‹ L'évolutionnisme des idées-forces (volume 3)Chapitre 13 sur 84 · LU INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LU INTRODUCTION

gène à l'hétérogène, du simple au complexe, de l'indéfini au défini; mais le monde évolue parce qu'il y a dans les éléments de la réalité quelque chose qui aboutit à la réciprocité d'action universelle, à un passage de l'homogène à l'hétérogène. La fleur n'existe pas parce qu'elle a tel nombre réglé et déterminé de pétales, mais elle a tel nombre réglé de pétales parce que les éléments producteurs viennent s'encadrer dans cette forme et dans ce dessin régulier. Spencer prend la conséquence pour le principe, le résultat de l'entrecroisement des lois pour la loi primordiale, comme si on croyait que ce sont les dessins de la toile qui ont fait la toile, sans les fils, la navette et le tisserand. Les lois mécaniques, dont l'évolution n'est qu'une résultante générale, sont déjà ellesmêmes des résultantes ; elles ne sont pas les vraies lois radicales de la nature, mais des produits déjà complexes et extérieurs de lois plus fondamentales. On fait toujours de la mythologie et même de la théologie jusque dans des explications mécanistes du monde. On considère le mécanisme comme une nécessité imposée aux choses du dehors, Avâyx>3 ou Ztvç; on croit que le mécanisme de la nature extérieure est, en quelque sorte, une condition préalable, une pré-condition des choses ellesmêmes. Le mécanisme, au contraire, n'est que l'expression de leur propre activité dans son rapport avec le milieu, la conséquence de leurs pro-

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priétés intimes et constantes ainsi que de leurs rapports mutuels. En un mot, il n'est pas la cause, mais l'effet, il n'est pas le démiurge, mais la forme du cosmos engendré. L'évolution mécanique présuppose donc une évolution interne, et celle-ci présuppose des lois plus radicales encore dont elle n'est que le complexus. Les êtres évoluent, selon nous, parce qu'ils ont essentiellement tels modes d'agir et de pâtir, telles appétitions élémentaires et telles sensations élémentaires. Le processus réel de la nature qui aboutit à faire tomber un corps est tout différent de ce que nous appelons la loi physique de la chute des corps; la nature ne connaît pas cette loi, ni même probablement aucune loi, toute loi étant une formulation mentale et un symbole. Metaphysiquement,, le corps ne peut tomber qu'en vertu de certaines actions et passions, de certaines énergies intimes. Ou bien nous ne pouvons nous faire de ces énergies aucune représentation, quelle qu'elle soit, pas plus une mécanique qu'une autre, ou nous ne pouvons nous en faire qu'une représentation par analogie avec nous, avec ce que nous faisons et sentons nous-mêmes. Il faut donc se souvenir que l'évolution n'est pas une loi antérieure aux facteurs mêmes et les régissant comme un code, mais qu'elle est la forme et le signe du processus appétitif qui constitue l'existence interne en nous et, vraisemblablement, en toutes choses.

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