IMPORTANCE DE LA QUESTION DES IDÉES-FORGES POUR LA MÉTAPHYSIQUE
De l'analyse psychologique, passons à l'analyse métaphysique, La matière se résout en mouvements \ qui supposent des changements de relations dans le temps et dans l'espace, entre des termes que nous ne pouvons saisir en eux-mêmes. Pour le physicien, ces termes demeurent x, y, z. Mais estil interdit au métaphysicien d'attribuer, par analogie, une valeur et une signification à ces x, y, z? Le même être qui, recevant un coup d'un être ayant la forme humaine ou animale, projette par induction quelque chose d'analogue à soi derrière la matière ayant ces formes, s'abstiendra-t-il absolument de rien projeter derrière la matière dépourvue de ces formes, surtout quand il sait que cette matière renferme les éléments intégrants de l'organisme animal ou humain? Espérer que notre cerveau ne réagira pas à l'égard des éléments matériels comme il réagit à l'égard des autres cerveaux, qu'il fera le vide absolu dans sa représentation lorsqu'il se trouvera devant les prétendus atomes
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(lesquels sont eux-mêmes des représentations grossières), c'est chose aussi absurde que de vouloir arrêter tout d'un coup l'élan de la vitesse acquise. L'homme fera toujours des hypothèses métaphysiques sur la constitution interne de la matière , comme .sur celle de sa propre conscience. Bien plus, après ce que nous a révélé l'analyse psychologique aidée de la physiologie, la voie est ici tout ouverte : les inconnues de l'équation ne peuvent pas ne pas prendre finalement elles-mêmes une valeur psychique. On en vient nécessairement à dire : — D'une part, les éléments des changements physiques sont à ces changements mêmes comme les éléments des changements psychiques sont aux changements psychiques; d'autre part, les changements psychiques et les changements physiques sont inséparables; si donc l'élément des processus mentaux est le processus élémentaire de YappêtiHonsensation, il est naturel, le monde étant iw, de transporter un processus analogue , mais plus rudimentaire , sous les mouvements physiques. Si on ne le faisait pas, on en resterait à un dualisme inintelligible. Après avoir assimilé à nous-mêmes les autres hommes et les animaux, parmi lesquels les polypes presque impossibles à distinguer de la plante, nous nous arrêterions tout d'un coup à la plante, en disant : — Ici commence un monde numéro 2 qui n'a plus rien de
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commun dans ses éléments propres avec le monde numéro 1; nous allons tirer un grand trait pour séparer le monde qui ne sent absolument pas et n'a aucune espèce d'appétition d'avec le monde qui sent et fait effort. Puis, arrivés aux minéraux, nous recommencerons l'opération et élèverons un nouveau mur infranchissable. La nature sera ainsi coupée en domaines séparés par des fossés béants. Il ne restera plus qu'à expliquer comment, de la fournaise minérale qui fut la terre encore embrasée, put sortir la vie végétative, puis la vie animale, puis l'homme. Il est vrai que Jéhovah est là pour venir à notre secours, pour faire apparaître les divers règnes de la nature et même, dans chaque règne, les diverses espèces, par autant de fiât distincts ou de miracles spéciaux. Mais alors le lien monistique refusé à la nature même, on le transporte au-dessus, dans un Homme éternel; pour n'avoir pas voulu projeter dans la nature un peu de ses sensations et appétitions rudimentaires, on projette son intelligence développée et sa volonté réfléchie dans un démiurge ou dans un créateur. C'est bien toujours une induction, mais à rebours et dans un sens contraire à celui de la psychologie, de la physiologie, de tout l'ensemble des sciences.
Selon nous, le dualisme est une position provisoire et intenable : la science, comme telle, présuppose quelque unité fondamentale entre le sujet
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