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240 RÉDUCTION CE L'ACTE RÉFLEXE AU PaOCESSUS APPÉTITIP,
minimum de sensation, sinon cérébrale, du moins spinale ; et conséquemment il y existe, avec de la sensibilité, une appétition rudimenlaire. Ou bien, comme le prétendent Maudsley, Wundt, Ferrier et Luys, tous les mouvements accomplis par les centres nerveux inférieurs, une fois séparés des centres supérieurs, sont déterminés d'avance dans l'organisme par sa constitution mécanique et résultent simplement des propriétés mécaniques du système nerveux.
Dans les deux hypothèses, remarquons-le d'abord, « l'inconscient » en soi de Hartmann, qui ne serait plus du pur mécanisme, mais une existence à la fois mentale et inconsciente, est une entité parfaitement inutile; il est illogique d'imaginer un « esprit inconscient )i qui règle sans le savoir les mouvements de l'animal aujourd'hui adaptés à un but : c'est là une hypothèse de métaphysique fantaisiste. Maintenant, des deux hypothèses vraiment scientiBques, quelle est la plus probable? Il nous semble que les deux peuvent être vraies à la fois, chacune dans son domaine : les réflexes ont une exphcation en partie mécanique, en partie psychique. Sans doute on peut miagiaer un mécanisme devenu assez parfait pour que la grenouille ou l'homme décapités continuent d'étendre la patte ou le bras sous ime excitation : l'hypothèse mécaniste de Descartes est ici soutenable. Mais, d'autre part, en poussant à l'extrÊme cette hypothèse, on aboutirait à l'automatisme des bêtes ; or, chez les bêtes, il y a évidemment fensation. Enfin nous avons reconnu que le mécanisme réflexe est postérieur à l'appétit. Il n'est donc pas prouvé que, dans les tronçons séparés d'un myriapode, qui continuent à marcher et à se défendre, il n'y ait pas encore quelque sensation. Il n'est pas prouvé qu'il n'y ait point de même des sensations confuses dans la moelle épinière d'un vertébré quand cette moelle réagit, surtout si 1 on considère l'animal total comme un composé de vivants et une société d'organismes. Aussi Ferrier, après avoir dit que des mouvements réflexes parfaitement adaptés w peuvent être produits sans conscience
Car la moelle épinière », ajoute cet aveu ; « Il n'y a pas, dans i physiologie des centres nerveux, un problème plus difficile que celui qui consiste à distinguer les phénomènes purement réflexes des phénomènes de conscience, d'intelligence, de seit salion{i). »
Pour montrer que le sentiment et l'appétition sont répi
(i) Les Fondions du o
1, traiiuclicn de H. de Varigny, p. 29.
dus dans tout Forganisme et que le mécanisme réflexe a luimême un fond psychologique^ on peut tirer argument des doctrines de révolution et de la sélection universelle. L'anatomie comparée, avec Geoffroy Saiiit-Hilaire , voit dans le crâne une vertèbre plus développée, partie antérieure de la colonne vertébrale, et le cerveau n'est de même que la partie antérieure de la moelle épinière : le crâne et le cerveau sont de simples produits d'une « différenciation » et d'une « intégration » progressives. De même, la substance grise du cerveau et celle de la moelle offrent à lanatomie et à la physiologie des éléments histologiques semblables; comment donc le biologiste ou le psychologue pourrait-il leur attribuer des propriétés absolument différentes? Si on n'a pas le droit d'induire ici l'existence d'une forme de conscience ou de sentiment semblable à la nôtre, on a le droit d'induire une sensibilité, une mentalité plus ou moins différente de la nôtre. Sans cela, il faudrait prétendre que le ver de terre ne sent pas parce qu'il n'a pas de cerveau et parce que la sensibilité nous est connue seulement, à nous, comme liée à l'ébranlement cérébral. Aucune analogie^ aucune induction ne serait possible si on admettait que l'absence d'identité complète supprime tout raisonnement du semblable au semblable ; il faut seulement tenir compte à la fois des ressemblances et des différences. Jules Luys dit lui-même : « J'ai été amené à considérer d'une façon générale le fonctionnement dynamique du cerveau comme n'étant qu'une amplification plus ou moins considérable du mode de fonctionnement des différentes régions de l'axe spinal. » Qu'est-ce que le fonctionnement « dynamique )) du cerveau, sinon la sensation et l'appétition motrice? La sensation et l'appétit ne doivent donc être que « Tampliflcation » de ce qui se passe déjà dans la moelle. Les fonctions du cerveau se ramènent, selon Luys comme seloa Yulpian, à des actions réflexes très compliquées; or les actions réflexes du cerveau ont un côté mental, la sensation; donc il est possible et probable que les actions réflexes de la moelle aient aussi un côté mental, mutatis mutandisy aussi rudimentaire qu'on voudra. « Le moral, disait Cabanis, est du physique retourné; » mais le physique, à son tour, et surtout le physiologique est du moral retourné, car on peut concevoir tout aussi bien que l'appétition soit le véritable « endroit des choses » , que les mouvements soient de simples effets ou des rapports d'appétitions.
