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MÉCANISME ET FINALITÉ DANS L'INSTINCT

intellectuelle, forme supérieure de la conscience ; il ne Test pas pour Uappétition et l'émotion, qui sont le fond même de toute conscience. L'automate vivant et raisonnant ne fonctionne pas de la même manière quand il se sent ou quand il ne se sent pas. Nous nous écartons donc à la fois, dans cette question, et des purs mécanistes comme Maudsley, et des cause-fînaliers, comme Hartmann : nous faisons une part dans l'instinct et dans rintelligence même à un mécanisme sans conscience, mais nous y admettons aussi des états de sensibilité nécessairement conscients ; nous rejetons « l'état mental inconscient » et « la sagesse instinctive de l'inconscience », enfin les « idées inconscientes » qui, dans l'instinct, guideraient une « volonté également inconsciente » . La force des idées dérive ici des sentiments ou appétits auxquels elles fournissent des représentations directrices et des thèmes d'action.

Rédaction de Tacste réflexe au processus appétitil

Non seulement les appétits appelés instincts ne sont pas nés des mouvements réflexes automatiques, comme le croient Spencer, Huxley, Maudsley, Sergi, ïUbot, Richet, etc. ; mais ce sont les mouvements réflexes, au contraire, qui sont nés de rinstinct ou de Tappétit. Ce sont les résidus d'un ensemble d'actions qui avait eu d'abord pour ressort un appétit accompagné d'une émotion plus ou moins confuse, comme la faim, la soif, la sensation de heurt, celle de chaleur ou de froid, etc. Les mouvements automatiques sont les effets en quelque sorte refroidis de l'émotion; ce sont des directions do l'appétit devenues stables et mécaniques. Yoici, selon nous, comment cette conversion rétrograde a pu se produire.

I. — Remarquons d'abord qu'il est inexact d'établir Vinconscience comme caractère général des mouvements réflexes ; beaucoup d'entre eux ont un élément psychique manifeste pour la conscience cérébrale, pour ce que nous appelons « notre conscience ». La rapide succession de la stimulation senso* rielle et du mouvement ne prouve nullement Imconscience. Si je vois un trou où je vais tomber et que je me rejette soudain en arrière, j'ai cependant conscience et de l'impression et du mouvement. Il y a même ici conscience rapide d'une tippétition sous la forme à! aversion spontanée et instantanée, non pas seulement de Timpression sensorielle et de la réaction motrice. C'est donc un réflexe appétitif à forme instinctive. De même pour l'action de se gratter spontanément.

Le mouvement appétitif et instinctif se distingue aujourdliui des réflexes automatiques sans conscience ou des réflexes automatiques accompagnés de conscience plus ou moins vague, en ce qu'il résulte d'une appétition proprement dite, d'une réaction ^lus ou moins volontaire ayant pour effet de renforcer un plaisir présent ou de supprimer une peine présente. Le clignement périodioue des yeux^ inconscient cm conscient, n'est guère qu'un réflexe automatique ; si je f^;rme les yeux devant un coup qui les menace, ce mouvement in^ tinctîf est un réflexe appéUUf^ quoique Tappélition, la réac-

tion volontaire y soit d'une extrême rapidité. Si je tremble de peur, c'est un réflexe automatique ; si j'écarte la main pour repousser un objet effrayant, c'est un mouvement du genre appétitif, ayant un but de préservation.

Tout mouvement produit par l'appétit, comme le recul de la jambe devant le feu, renferme trois termes : excitation sensitive, émotion, réaction motrice causée par le désir ou l'aversion. Maintenant obscurcissez de plus en plus l'élément de l'émotion, si bien qu'il ne reste dans la conscience qu'une perception sensitive très rapide et un mouvement très rapide; vous aurez des réflexes demi-conscients, à la fois psychologiques et physiologiques, où la conscience semble un simple spectateur saisissant au passage les deux termes extrêmes du réflexe, — excitation et mouvement, — sans paraître participer à son exécution parune appétition quelconque. Tels sont tous les réflexes psycho-physiologiques, où l'excitation centripète aiBférente et le mouvement centrifuge entrent à quelque degré dans la conscience : éternuement, clignement périodique des yeux, etc. Le sens appétitif, le but physiologique de ces réflexes commence à se perdre pour la conscience spontanée. Pourtant le sentiment agréable ou désagréable n'est pas encore complètement disparu : on sent bien pourquoi on tousse, pourquoi on éternue ; on sent moins pourquoi on cligne des yeux, à moins qu'on n'ait retenu volontairement la paupière immobile assez longtemps pour éprouver le picotement ou la fatigue. Faites maintenant un pas de plus. Supprimez ces restes de sentiment pénible, supprimez même de la conscience le premier temps du réflexe : excitation sensitive y et le troisième : désir ou aversion précédant le mouvement ; vous aurez alors le réflexe purement physiologique, sans élément psychique apparent. Les mouvements rythmiques de la respiration sont encore sur la limite des deux domaines : en y faisant la moindre attention, nous avons encore conscience de ces mouvements et, par la volonté, nous pouvons de nouveau nous en emparer, les suspendre ou les précipiter. Le cœur, lui, ne fait sentir ses battements que dans le cas d'exaltation; mais, à l'origine, chaque battement devait être distinct pour la conscience. Il est probable qu'il a encore aujourd'hui son effet dans la conscience générale : quand le coeur cesse de battre, il se produit un sentiment de danger, de soustraction, de perte menaçante ; quelque chose manque dpnc à l'état normal de notre conscience. Enfin les mouvements du cœur, chez certaines personnes, peuvent être soumis à la vo-

