‹ L'évolutionnisme des idées-forces (volume 3)Chapitre 14 sur 84 · LIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LIV INTRODUCTION

Darwin se montrait, au fond, plus philosophe que Spencer lorsqu'il considérait l'évolution comme un phénomène à expliquer par des relations plus fondamentales, telles que la sélection naturelle résultant de la concurrence pour la vie. La concurrence pour la vie est un principe plus profond que le mécanisme, parce que la vie se rapproche davantage de l'action et de la passion. Si les espèces se produisent et prennent telles ou telles formes, ce n'est pas, en quelque sorte, pour les beaux yeux de la loi d'évolution ni pour le plaisir de passer de l'homogène à l'hétérogène; les espèces se produisent parce que les cellules et les organismes ont faim ; et ils ont faim parce qu'ils ont des appétitions, parce qu'ils agissent et pâtissent, parce qu'ils font effort et souffrent. Le darwinisme peut s'interpréter plus psychologiquement que le mécanisme de Spencer. Au lieu de voir dans les lois biologiques ou psychologiques des complications de lois mécaniques, le darwinisme nous invite plutôt, par le spectacle de la lutte pour la vie, à comprendre le mécanisme lui-même comme une forme de cette lutte pour la vie, qui, tout bien considéré, se résout à son tour en lutte pour la moindre peine et le plus grand bien-être, c'est-à-dire en lutte d'appétitions et de volontés.

Il est temps qu'un évolutionnisme à facteurs psychiques, à sensations-forces, à idées-forces, à volontés-forces, remplace l'évolutionnisme mé-

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