Le cerveau est l'organe principal et dominateur de
IDÉBS-FORCES. 1
142 BÉDnCTION DE L'ACTE RÉFLBÏB AU PROCESSUS APPÉTITI7.
toute la vie mentale, il a les fonctions les plus nobles, mais il n'exclut pas la part des autres ganglions à là ' sensibilité générale. Les sensations qui viennent des sens et des viscères, le cerveau les additionne, les combine, les modiâe et, par un mode de transformation profondément mystérieux, les élabore en idées. II est, dit Lewes, le généralissime qui contrôle, dirige et inspire les actions de tous les officiers subordonnés; mais supposer que ces subordonnés n'aient pas aussi leurs fonctions indépendantes, c'est une erreur. « Généraux, colonels, capitaines, sergents, caporaux, simples soldats, tous sont des individus comme le généralissime, avec un pouvoir inférieur et des fonctions différentes, selon leurs positions respectives. Mais, si le commandant en chef est tué, l'armée a encore ses généraux; si les généraux sont tués, les régiments ont encore leurs colonels. Bien plus, par un effort énergique, un caporal peut faire tenir ferme à sa compagnie. C'est là la situation de l'animal à qui on a enlevé son cerveau; chaque partie séparée de l'organisme a encore son général, son colonel ou son simple caporal, n Malgré cette juste comparaison du corps vivant avec une armée, Lewes n'a pas expressément enseigné la doctrine des sociétés d'organismes formant un agrégat de cellules vivantes, qui, quand elles sont des cellules nerveuses, deviennent capables de sensations plus vives. Il n'y a point, dans le système nerveux, un seul et unique centre de sensibilité et d'appétit, mais un très grand nombre de centres appétitifs et quasi-sensilifs, qui communiquent entre eux à l'état normal et se transmettent l'irritation (1). Cette hypotiièse a l'avantage d'accorder aux deux autres tout ce qu'eUes renferment de positif, sans faire les mêmes exclusions. A ceux qui voient dans le cerveau, avec Luys et Maudsley, un fonctionnement mécanique d'actions réflexes, on peut donc dire : — Oui, tout se fait dans le cerveau selon des lois mécaniques, sans exception ; mais, d'autre part, les lois mécaniques sont les mêmes que les lois mentales de l'appétition, et l'appétition est le dedans du mécanisme : c'est parce qu'il y a dans les éléments cérébraux aise ou malaise rudimentaire qu'il y a plaisir ou douleur dans la conscience totale du cerveau ; et c'est aussi parce qu'il y & j de vagues sensations ou appétitions dans les éléments mén dullaires que ces éléments réagissent sous les excitationaq
Ce qui cause une légitime répugnance aux esprits scientifiques, tels que Maudsley, dans l'hypothèse qui répand la sensibilité et l'appétit tout le long de la moelle, c'est que plusieurs partisans de cette dernière hypothèse ont voulu voir dans la réaction des centres inférieurs une pensée adaptant des moyens à des fins, une volonté poursuivant un but ; ce qui les a obligés en même temps de supposer que cette volonté est « inconsciente » . Mais il n'est nullement nécessaire de placer dans la moelle une « conscience médullaire » analogue à k conscience cérébrale, qui aurait Vidée d'un obstacle à écarter et lavolonté de l'écarter ; on n'y doit placer qu'une sensibilité diffuse et un appétit aveugle. Toute l'argumentation de Maudsley en faveur du pur mécanisme est viciée par la confusion de cette sensibilité avec la finalité intellectuelle. Ainsi, il croit réfuter Pflûger en disant : « Le fait qu'un mouvement atteint ce quon nomme un but n'implique pas nécessairement que ce fait soit volontaire, prémédité ou conscient (1).» Sans aoute, mais ce n'est point