‹ L'évolutionnisme des idées-forces (volume 3)Chapitre 4 sur 84 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

à régler notre choix; nous croyons que toutes nos actions volontaires sont aussi causées par quelque désir. Mais le désir et l'aversion, le plaisir et la peine sont les simples indices psychologiques de mouvements corporels qui ont seuls l'efficacité. Si donc vous demandez : — Mon sentiment de faim ou de soif a-t-il quelque part dans mes mouvements pour manger ou boire? le sentiment de l'honneur et du devoir avait-il quelque part dans le mouvement de Socrate pour saisir la coupe et boire la ciguë, ou ce résultat aurait-il eu lieu quand même il n'aurait existé aucun sentiment de ce genre? — Spencer répondra par l'affirmative, avec Huxley, Bain et Maudsley. Les faits de conscience sont des « aspects subjectifs et accessoires » de l'automate vivant. Supprimez le plaisir, la douleur, le désir, l'idée, et le mécanisme de la vie se développera de la même manière, par l'effet des forces purement naturelles; ranimai-machine et l'hommemachine fonctionneront avec la même précision mathématique; seulement on pourra dire d'eux avec raison ce que Malebranche disait à tort de son chien : « Gela ne sent pas. » Nous, nous sentons (comme le chien de Malebranche, d'ailleurs), et nous pensons même; qu'en faut-il conclure, sinon que nous sommes des « automates conscients » ? Ainsi, dans cette philosophie, la conscience est le paralytique et le corps est l'aveugle ; seulement l'aveugle marche comme s'il y voyait clair et le paralytique

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a beau y voir, il ne conduit point l'aveugle, qui marcherait tout aussi bien sans lui.

En opposition à ce dualisme de « l'automate matériel » et de « l'aspect mental » , que Spencer couronne d'un monisme transcendant» nous essaierons d'établir les principes d'un évolutionnisme vraiment moniste, mais immanent et expérimental.

Nous l'avons appelé, pour en marquer le caractère propre, philosophie des idées-forces. Si nous avons adopté cette expression très générale d'idéeforce, c'est précisément pour y envelopper tous les modes d'influence possible que l'idée peut avoir, en tant que facteur, cause, condition de changement pour d'autres phénomènes, etc., en un mot toutes les formes d'efficacité quelconque , par opposition aux idées - reflets , aipc idées -ombres qui n'entrent pour Tïën dans le résultat final et n'en sont que des symboles ou des aspects. En outre, nous prendrons le mot d'idée ou de pensée au sens cartésien, comme exprimant les états de conscience non seulement avec leur côté intellectuel, mais aussi avec le sentiment et Yappétition qui en sont inséparables. Vidée, au sens le plus étroit, est une représentation intérieure de ce qui est ou peut être, un état de conscience représentatif d'un objet; elle est, dirait Spinoza, un mode de la pensée. Mais on peut aussi prendre le mot idée en un sens assez large pour em-

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