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brasser tous les états de conscience actuellement ou virtuellement réfléchis sur eux-mêmes. Ces deux sens du mot idée sont nécessairement liés. Dès qu'un état de conscience est saisi comme distinct par la conscience même, fut-il une émotion de plaisir ou de douleur, fut-il une impulsion, une appétition, une volition, il devient forme de conscience susceptible de réflexion sur soi (tlSoç); en outre, tout état de conscience ainsi aperçu existe plus ou moins pour un sujet et est plus ou moins représentatif d'objets ; nous n'avons pas de plaisirs ni de peines, encore moins d'appétits, sans une représentation quelconque. Il est donc parfaitement rigoureux d'appeler idées tous les états de conscience en tant qu'inséparables de quelque représentation qui leur donne une forme^ un objets et les rend susceptibles de réflexion sur soi dans le sujet conscient.
. La question est alors de savoir si la représentation de ce qui est ou peut être, si, plus généralement, la conscience ou la réflexion a une efficacité pour modifier ce qui est et faire exister ce qui peut être. De plus, puisque la représentation proprement dite enveloppe toujours l'image de quelque objet ayant un rapport avec lé temps et avec l'espace, formes universelles de la représentation même, il s'agit de savoir si toute idée n'enveloppe pas la perception plus ou moins confuse d'un changement dans le temps et dans l'espace,
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d'un mouvement en train de se modifier sous l'influence combinée de notre effort et du milieu résistant. L'idée serait ainsi la révélation intérieure d'une énergie et de son point d'application, d'une puissance et d'une résistance, d'une force en action ou d'une motion actuelle. De plus, l'apparition de l'idée marquerait une réaction capable de changer le cours des choses tel qu'il eût été sans elle et sans ses conditions indivisiblement physiques et psychiques.
Le but de ce livre est de montrer qu'en effet la révélation de ce qui est, peut être ou doit être, rend possible et même commence actuellement la modification de ce qui est, la réalisation de ce qui peut être ou de ce qui doit être.
La force que nous attribuons ainsi aux idées ne consiste pas à créer des mouvements nouveaux ni même des directions nouvelles de mouvements qui ne résulteraient pas des mouvements antérieurs une fois donnés; mais il s'agit de savoir si, dans la réalité, nos mouvements peuvent être donnés sans des conditions psychiques en même temps que mécaniques, et si l'abstraction des facteurs psychiques, légitime en physiologie, est légitime en philosophie. L'idée, avec les représentations, sentiments et désirs qu'elle enveloppe, est une rencontre de l'intérieur et de l'extérieur; elle est une forme que prend l'intérieur par l'action de l'extérieur et par la réaction propre de la con-
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science ; elle implique donc des mouvements ^t n'agit pas par le dehors, du haut d'une sphère spirituelle, sur le cours matériel des choses; mais elle n'en agit pas moins. Elle est même, à notre avis, l'intuition du ressort qui se développe au dedans de nous, et cette intuition, loin d'être un éclairage passif, est la conscience de la réaction exercée par l'ensemble de notre être, réaction dont les mouvements cérébraux ne sont qu'un extrait et un effet partiel. Il y a en nous un total d'activité dont nous abstrayons les mouvements comme étant ce qui donne prise à la représentation, au calcul, à la science positive; mais les lois du mouvement ne sont ni les lois internes ni les lois primordiales; elles sont un fragment et non le tout, un résultat, non un principe* Les lois psychiques sont plus radicales que les lois physiques , parce qu'elles se ramènent à Yappétilion et que l'appétition est, pour le philosophe, une raison plus profondément explicative que les formules de la mécanique ; c'est une ouverture sur le dedans des êtres et non plus sur leur dehors. Physiquement, il y a une loi qui relie le mouvement de nos membres à l'activité cérébrale et qui fait que cette activité transforme le mouvement moléculaire de tension en mouvement de translation : l'activité cérébrale est une force mécanique; psychologiquement, il y a une loi qui relie la volition à la pensée et au sentiment : l'activité