DEGRÉS DE LA CONSCIENCE
impression dont nous avons conscience; donc chacune des parties doit produire aussi une impression, mais sans conscience. — Est-ce là une conclusion rigoureuse ? Pour produire en nous un commencement et un minimum d'effet^ disait Stuart Mill, un quantum notable de la cause peut être nécessaire. Stuart Mill avait raison, et on peut invoquer encore d'autres arguments analogues. Si Taile d'un oiseau frôle la neige de la montagne avec un degré de force inférieur au degré nécessaire pour produire une avalanche, elle ne produit pas pour cela une avalanche infiniment petite ou inconsciente. Vous m'adressez la parole, mais de trop loin, et je n'entends pas ; le son expire dans l'air avant d'arriver à mon oreille, ou dans mon oreille avant d'arriver à mon cerveau ; il n'est pas nécessaire de supposer que vos paroles aient produit en moi une audition inconsciente. Il est plus simple d'admettre qu'elles n'ont pas produit d'audition, parce qu^elles se sont arrêtées en chemin.
— Mais alors, si chaque partie séparée ne nous cause pas de sensation, comment se fait-il que la réunion puisse nous en causer une? Pour entendre le murmure de la mer, ne faut-il pas entendre le bruit de chaque vague ? — On peut répondre de nouveau que l'eflFet d'une partie isolée, étant trop faible^ est neutralisé par d'autres causes qui tendent à empêcher ce qu'il tend à produire. Par exemple, l'ébranlement que votre voix cause dans l'air est à la fin neutralisé par la résistance des molécules élastiques. Il faut donc, pour produire un effet appréciable, qu'il y ait un certain surplus des causes productrices sur les causes opposantes. On comprend qu'une partie isolée soit trop faible pour produire ce surplus, tandis que toutes ensemble le produisent. Un soldat isolé ne vaincra pas une armée, beaucoup de soldats réunis pourront la vaincre (1).
— Mais, dira-t-on encore avec Leibniz, quand l'effet appréciable est produit par des causes successiveSy non plus simultanées^ il faut bien admettre que les divers moments de
1. <c Si je sais sûr, dit Kant, d'apercevoir un homme loia de moi dans une
autres parties du corps de cet homme), je prétendais affirmer que je manque absolument de leur représentation dans mon intuition, je ne pourrais pas dire non plus que je vois un homme, puisque la représentation totale se compose de ces représentations partielles. » On peut répondre à Kant qu'il n'est pas nécessaire d'avoir la représentation de tous les oétails pour pouvoir définir un ensemble. L'esquisse d'un honmie sur le papier suffit à me faire reconnaître un homme d'après les grandes lignes.
IDéBS-FORCBS. 4
la cause ont une influence, quoique inconsciente ; sinon l'efft __ ne commencerait jamais. « Un bruit dont nous avons la perception, dit Leibniz, mais où nous ne prenons point garde, devient aperceptible par une petite addition ou augmentation ; mais, si ce qui précède ne faisait rien sur Târae, cette petite addition n'y ferait rien encore et le tout ne ferait rien non plus. » — Nous répondrons que les excitations nerveuses, comme l'ont montré les physiologistes, accumulent leurs effets dans les nerfs de manière à produire des vibrations de plus en plus fortes, jusqu'à ce qu'elles atteignent le degré suiEsant pour ébranler le cerveau (1).
Les théories où l'on transporte datis l'état mental, sous form,e inconsciente, la même composition et le même nombre de parties qui existe dans la cause extérieure, sont donc une simple hypothèse. Toute portion de la cause peut produire son effet quelque part sans que pour cela l'effet soit mental.
En outre, si l'on veut suivre la voie de Leibniz et d'Hamilton, il est plus logique d'admettre dans la conscience même des dégradations à l'infini et des états de conscience inltnitésimaux que des états inconscients. Si tout état de conscience est l'effet d'une modification mentale composée d'une infinité de petites parties, l'état de conscience doit aussi être composé d une inimité de petits états de conscience, produits chacun respectivement par ces inflninaent petits^ La conclusion des partisans de l'inconscience est donc ei contradiction avec leur principe même, qui aboutirait logiquement à dire : 1" quand une cause physique produit un effet mental, toute portion de la cause physique doit produire une portion d'effet mental; 2° la cause mentale, à son tour, produisant un effet de conscience, doit produire une portion de conscience. Par cela même que, selon la théorie courante, le conscient et l'inconscient différent par le seul degré, non par Vespèce, il en faut conclure que le prétendu inconscient est seulement un degré faible de conscience, à moins qu'on oe veuille soutenir cette absurdit* que la conscience est un degré fort d'inconscience.
' "Wundt appelle sensations pures les premiers éléments d( perceptions composées : « Nous sommes forcés, dit-il, par u nombre énorme de faits psychologiques de supposer l'exis-r tence de la sensation pure, et d'admettre que les perceptions ou représentations se forment de sensations par une synthèse igique. n Les sensations pures ou simples seraient
:e qu'a monlrj M. Richet dans son livre sur l'Homme et t'inlelligenee.
SI