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LE POINT DE VUE BIOLOGIQUE

Les actions extérieures et purement physiques, dont se compose la conduite, sont déterminées par des opérations internes ou physiologiques, et influent à leur tour sur des opérations de cette nature. Celles-ci se passent dans l'intimité de l'organisme. Spencer leur donne le nom de fonctions, comme il a été dit plus haut. Il les distingue ainsi des mouvements physiques, par lesquels nous entrons directement en rapport avec le monde extérieur et qui reçoivent la dénomination générale de conduite. Reprenons l'exemple

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cité tantôt : vous étendez le bras pour saisir un objet ; c'est là un mouvement physique, extérieur, adapté à une fin. Il appartient par conséquent au groupe des actions qui forment la conduite. Mais ce mouvement est en relation intime avec des faits d'ordre physiologique antérieurs ou conséquents. Pour mouvoir le bras, il a fallu que vos muscles entrassent en exercice, et ceci a exigé une ex;citation des nerfs moteurs ; ces nerfs, à leur tour, n'ont été mis en branle que sous l'action du cerveau. Ainsi le fait d'étendre le bras est la résultante d'un ensemble d'opérations physiologiques. En outre, un certain dégagement de chaleur, une circulation plus active du sang, une accélération des mouvements du cœur ont accompagné l'effort que vous avez déployé pour atteindre l'objet de vos convoitises. Supposez que, pressé par la faim, vous vous soyez emparé d'un aliment pour le porter aussitôt à la bouche ; voici encore tout un ensemble de fonctions physiologiques mises en jeu.

On peut donc considérer les actions visibles d'ua animal dans leurs rapports avec des opérations physiologiques ou fonctions, et tel est précisément le point de vue biologique de la conduite .

Envisagée sous cet aspect, la conduite en se développant doit assurer de mieux en mieux l'équilibre des fonctions et créer des corrélations de plus en plus constantes entre les fonctions et certains états psychiques.

Telle est, selon Spencer, la loi de l'évolution biologique de la conduite. Expliquons-nous.

1° L'évolution de la conduite au point de vue biologique, doit assurer de mieuo! en mieux Véquilibre des fonctions.

De même qu'il existe des rapports entre la conduite et les fonctions, ainsi les diverses fonctions de l'organisme dépendent les unes des autres. La vie se perfectionnant, la division du travail physiologique s'accentue et l'on voit se constituer plusieurs systèmes d'organes. Or il importe que tous ces organes combinent leur action en vue d'une fin commune : la conservation et le développement de l'ensemble.

L'exercice anormal d'une fonction nuit à l'exei cice des fonctions voisines et jette une perturbation plus ou moins grave dans l'organisme *'^"' entier. La vie apparaît ainsi comme la résu] d'une sorte d'équilibre entre diverses fonctioi plus cet équilibre est stable, mieux aussi .

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se trouve à l'abri des influences morbides. L'évolution de la conduite, au point de vue biologique, tendra donc à faciliter l'exercice des fonctions et à les maintenir dans un parfait équilibre. C'est là en effet, nous venons de le voir, la condition essentielle de la vie, que la conduite a pour but de conserver et de développer.

La Morale nous commande donc de faire tout ce qu'exige le fonctionnement régulier des organes, et d'éviter des excès capables de troubler réconomie de notre être. << Observe les règles de l'hygiène " , tel paraît être le premier précepte de la morale évolutionniste.

Mais, si la conduite en se développant doit réaliser de mieux en mieux l'équilibre des fonctions, celles-ci devenant de plus en plus nombreuses et variées, à mesure que l'organisme atteint une structure plus complexe, on verra aussi les actes, dont se compose la conduite, se multiplier et se diversifier pour faire face à des besoins physiologiques plus nombreux. Ainsi l'étude de la conduite au point de vue biologique vient confirmer la loi générale formulée plus haut : ^ l'évolution s'opère dans le sens d'une complexité et d'une eflScacité croissantes des actions.

2° Cette évolution établwa des corrélations de plus en plus constantes entre les fonctions et cei^tains états psychiques.

Spencer ne pénètre pas encore ici dans le domaine de la psychologie proprement dit. Son point de vue reste biologique. L'étude psychologique de la conduite, nous dit-il, a seulement pour objet de rechercher comment nos états de conscience nous déterminent à agir sur le monde extérieur, et quelles influences ambiantes les font naître en nous.

