‹ L'évolutionnisme des idées-forces (volume 2)Chapitre 25 sur 87 · LA CONSCIENCE ATTEINT-ELLE DBS LOIS · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE ATTEINT-ELLE DBS LOIS

physiologiques et cérébraux; l'ordre de nos sensations, à son tour, aétermine plus ou moins directement celui de nos pensées, de nos sentiments, de nos désirs, de nos 'volitions : toute la série des états de conscience particuliers se trouve donc finalement subordonnée à l'action des choses extérieures sur notre organisme.

Toutefois, cette action provoque une réaction consciente, — émotionnelle et intellectuelle, — dont les lois ne sont plus uniquement physiologiques, mais indivisiblemenl physiologiques etpsychiques. En outre, sile mécanisme cérébral exphque 1 ordre d'apparition dans le temps des divers états de conscience, il n'explique pas ces états eux-mêmes ni leur génération mutuelle ; il rend compte en grande partie de leur histoire, une fois donnés, mais il ne rend pas compte de leur existence et de leur liaison primaire. Il y a entre la pensée, le plaisir, la douleur, le désu-, l'aversion, la volition, un lien profond et intime dont les lois mécaniques ne donnent qu'une explication unilatérale et incomplète, non bilatérale et complète. Quand je dis que je désire un objet parce qu'il est agréable, j'exprime une raison psychologique, une loi de finalité immanente et immédiate, élément d'explication aussi nécessaire dans la psychologie que les théorèmes relatifs aux vibrations cérébrales dans la physiologie. Il est exagéré et arbitraire de réserver le nom de lois aux seuls rapports mécaniques. En admettant même que l'on pût, par exemple, déterminer le mécanisme cérébral et inconscient auquel répond la conscience de la ressemblance ou de la différence, il n'est pas certain qu'on aurait déterminé la vraie loi de cette conscience du semblable et du dissemblable, mais peut-être seulement la loi de son objet, la loi de ses conditions d'application : le phénomène demeurerait encore plus clair par son côté logique et psychique que par son aspect physique, même bien déterminé.

En outre, il est faux que toutes les lois des phénomènes intérieurs échappent à la conscience. Les lois mômes de l'association des idées, qui sont les plus mécaniques de toutes les lois mentales, tombent pourtant encore en partie sous la conscience : les rapports de ressemblance et de différence, de succession ou de simultanéité dans le temps, de contiguïté dans l'espace, sont des rapporta conscients et des lois conscientes. Pour être dérivée, une loi n'en est pas moins une loi, et, d'ailleurs, pouvons-nous nous flatter de connaître une loi absolument première?

Maintenant, une fois accordé que le mécanique accompagne

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partout le mental, que même il détermine l'ordre chronologique des phénomènes intérieurs et leur mouvement, reste toujours la fonne consciente de ces phénomènes qui est inex-

Sliquée. Ainsi, quand il s'agit d'expUquer le sentiment même e différence et de ressemhlance qui accompagne l'association mécanique des idées différentes ou semblables, le mécanisme reste nécessairement en chemin.

Enfin les partisans exclusifs des lois mécaniques supposent résolue une question fondamentale, qui ne l'est pas : les lois mécaniques n auraient-elles point elles-mêmes leur racine dans des lois mentales, et conséquemment l'inconscient n'aurait-il point sa racine dans le conscient, soit qu'on entende par le conscient le pejisant, soit qu'on entende le sentant, le voulant? Certains philosophes ont réduit les lois mécaniques aux lois logiques; d'autres pourront réduire le mécanisme à la sensibilité et à la volonté, à la fuite de la douleur et à la recherche du plaisir, à l'appétîtion, au désir. Dans ce dernier cas, la conscience de rfeszrej- ne saisirait plus seulement un résultat superficiel : elle saisirait quelque chose de fondamental et de profond. Préfère-t-on l'hypothèse intellectuelle de Wundt dans sa première doctrine, qui réduisait tout au raisonnement; le raisonnement sera alors la conscience d'une loi et d'une loi plus fondamentale que toutes les autres, tellement fondamentale qu'elle serait absolument nécessaire, qu'elle serait la conscience même de la nécessité, dont le mécanisme extérieur est une simple application et un simple résultat. La logique consciente renfermerait le secret de la logique inconsciente, le processus conscient celui du processus inconscient. Le rûle superficiel attribué d'abord par Wundt lui-même à la conscience et aux idées n'était donc pas très conciliablc avec sa propre théorie.

Dernier problème : — La conscience trorfve en soi-même certaines conditions ou lois fondamentales de sa propre existence, celles queKant prétend à/jrzojn. Cette organisation primitive de la pensée n'est-elle que l'expression de rorganisation cérébrale, les formes de la pensée s'expliquent-elles totalement par les formes du cerveau? — C'est la rivalité de l'école critique et de l'école biologique. Cette dernière a sans doute raison de ramener les cadres abstraits de Kant à des lois de la vie. Toutefois, si l'on peut trouver artificielles les « formes » compliquées de la pensée, au sens de Kant, si on peut réduire toute cette structure mentale à une structure cérébrale, encore reste-t-il la pensée même, la conscience même, Vintellcctus de Leibnilz, qui n'est pas ramené au

UKNGE ATTEINT-ELLE QES LOIS.

pur mécanique. La question demeure alors toujours ouverte : est-ce l'intelligence qui est superficielle et le choc mécanique qui est fondamental, ou bien le choc mécanique lui-môme implique-t-il, sinon de la pensée, du moins de la sensibilité à son minimum? On le voit, un certain dogmatisme, une prévention en faveur d'une certaine métaphysique se cache sous ces propositions d'apparence positive : « La conscience ne saisit que des résultats, non des lois ; la physiologie seule saisit cfes lois, et ces lois sont essentiellement de natiu-e inconsciente, c'estrà-dire mécaniques ou au moins inconsciemment logiques. •» C'est là une métaphysique logico-mécaniste dissimulée sous ce qui semblait d'abord l'établissement d'une pure méthode « scientifique. »

Aces hypothèses nousopposerons les propositions auîvanteK,

i" Il y a des lots mécaniques, des lois logiques, et lois proprement psychiques.

2° Ces trois espèces de lois produisent toutes des effets dans la conscience.

3° Les lois mécaniques, considérées sous le rapport de leur forme, ne sont que les lois logiques appliquées à la quantité et au mouvement dans l'espace.

4° La conscience, saisissant seule les lois logiques, saisit donc seule les lois mécaniques dans leur forme même, qui est la loi de ces lois,

5° La conscience saisit seule les lois proprement psy~. chiques, qui font qu'une sensation produit une émotion et une volltion. Pourquoi une' douleur, par exemple, produitelle la volonté d'écarter l'objet pénible? Les raisons mécaniques du phénomène recouvrent une raison plus fondamentale encore et psychique, à savoir que la volonté ne peut consentir à la douleur, — ce qui est plus clair encore que les lois mécaniques.

6" En y regardant de plus près, nous verrons que les lois psTf chiques, qui relient la sensation à l'émotion, l'émotion à la, motion, sont seules capables de nous faire comprendre A^ fond même {et non plus seulement la forme) des lois mécaniques. Aussi ces lois lient-elles les phénomènes par un rapport intrinsèque, non plus seulement extrinsèque comme ceux de la quantité, du temps et de l'espace, qui sont les seuls liens impliqués dans les lois physico-mécaniques.

D'où il suit que la conscience non seulement saisit les lois, mais saisit seule des lois primaires, vraiment unissantes, qui en définitive rendent compte des autres.

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