ionté : il est des hommes qui suspendent à leur gré les battements de leur cœur, comme il est des femmes qui pleurent à volonté. Tous ces faits montrent que les « réflexes physiologiques », — c'est-à-dire ceux qui sont organisés de manière à assurer la préservation de l'individu ou de l'espèce sans que l'individu lui-même y songe aujourd'hui et soit même averti de ces mouvements, — tiennent cependant encore par des liens ténus à la sensibilité, à l'appétit, à la volonté ; et ces liens, parfois, chez certains individus ou dans certaines circonstances se resserrent ou se renouent.

Au reste, les premiers rudiments, des fonctions cardiaques et respiratoires, tels qu'ils se rencontrent chez les animaux inférieurs, sont des mouvements qui s'accompUssent non point avec une constance automatique, comme chez nous, mais à des intervalles plus ou moins réguUers. Ils ont lieu, selon Wundt, c< sous l'influence directe de certains instincts nutritifs » ; or les instincts nutritifs, qui sont l'origine de tous les autres, sont les types mêmes de l'appétit : ce sont des mouvements provoqués par des émotions plus ou moins vagues de malaise ou d'aise, en vue d'une fin qui, pour n'être pas pensée, n'en est pas moins cherchée : suppression de la peine et accroissement du plaisir.

Une autre considération confirme les précédentes : c'est que, chez les animaux inférieurs, ce ne sont pas des réflexes de nature exclusivement automatique qui constituent les premiers mouvements corporels ; ce sont, au contraire, les mouvements appétitifs et volontaires. Chez les êtres les plus infimes, dit Wundt, — par exemple les protozoaires, les cœlentérés, les vers, — les mouvements corporels de caractère automatique et proprement réflexe sont postérieurs en date ; aussi offrentîls chez ces animaux un degré de développement inférieur aux actes qui témoignent d'une sensation ou même d'une représentation, d'une impulsion instinctive accompagnée d'un sentiment sourd.

Ce qui a fait croire aux partisans de l'automatisme que la genèse des réflexes est indépendante de l'instinct et de cette réaction mentale qu'on nomme appétit, c'est qu'aujourd'hui Tappétit trouve à son service, chez les animaux supérieurs, des réflexes tout organisés, qui semblent mis à sa disposition comme des instruments indépendants de la volonté. Mais ces réflexes compliqués et perfectionnés sont les résultats d'une longue évolution. De plus, ces réflexes compliqués ne se rencontrent que chez les animaux supérieurs, qui manifestent en

238 RÉDUCTION DE L'ACTE BÉFLESB AU PHOCESSUS APPÉTITIP.

même temps des appétits plus distincts et plus vanés ; le Teloppement des réflexes va donc de pair avec celui des irapulsions de l'appétit, comme si le^ miîmes aptitudes à manifester des appétits de toutes sortes avaient été aussi les conditions de l'organisation des réflexes. Enfin, selon la remarque de Wundt, « les réflexes que nous apercevons chez l'animal décapité sont les mêmes mouvements que nous rencontrons, seulement mieux ordonnés, dans les actions volontaires des individus de son espèce; » ce sont donc bien des efiets mécaniques de la volonté qui subsistent jusqu'après la mort. De cette évolution des réflexes dans l'espèce nous pouvons conclure, avec Wundt, que les actions volontaires (c'est-à-dire, en somme, appétitives)n'ontpas eu pourorîgine les réflexes, mais, tout au contraire, que les actions réflexes sont des actions volontaires devenues mécaniques, firâce aux modificatio qu'elles ont imprimées peu à peu dans l'organisation héré" taire.