là la vraie question. Il ne s'agit pas de savoir s'il y a dans la moelle raisonnement^ prémmiiationy ré/lexion consciente ; il s'agit de savoir simplement s'il y a dans les centres nerveux de la moelle des appétitions et sensations plus ou moins vagues, ou, si l'on veut, des subsensations. Dans cette hypothèse, sous l'influence d'une irritation sentie comme gênante^ ces centres réagiraient aveuglément, mais cependant de manière à donner le branle au mécanisme habituel et héréditaire des organes, qui aboutit, par exemple, à tel mouvement du pied ou de la main. « Le fait de sentir, dit Maudsley, implique-t-il ce que nous entendons par ces paroles : Moi je sens, moe j'ai conscience? Il est impossible alors que le polype ou la moelle sans cerveau smitent. » — Nous répondrons que sentir n'implicpie nullement : « Moi je sens, » aue la conscience immédiate d'une douleur n'impUque pas la conscience réfléchie, que des cellules peuvent être émues d'une manière pénible sans que l'individu, comme individu, le sente. C'est probablement ce qui a lieu dans l'expérience de Goltz. Si on place dans le creux de la main étendue une grenouille privée de ses hémisphères cérébraux, elle s'y accroupit tranquillement; si alors, comme fit Goltz, on retourne la main doucement, la grenouille remue une patte, puis l'autre, de façon à ne pas tomber et à monter peu à peu sur le bord de la main qui
(!) Physiologie de V esprit ^ tr. fr., p. 129.
S44 RÉDOCTIOS DE L'ACTE RÉFLBXE AU PROCESSUS APPÉTITIP.
s'élève ; si on contioue de tourner la main, la grenouille flnî? par se trouver sur le dos de cette main et y reste immobile jusqu'au moment où, par un mouvement inverse, on la force ■à revenir sur la paume. Les sensations musculaires et le sentiment de la pesanteur, excités dans la moelle de la grenouille, prodmsent les mouvements adaptés; le stimulus sensoriel met en jeu dans la moelle le même mécanisme auquul aurait eu recours la stimulation intellectuelle et volontaire. Cette dernière stimulation, d'ailleurs^ chez l'être normal, ne pourrait pas agir sans l'action des centres inférieurs : elle se borne à susciter ou à diriger cette action. Les centres inférieurs, au contraire, peuvent agir et réagir sans les centres de l'intelligence et de la volonté, pourvu qu'il y ait une excitation sensorielle; c'est ce qui a lieu chez la grenouille sans cerveau, et nous croyons que cette escitation sensorielle enveloppe une émotion plus ou moins agréable ou pénible, qui a aussi son siège dans la moelle. Si cette môme grenouille privée de ses hémisphères est caressée légèrement, entre les épaules ou au flanc, elle coasse avec une pégidarité machinale, une fois à chaque attouchement. L'animal à l'état normal ne coasse pas, ou il coasse pluâeurs fois. C'est que ses hémisphères, selon la remarque de ifaudsley, lut permettent alors d'arrêter ou de renforcer à son gré l'action réflexe. Les grenouilles mêmes qui ne veulent pas coasser lorsqu'elles ont le cerveau intact le font facilement et régulièrement après l'ablation des hémisphères. De même, après cette ablation, elles s'abstiennent toutes de coasser si l'irritation, au lieu d'être agréable, est douloureuse; elles font alors des gestes de défense, ou parfois poussent un cri de douleur. H est probable qu'il y a alors, parallèlement au jeu du mécanisme, une émotion de malaise psychique plus ou moins vague. A en croire Maudsley, au contraire, et aussi Spencer, ces actions seraient « aussi complètement physiques que les mouvements successifs du piston et des roues d'une machine à vapeur. » De même, ajoute Maudsley, il n'est pas plus étonnant de voir les jeunes canards nager immédiatement dans l'eau, par un mécanisme réflexe, et les poulets se noyer, « que de voir le bois flotter et le fer s'enfoncer (1) ». Parler ainsi, c'est n'apercevoir qu'un côté du phénomène. Assurément il y a dans les actions réflexes un mécanisme, et même, si on ne considère
