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EXTESSIVITÉ DES ÉTATS DE CONSCIENCE

proprement dite, La localisation est un acte de perception complexe, et, dans une large mesure, elle doit être acquise par chaque individu, au moyen de l'expérience et de l'esercice. Mais l'expérience, l'exercice et tous les raisonnements du monde n'arriveraient pas à localiser les sensations s'il n'y avait pas en elles, dès le début, une certaine différence originale et originelle, selon qu'elles viennent du pied, delà main ou de la tête, selon qu'elles dépendent de l'activité de fibres nerveuses différentes ou de centres nerveux différents. Cette distinction primaire entre les sensations est une distinction qualitative et non quantitative. C'est, selon l'expression de M. James Sully, une différence de coloration, de nuance entre les sensations, dont nous ne pouvons défùûr ni même nous figurer nettement la nature ; cette différence originale et indéfinissable est tout ce qu'on désigne par l'expression de caractère local ou, si l'on veut, localisable.

La différence locale des sensations se manifeste de deux manières, tantôt sous la forme de la discontinuité des parties, comme dans le cas des pointes de compas, tantôt sous la forme de la continuité et de la grandeur extensive. Si je place sur ma main un carré d'étain d'un pouce et, à quelque distance, un carré de deux pouces, la seconde sensation diffère de la première et, comme on l'a remarqué, la différence n'est pas la même que si j'avais placé simplement un second morceau d'étain de même grandeur sur le premier.

On admet généralement que cette forme locale des sensations n'appartient qu'aux sensations du toucher et de la vue ; c'est là, selon nous, un préjugé. Ce qui est vrai, c'est que la diffusion dans l'espace n'acquiert de netteté que pour le tact et la vue. Cela tient à ce que ces deux sens possèdent une surface sensitive, munie de fibres nerveuses similaires, quoique distinctes et séparées, qui peuvent être influencées chacune à part par des stimitli localement circonscrits. Telles sont la peau et la rétine. Dans l'oule, le stimulus n'est pas du même genre et ne se propage pas de la même manière ; de plus, il n'y a pas un système aussi parfait de fibres similaires répandues sur une surface. On en veut conclure que les sensations de l'ouïe n'ont pas le caractère de l'étendue ; et cela est vrai si on parle d'une étendue aussi nette que celle des sensations tactiles ou visuelles; mais nous arrivons à distinguer la direction et l'origine des sons ; de plus, nous localisons la sensation de son dans l'oreille : on peut donc admettre qu'il y a jusque dans le son un caractère local de forme vague. Il en est de même pour les odeurs et les saveurs ; le caractère

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local y devient de moÎDS en moins défini, parce que ce sont des sensations peu déterminatives; mais U est peu probable I qu'il disparaisse entièrement. Enfin, les sensations venues des I organes internes, faim, soif, colique, mal de tête, iînissent I par être localisées ; donc elles contenaient dès l'origine une [ pluralité de points et une ébauche de grandeur extensive. I nous sentons notre corps dans son ensemble comme ayant 1 une étendue ; nous sentons notre tâte comme étendue, quelque I confuse que soit cette sensation. Si, comme le suppose Mame [ de Biran, nous n'avions qu'un toucher tout intérieur sans p organes spéciaux, nous locdiserions trop imparfaitement pour ' nous représenter jamais l'espace sous des dimensions détei^ minées ; pourtant nous en aurions encore un obscur sentiment. Le cerveau est sans doute ce toucher même, tout intérieur et concentrique, ofi les choses se passent dans l'espace sans nous en donner la représentation précise. Au reste, si le travail intellectuel semble n'avoir pas de Ueu, la fatigue intellectuelle nous fait sentir notre tête, comme la fatigue musculaire nous fait sentir nos muscles après un excès de marche; ce mal de tête a quelque chose de répandu en divers points:, de massif, et il vient se môler à la conscience du travail intellectuel. Ne nous fions donc pas à la première apparence ; n'établissons pas deux casiers absolument fermés pour le sentiment de l'espace, l'un dans le tact, l'autre dans la vue. Essayez de vous représenter un état de conscience absolument dépourvu de tout rapport local plus ou moins indéfini, vous n'y parviendrez pas- Quand Descartes exclut toute idée d'étendue de l'idée de la pensée, toute idée de pensée de i'idée d'étendue, il raisonne sur des abstractions, il s'en tient à la conscience su*' perficielle : dans la conscience profonde et fondamentale, quelque chose à'extensif, en même temps qiïintensif, est invinciblement attaché à tout état de conscience ; la coexistence et la successio7i y sont inséparables, et la coexistence enveloppe toujours une représentation confuse d'extension. De même que nous ne pouvons véritablement et avec certitude vider toute sensation, toute représentation et même tout état de conscience, d'un dernier reste de caractère local ou spatial, de même nous ne pouvons vider mentalementrespace de tout contenu sensible. C'est par une illusion psychologique que certains philosophes se figurent avoir dans l'esprit ou devant l'esprit la forme de l'espace pur. L'idée d'espace, dans la conscience, est inséparable de quelque qualité sensible déterminée. Essayez de vous mettre l'espace devant l'esprit :

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