Voir la Liberté et le Dctermvus7)ie,2<' éd., p. 1S
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comme mode qualitatif, est un mode réel de sentir. De plus, les états de conscience ont des différences qualitatives, et, si l'on veut qu'ils soient des apparences, encore sont-ils des apparences différentes. Dès lors la qualité propre des états de conscience, comme manières d'être affecté, est telle qu'elle semble être ; peu importe qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas dans les objets du bleu, du rouge, du doux, de l'amer; toutes ces qualités, comme états de conscience, sont des réalités immédiates et distinctes les unes des autres.
II. — Si la conscience atteint des qualités réelles, atteintelle des lois véritables? Partout, dans la nature, la seule chose qui s'offre immédiatement à l'observation, c'est \e, phénomène complexe, mais les lois élémentaires^ par l'action desquelles le phénomène se réalise^ restent cachées à nos yeux ; la psychologie fera-t-elle exception ? Devrons-nous admettre qu'ici les lois sont accessibles à la perception intérieure?
A ce problème, on a répondu qu'une telle perception est impossible, précisément parce que les actes mentaux nous apparaissent comme très distincts les uns des autres ; la loi est ce qui unit; ce qui î«wV les phénomènes psychiques doit donc être en dehors de la conscience. Celle-ci ne connaît que les résultats du travail opéré dans le laboratoire obscur situé au fond d'elle-même. Ne saisissant pas les lois, encore moins saisit-elle les forces qui produisent les phénomènes.
Nous ne méconnaissons point la part de vérité que contient cette théorie. Les lois mentales de l'association, par exemple, imphquent d'autres lois auxquelles elles sont liées, et qui sont celles du mécanisme cérébral. Ainsi, c'est parce qu'il y a eu contiguïté dans le cerveau même entre deux images, que l'une rappelle l'autre à l'esprit par contiguïté ; c'est aussi parce qu'en fait deux vibrations cérébrales se sont succédé, que la représentation correspondant à la première vibration tend à éveiller celle qui correspond à la seconde ; c'est enfin parce que la succession des deux ondes cérébrales a modifié dans son propre sens les cellules nerveuses et rendu plus facile sa propre reproduction, qu'est née une certaine habitude mentale et qu'un lien a été établi entre la première représentation et la seconde. La théorie physiologique est exacte pour toutes les lois qui concernent V ordre de succession des états particuliers de conscience et qui règlent leur apparition dans le temps : on pourrait les appeler les lois du mouvement mental. L'ordre de nos sensations est déterminé par l'ordre des changements
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physiologiques et cérébraux ; l'ordre de nos sensations, à son tour, détermine plus ou moins directement celui de nos pensées, de nos sentiments, de nos désirs, de nos volitions : toute la série des états de conscience particuliers se trouve donc finalement subordonnée à Faction des choses extérieures sur notre organisme.
Toutefois, cette action provoque une réaction consciente, — émotionnelle et intellectuelle, — dont les lois ne sont plus uniquement physiologiques, mais indivisiblement physiologiques et psychiques. En outre, si le mécanisme cérébral explique l'ordre d'apparition dans le temps des divers états de conscience, il n'explique pas ces états eux-mêmes ni leur génération mutuelle ; il rend compte en grande partie de leur histoire, une fois donnés, mais il ne rend pas compte de leur existence et de leur liaison primaire. Il y a entre la pensée, le plaisir, la douleur, le désir, l'aversion, la volition, un hen profond et intime dont les lois mécaniques ne donnent qu'une exphcation unilatérale et incomplète, non bilatérale et complète. Quand je dis que je désii^e un objet parce qu'il est agréable,] en^vime une raison psychologique, une loi de finalité immanente et immédiate, élément d'explication aussi nécessaire dans la psychologie que les théorèmes relatifs aux vibrations cérébrales dans la physiologie. Il est exagéré et arbitraire de réserver le nom de lois aux seuls rapports mécaniques. En admettant même que l'on pût, par exemple, déterminer le mécanisme cérébral et inconscient auquel répond la conscience de la ressemblance ou de la différence, il n'est pas certain qu'on aurait déterminé la vraie loi de cette conscience du semblable et du dissemblable, mais peut-être seulement la loi de son objet, la loi de ses conditions d'application : le phénomène demeurerait encore plus clair par son côté logique et psychique que par son aspect physique, même bien déterminé.
En outre, il est faux que toutes les lois des phénomènes intérieurs échappent à la conscience. Les lois mêmes de l'association des idées, qui sont les plus mécaniques de toutes les lois mentales, tombent pourtant encore en partie sous la conscience : les rapports de ressemblance et de différence, de succession ou de simultanéité dans le temps, de contiguïté dans l'espace, sont des rapports conscients et des lois conscientes. Pour être dérivée, une loi n'en est pas moins une loi, et, d'ailleurs, pouvons-nous nous flatter de connaître une loi absolument première?
Maintenant, une fois accordé que le mécanique accompagne
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partout le mental, que même il détermine l'ordre chronologique des phénomènes intérieurs et leur mouvement^ reste toujours la forme consciente de ces phénomènes qui est inexpliquée. Ainsi, quand il s'agit d'expHquer le sentiment même de différence et de ressemblance qui accompagne l'association mécanique des idées diirérentes ou semblables, le mécanisme reste nécessairement en chemin.
Enfin les partisans exclusifs des lois mécaniques supposent résolue une question fondamentale, qui ne Test pas : les lois mécaniques n'auraient-elles point elles-mêmes leur racine dans des lois mentales, et conséquemment l'inconscient n'aurait-il point sa racine dans le conscient, soit qu'on entende par le conscient le pensant, soit qu'on entende le sentant, le voulant? Certains philosophes ont réduit les lois mécaniques aux lois logiques; d'autres pourront réduire le mécanisme à la sensibilité et à la volonté, à la fuite de la douleur et à la recherche du plaisir, à l'appétition, au désir. Dans ce dernier cas, la conscience de désirer ne saisirait plus seulement un résultat superficiel : elle saisirait quelque chose de fondamental et de profond. Préfère-t-on l'hypothèse intellectuelle de Wundt dans sa première doctrine, qui réduisait tout au raisonnement ; le raisonnement sera alors la conscience d'une loi et d'une loi plus fondamentale que toutes les autres, tellement fondamentale qu'elle serait absolument nécessaire, qu'elle serait la conscience même de la nécessité, dont le mécanisme extérieur est une simple application et un simple résultat. La logique consciente renfermerait le secret de la logique inconsciente, le processus conscient celui du processus inconscient. Le rôle superficiel attribué d'abord par W^undt lui-même à la conscience et aux idées n'était donc pas très conciliable avec sa propre théorie.
Dernier problème : — La conscience trouve en soi-même certaines conditions ou lois fondamentales de sa propre existence, celles que Kant prétend «;jr/or/. Cette organisation primitive de la pensée n'est-elle que l'expression de l'organisation cérébrale , les formes de la pensée s'expliquent-elles totalement par les formes du cerveau? — C'est la rivalité de l'école critique et de l'école biologique. Cette dernière a sans doute raison de ramener les cadres abstraits de Kant à des lois de la vie. Toutefois^ si l'on peut trouver artificielles les « formes » compliquées de la pensée, au sens de Kant, si on peut réduire toute cette structure mentale à une structure cérébrale, encore reste-t-il la pensée même, la conscience même, Yintellcctus de Leibnitz, qui n'est pas ramené au