopérative ouvrière où Langouet travaillera. Philippe, guéri du socialisme, épousera Cécile.

Cette histoire est bourrée d'invraisemblances romanesques. Le fils du patron lié avec l'anarchiste; la petite ou\Tière que se disputent à la fois le brave patron et l'honnête contremaître; le vieil ouvrier héroïque et fidèle au bon patron; la commande fantastique du client d'Amérique; l'amour arrêtant le bras vengeur du farouche révolutionnaire... Que sais-je encore? Voilà pour les incohérences et les naïvetés. Celles de la thèse sociale, débattue tout le long de ces quatres actes artificiels, ne sont pas moins choquantes.

M. Bourget avait à établir, à la suite de M. Georges Sorel, que la violence est féconde... Au lieu de cela, il nous montre la violence aveugle, passionnée, inexcusable et haïssable, des prolétaires révoltés; et à cette violence, contre laquelle il nous insurge, il oppose en la réclamant, une autre violence, celle de la bourgeoisie, pas beaucoup plus logique ni plus raisonnable, perpétuant la discorde et instaurant un régime, non pas d'énergie, mais de haine.

Assurément, l'auteur a mis de belles phrases dans la bouche de certains de ses personnages; par exemple : « Soyons forts et défendons-nous, mais soyons humains ». Seulement, les actes qu'il nous montre démentent ces paroles. Au lieu de construire une synthèse de la question qu'il voulait traiter et de l'interpréter avec ampleur, il s'est contenté d'en réunir les éléments les plus infimes, les plus

proches du fait divers et de l'anecdote; et il en fait réellement, comme le sous-titre de sa pièce le dit ingénument, une simple « chronique ». Nous y voyons éclater une grève et agir un Pataud syndicaliste, exactement dans les mêmes formes que nous l'ont raconté les journaux de l'époque. Le petit côté pittoresque et parfois amusant, mais un peu mesquin et puéril, de la « guerre des classes», nous est servi en doses homéopathiques. Les histoires de sabotage y sont au premier plan. Et, naturellement, l'impression qu'on en peut recevoir n'est guère favorable à ceux-là mêmes que M. Bourget se pique d'excuser.

Tout cela sonne faux et fait plus sourire que trembler. En France, où les moindres choses de la vie empruntent aisément un air théâtral, une pièce comme celle-là devait nécessairement paraître assez près de la vérité. Mais ailleurs, par exemple en Angleterre même et en Belgique, où les conflits ont été jusqu'à présent pacifiques, elle a paru peu réelle; et en Italie, où la lutte a pris récemment des proportions tragiques, elle semblerait aujourd'hui tout à fait puérile. M. Bourget ne prévoyait probablement pas que la réalité dépasserait bientôt, et de loin, son imagination.

Dans une conférence qu'il fit quelque temps après la première représentation de sa pièce à Paris, M. Bourget exposait, avec quelque tapage, les principes et les idées qui avaient présidé à la conception de son drame. Il s'y défendait vivement du reproche de partialité qu'on lui avait adressé. A l'en croire, il aurait posé les termes du problème social avec tant de netteté que plus rien maintenant ne s'opposerait à ce que cessât définitivement, avec un peu de volonté, la crise qui désole la société. Le prolétariat résiste à la bourgeoisie par la violence. Eh bien, soit! Que la bourgeoisie résiste, de son côté, au prolétariat par le talent et par l'intelligence. Ce n'est pas plus difficile que cela...

Touchante et désarmante naïveté ! Les événements qui se sont déroulés depuis la guerre ont dû édifier l'écrivain sur l'insondable profondeur de ses illusions.

Pourtant, il y a un mot dans la Barricade qui, peut-être à l'insu de l'auteur, est le vrai mot de la situation; c'est celui que prononce un personnage de la pièce, découvrant avec une rude franchise le fond de son cœur : — « La poche! » s'écrie-t-il.

La poche!... Ce mot résume toute la question sociale. M. Bourget aurait pu borner là sa démonstration.

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