Si je cherche par exemple, dans une disposition spéciale de mon âme, l'explication d'un bienfait dont j ai gratifié le prochain ou d'un dommage que je lui ai causé, je me place à un point de vue psychologique. De même, lorsque j'analyse les circonstances extérieures qui m'ont suggéré tel sentiment ou telle idée. Au contraire, on ne -sort pas, selon Spencer, du domaine de la biologie, aussi longtemps qu'on se borne à examiner l'effet des états de conscience sur le système nerveux ou sur les autres fonctions physiologiques. C'est pourquoi l'auteur se demande ici quels sont les rapports des fonctions avec les phénomènes psychiques, et dans quel sens se modifient ces rapports au cours de l'évolution.

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Les faits psychiques (pensées, sensations, émotions, volitions, etc.) agissent de deux manières sur les fonctions de l'organisme : comme guides et comme stimulants. A ce double titre, ils prennent place parmi les facteurs biologiques.

a) Ils contribuent à réaliser les conditions essentielles de la vie, par la direction qu'ils impriment à la conduite.

Ce qui nous cause du .plaisir, fait observer Spencer, est aussi le plus souvent ce qui favorise le fonctionnement régulier des organes. Or cette association entre lutile et l'agréable, doit devenir chose de plus en plus fréquente par l'effet de l'évolution. En conséquence, la conduite la mieux adaptée aux besoins physiologiques de l'être sera en même temps la plus agréable ; si bien, qu'en travaillant à assurer le fonctionnement régulier de nos organes, nous nous ménageons par le fait même, une plus grande somme de jouissances dans l'avenir.

Pour démontrer sa thèse, Spencer procède d'abord par voie de . déduction . La doctrine de l'évolution une fois reconnue, il faut admettre a priori que les choses agréables seront le plus souvent utiles à l'organisme, les choses désagréables, nuisibles.

L'évolution, nous l'avons vu, réalise de mieux en mieux les conditions de la vie ; elle prolonge sa durée et multiplie ses manifestations. Or, on s'en souvient, la condition essentielle de toute vie est l'adaptation de l'organisme à son milieu. L'évolution favorisera donc cette adaptation ; elle la rendra d'autant plus parfaite que la vie atteindra une forme plus élevée. En vertu de cette loi, le milieu, agissant sur l'organisme, développera en lui des penchants de plus en plus favorables à la conservation de la vie ; il le déterminera toujours davantage à rechercher ce qui est utile, à éviter ce qui est nuisible. L'action du milieu se traduisant chez l'être conscient par des états psychiques, impressions agréables ou désagréables, l'évolution de la conduite ne manquera pas de créer des corrélations de plus en plus constantes entre le plaisir et l'utile d'une part, le nuisible et la souffrance d'autre part. C'est-à-dire que les impressions agréables correspondront de mieux en mieux aux choses utiles, les impressions désagréables aux choses nuisibles. Sans cela, l'évolution de la vie déterminant l'apparition des états psychiques, loin de produire une adaptation toujours plus parfaite de la conduite à sa fin.

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amènerait à brève échéance la destruction de l'organisme et l'anéantissement des espèces animales. Trompé par ses sensations, l'animal ferait généralement le contraire de ce qu'il faut pour vivre ; on le verrait rechercher les choses nuisibles, tandis qu'il éviterait les choses utiles.

L'hypothèse de l'évolution nous conduit donc à reconnaître a pHori que l'agréable et l'utile doivent de plus en plus tendre à s'identifier.

Les faits viennent à l'appui de cette déduction . Comme la plante cherche naturellement la lumière dont elle a besoin, et pousse ses racines daps la direction des substances nutritives, ainsi l'être conscient apparaît dirigé dans tous ses actes par des sensations. La vue d'un ennemi le fait fuir, celle d'un aliment éveille ses convoitises. L'etpérience le prouve donc, la recherche du plaisir est généralement favorable à la vie et, par conséquent, à l'exercice et à l'équilibre des fonctions.

Sans doute, il est des exceptions à cette loi : telle jouissance nous est nuisible, telle souffrance nous est avantageuse. Mais ces exceptions confirment la règle ; elles prouvent seulement que l'évolution n'a point encore achevé son œuvre. Peu à peu disparaîtront les anomalies. Ceci n'est

point douteux pour quiconque admet l'hypothèse évolutionniste et conséquemment l'adaptation de plus en plus parfaite de l'être au milieu.

b) Les états psychiques agissent encore d'une autre manière sur les fonctions. Non seulement l'animal est guidé par ses sensations vers les choses nécessaires ou utiles à sa subsistance, mais encore les impressions qu'il subit exercent par elles-mêmes une influence immédiate sur le jeu des organes. C'est ainsi que la tristesse déprime, tandis que le bonheur et le plaisir stimulent plutôt l'activité physiologique de l'être.

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