(1) Physiologie de l'espril, Ir. fr., p. i
RÉDUCTION D2 L*AOTE RÉFLEXE AU PROCESSUS ÂPPÉTITIF. 245
que les actions et réactions extérieures entre les ceUules, tout Y est mécanique ; mais, en même temps, il doit y avoir dans les cellules mêmes un « côté sensoriel » . Et ce côté sensoriel n'est pas uniquement la simple excitation mécanique ; il est cette excitation, plus un certain état psychique des centres nerveux secondaires, analogue de loin à l'état que nous appelons sensation, émotion de plaisir ou de déplaisir, appétition : c'est le réflexe appétitif. Quand le cerveau est intact, les sensations se communiquent aux hémisphères^ s'y condensent, s'y centralisent ; le cerveau enlevé, les sensations restent dispersées dans les centres nerveux secondaires. Sans doute la preuve directe est impossible ; l'est-elle moins quand il s'agit de prouver à un Descartes ou à un Malebranche qu'un chien frappé qui se plaint sent le coup de pied? De nous à l'animal nous raisonnons par analogie ; la même analogie est encore valable, quoique affaiblie, de l'animal ayant ses hémisphères à l'animal privé de ses hémisphères, ou, si l'on veut, des centres nerveux cérébraux aux centres nerveux spinaux, qui, dans cette société de cellules qu'on nomme organisme, ne sont que des vivants d'ordre inférieur, soudés et subordonnés à des vivants d'ordre supérieur. Encore une fois, si les centres de la moelle étaient absolument mécaniques, sans aucun élément psychique, cet élément manquerait aussi dans le cerveau, puisque le cerveau n'est que le prolongement de la moelle et l'amplification de ses propriétés. Il est donc faux d'assimiler les mouvements réflexes sensoriels aux mouvements d'un piston ou d'un morceau de liège, qui, évidemment, sont étrangers à toute « stimulation psychique ». Selon nous, les centres nerveux réa- ^ssent les uns sur les autres d'une manière à la fois mécanique et mentale, comme des gens qui, dans une foule pressée, se poussent et se donnent des coups de coude, et qui se trouvent tous à la fin portés vers une certaine direction, alors même qu'ils ne l'auraient ni connue ni voulue. Chacun en particulier n'a cherché qu'à éviter le malaise d'une pression extrême, et il se trouve pourtant que tous réalisent une sorte de manœuvre plus ou moins compliquée. De même, dans l'animal récemment décapité, des sensations sourdes se produisent comme d'habitude le long des cellules de la moelle ; comme d'habitude, elles entraînent à leur suite des mouvements, et alors commence la pure mécanique : comme d'habitude, en effet, ces mouvements convergent vers le même point et produisent cette même contraction de la patte ou du
bras que l'animal aurait produite s'il avait connu un danger et voulu s'y soustraire. Il n'a rien connu, pourtant, ni espressément voulu; ses éléments ont vihré sous le coup de sensations plus ou moins aveugles, et la finalité apparente du dernier résultat n'est que l'effet dernier de l'harmonie organique réalisée dans l'espèce par la sélection naturelle. Ainsi s'expliquerait l'expérience du docteur Robin : l'habitude des mouvements de défense, descendue dans la moelle du supplicié, se réveillerait comme les actions réflexes naturelles, probablement sous la stimulation d'une vague douleur répandue dans les cellules encore vivantes et vibrantes.
