PRÉTENDUES PERCEPTIONS INCONSCIENTES
donc les états de conscience les plus originaires, séparés de tous les rapports et de toutes les liaisons que la conscience
développeraient que par des sensations pures. « Ainsi définie, dit Wundt, la sensation pure n'est rien de plus qu'une existence interne, variable en force et en qualité, dont nous pouvons peut-être nous former une idée à l'aide de la statue fictive de Condillac, en nous plaçant à l'instant où elle entre en activité. » — Soit, mais de cette définition admise par Wundt il ne ressort pas que la sensation pure soit inconsciente : elle est seulement un état minimum de conscience, comme il le dit, et ce minimum est une limite idéale plutôt que réelle : tout ce qui est concret est déjà multiple, organisé, en relation et en composition avec d'autres éléments : il n'y a pas plus de sensation absolument simple dans la conscience réelle que de point indivisible dans l'étendue réelle. La théorie qui forme les perceptions avec des sensations simples est donc comparable à la théorie atomique : c'est une construction hypothétique, une figuration de la réalité ultime, et il nous est impossible de concevoir cette réalité autrement que comme un état de conscience plus élémentaire.
Ce sont surtout les fonctions de l'ouïe qu'on a mises en avant pour montrer que les perceptions inconscientes sont des combinaisons de sensations inconscientes. Les expériences intéressantes de Ohm et de Helmholtz sur les sons tendent à prouver a-t-on dit, que, dans quelques cas au moins, c( Vintensité et le timbre des sons peuvent varier par des raisons purement psychiques et non pas seulement physiques ; » c'est donc bien dans le domaine psychique qu'auraient lieu les faits inconscients (1). Si Ton chante une voyelle devant la table d'un piano après avoir enlevé les étoufFoirs, les divers harmoniques dont la voyelle est la fusion provoquent la résonance des cordes correspondantes du piano, et l'on entend successivement se répéter ces harmoniques comme les échos du son émis. La voyelle est donc une combinaison de plusieurs sons en un son nouveau. Or, cette combinaison n'est pas, dit M. Colsenet, le résultat d'une simple composition de mouvements extérieurs « qui donneraient lieu à une sensation nouvelle, mais immédiate encore. » En effet, la décomposition du son est possible dans la conscience