Nous devons donc inlenertir l'ordre des explications pi chologiqups qu'on a voulu tirerdes mouvements réflexes: a' du pur mécanisme on ne fera jamais ni de la pensée, ni plaisir on de la douleur, ni du désir ou de l'instinct ; mais, versement, avec les efiets habituels et héréditaires de l'appétit* du plaisir et de la douleur, on peut expliquer le mécanisme même et l'automatisme. Les partisans à outrance des réflexes confondent l'effet avec la cause et veulent faire sortir le plus du moins ; l'être vivant ne sort pas du squelette, le squefctte vient de l'être vivant. Au lieu de dire avec Spencer, Maudsley et Ribot, que la représentation intellectuelle, l'émotion et l'appélition sont ie pur «reflet» des mouvements physîologiqnr " il faut dire que les mouvements physiologiques sont manifestation extérieure, le prolongement, le côté objectif changements internes.

II. — Reste à savoir si le scnlimentel l'appêtition, devei aujourd'hui inutiles dans l'organe directeur, dans le cerveaui ne subsistent pas encore, même aujourd'hui, sous une forme rudimentaire, dans les organes subordonnés. En d'autres termes, tous les réflexes physiologiques n'ont-ils pas encore un côté psychique, mais spinal et non cérébral? N'y a-t-il qu'im pur mécanisme insensible fonctionnant comme cehn d'un automate quand, par exemple, le rat privé de ses hémisphères cérébraux se met à fuir en entendant ou paraissant entendre la menace du chat ; quand le pigeon, dans les mêmeft'^

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circonstances, écarte la tête devant la menace du poing ou suit du regard la lun)ière qu'on lui présente (1)?

Pflûger fut si viTement frappé de l'adaptation des réflexes chez les animaux qu'il en conclut que leur moelle épinière, comme le cerveau, est capable de sentir et possède « des facultés sensorielles ». Des phénomènes réflexes de la moelle et du bulbe rachidien se produisent aussi chez l'homme indépendamment du cerveau : les plus familiers sont la toux, l'éternuement, le vomissement. On a vu, dit Vulpian, des foetus sans cerveau qui criaient et qui suçaient le doigt qu'on leur mettait entre les lèvres. Chaque segment de la moelle parait se comporter comme un petit cerveau. Si la moelle se trouve divisée au-dessous de l'origine des nerfs respiratoires, toute sensibilité consciente et toute motilité volontaire semblent abolies dans les parties du corps qui sont audessous de la section ; mais, quand alors on chatouille la plante des pieds avec une plume, la jambe se relève sans que le patient s'en aperçoive, « à moins, dit Maudsley, qu'il ne voie le mouvement. » Hunter cite le cas d'un homme qui avait la moitié inférieure du corps paralysée, et dont les jambes exécutaient des mouvements violents toutes les fois qu'on lui chatouillait les pieds ; quand on lui demandait s'il sentait l'irritation, îl répondait: «Non, monsieur, mais vous voyez que mes jambes la sentent. » — Là est précisément la question. C'est cette conclusion qui est encore aujourd'hui l'objet d'intéressantes controverses. Et il n'y a ici que deux hypothèses vraiment rationnelles. Ou bien il existe jusque dans les plus simples réflexes, comme le croient Pfltîger et Lewes, un

(!) Raillons d'aatres faits classiques de ce genre. On sait que Kass, ayant amputé la tète d'un lapin avec des ciseaux mal effilés qui hachèrent les parties moues de façon à prévenir l'hémorragie, vit ranimai, réduit à sa moelle épinière, s'élaBcer de la table et parcourir tonte la salle avec un mouyement de locomotion parfaitement régulier. La moelle épinière semble une ligne de centres nerveux associés et néanmoins indépendants en une certaine mesure : chaque vertèbre parait fermer comme un animal distinct. On sait encore que Landry et Vulpian ont divisé ea plttsieurs segments la moelle épinière du cochon de lait eu laissant intact le reste du corps; la communication avec le cerveau étant interrompue, la tète de ranimai ne sentait plus ce qui se passait dans les segments séparés ; ces segments n'ea eoiUnuaient pas moins de vivre et d'avoir leur excitabilité propre, leurs actions réflexes : quand on les irritait, ils réagissaient par des contractions musculaires, et cette excitabilité réflexe a pu durer de trois mois à un an. Qui ne connaît encore l'exp^bieBce célèbre de Pflûger? Ce dernier toucha avec de l'acide acétiqve la cuisse d'une grenouille décapitée, la grenouille essuya l'acide avec la face dorsale du pied correspondant. Pfliiger coupa alors ce pied et appliqua de nouveau l'acide au même po^; la grenouille essan de nonvean de ressuyer avec le même pied, et, n'y réussissant pas, puisque le pied n'existait plus,, elle renonça à des efforts infructueux et sembla inquiète, aeitée. « comme si elle cherchait un nouveau moyen ». Enfin elle se mit à essuyer raciée avee le pied di côté opposé.

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