On voit que la vie, l'appétit, la sensibilité, la conscience n'est pas cette chose une et indivisible qu'avait imaginée le spirituahsme traditionnel ; elle est susceptible non seulement de directions multiples, mais de diffusion, de concentration, de transmission et de déplacement : les phénomènes qui se produisent chez les animaux inférieurs coupés en diverses parties en sont la preuve. Le mental, dans l'organisme, ne se perd pas plus que le physique; il y a une succession mutuelle des divers états mentaux comme il y a ane succession des divers modes de mouvement appelés affinité, chaleur, lumière, électricité, etc. ; Vappétition se retrouve sous toute motion des êtres vivants, et le mouvement de leurs cellules le plus mécanique en apparence renferme un appétit infinitésimal, par rapport auquel nos appétits cott*scients d'eux-mêmes, distinctement douloureux ou agréables sont ce que la masse du soleil incandescent est par rapport un de ces atomes dispersés qui peuplent l'espace.
Si nous voulons étendre plus loin encore l'induction, nous dirons : — Ce ne sont pas les seuls mouvements des êtres animés, réflexes ou autres, qui supposent, comme ressort intérieur, au moins un rudiment d'émotion infinitésimale; mais tous les mouvements, jusque dans le règne inorganique, sont probablement soumis à la même loi. Les mouvements, en effet, suivent toujours ce qu'on appelle « la ligne de la moindre résistance «; le philosophe, pour interpréter ce &it, ne peut que raisonner par analogie avec ce qui se passe en nous-mêmes; or, la ligne de la moindre résistance, en nous, c'est la ligne de la moindre peine ; en dehors de nous, le philosophe ne peut donc se représenter la force intime qui produit le mouvement que comme une activité tendant à se déployer avec le moins de peine possible. Cette activil '
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est précisément le processus appétitif ou la volonté primordiale, c'est-à-dire le désir non raisonné et inintelligent, quoique accompagné d'une émotion plus ou moins sourde. Dès qu'on rejette l'anticjue hypothèse de créations vraiment spéciales et successives, qui auraient introduit miraculeusement dans le monde d'abord une matière tout insensible, puis des êtres sentants avec des organes spéciaux et des instincts spéciaux, on est bien obligé d'admettre que, dans les moindres particules de la matière prétendue inerte, il y a encore l'embryon de la vie, le germe de la sensibilité et de l'instinct, une émotion élémentaire qui est la vraie raison de Vimpulsion motrice. Aussi, contrairement aux savants qui, par une tendance toute matérialiste, veulent ramener l'ordre mental à un mécanisme d'automate et à une complication de réflexes, nous allons montrer, en passant de la psychologie à la cosmologie, qu'il faut rétablir l'élément d'ordre mental parmi les principes mêmes de l'évolution universelle et de l'universel mécanisme. On reviendra im jour à la pensée qu'Aristote avait exprimée en une de ses formules brèves et profondes : « Tout mouvement est une sorte d'appétit. » De même que la production ou la circulation du mouvement dans l'univers est inintelligible sans une activité universelle, cette activité même est pour nous inintelligible sans une sensibilité universelle. Il n'y a donc oc rien de mort dans la nature » , comme le disait encore TAristote du dix -septième siècle, Leibniz. Tout se fait par voie mécanique, mais tout se fait en même temps, si on
5 eut parler ainsi, par voie sensitive et appétitive. Il n'y a point, 'un côté, un esprit sentant, de l'autre, une matière absolument insensible qui cependant pourrait être sentie. Non; si ma main sent l'instrument de musique qu'elle touche et presse pour en tirer toute sorte de sons, c'est que cet instrument même, cet organe fabriqué par l'art humain aurait pu, dans de certaines conditions naturelles et à travers des transformations moins superficielles, devenir ma main.