‹ L'examen de soi-même pour se bien préparer à la communionChapitre 10 sur 15 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

HUITIÈME RÈGLE, EXAMINER l'ÉTAT PRÉSENT OU l'on SE TROUVE

APRÈS avoir ainsi examiné cette grande question : si nous sommes ou ne sommes pas vrais fidèles, si nous avons une véritable communion avec Jésus-Christ ou si nous ne l'avons pas, il faut aller plus loin, et , avant d'entreprendre d'approcher de la* sainte table, quand nous aurons supposé que nous sommes vrais fidèles, il faut encore savoir quel est l'état présent où nous nous trouvons. Car un vrai fidèle peut être en deux différents états, dans un état de justice, ou dans un état de péché ; dans un état de paix avec Dieu, jouissant

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sans aucun empêchement du sentiment de son amour et de sa faveur, ou dans un état de disgrâce et de trouble avec Dieu, éloigné de sa face et privé des marques de sa bienveillance. David, avant de com« mettre le crime d'adultère avec Bersabée et celui du meurtre d'Urie, était dans ce premier état et il fut dans le second quand il fut tombé dans ces énormes péchés.

Saint Pierre était dans le premier quand Jésus-Christ l'admit à sa sainte cène, lorsqu'il la célébra avec ses disciples ; et il tomba dans le second lorsque, peu d'heures après, il renia son maître dans la cour du souverain sacrificateur. Il est donc nécessaire qu'avant de venir au sacrement de Teucharistie nous nous exaniinions encore sur cet article. Car il est vrai qu'il nous arrive souvent de tomber dans des fautes plus ou moins considérables, qui ébranlent l'état de notre justice et qui nous attirent la colère de Dieu, et, qui pis est, de nous y endormir, soit parce que notre cœur

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aime à se tromper lui-même, ou par quelque autre principe. Quoi qu'il en soit, nous ne prenons pas garde souvent que nous sommes dans le crime, ou, si nous y prenons garde^ nous nous en diminuons Tidée et n'en sommes que peu troublés. Cependant si dans cet état nous venons à la communion, il ne faut pas douter que nous ne la prenions mal et que, au lieu d'attirer sur nous la bénédiction divine, nous n'attirions ses châtiments.

Mais quoi, direz -vous, y a-t-il quelque état du fidèle, pendant qu'il est sur la terre, que Ton puisse appeler un état de justice? Se peut-il que nous nous trouvions quelquefois sans péché? N'est-ce pas la condition perpétuelle du plus juste de tomber sept fois le jour, et saint Jean n'at-il pas dit que, si nous disons que nous n^ avons point de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et que la vérité n'est point en nous? Il ne semble donc pas qu'il faille faire cette distinction des deux états d'un

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fidèle, l'un de justice et l'autre de péché, puisqu'en effet nous sommes toujours en péché -et que nous avons toujours besoin de dire ce que Jésus-Christ nous a mis dans la bouche, pardonne-nous nos offenses.

Je réponds qu'il est vrai que nous ne pouvons jamais avoir une justice pleine et parfaite pendant que nous sommes dans ce monde, et c'est ce que nous avons supposé dès le commencement de ce traité. Aussi n'est-ce pas ce que nous entendons par cet état que nous appelons de justice.

Il y a deux sortes de péchés, les uns qui sont beaucoup plus légers et les autres qui sont plus énormes, les uns qui choquent beaucoup moins la véritable forme de la régénération et qui la combattent de plus loin, les autres qui lui sont beaucoup plus contraires et plus directement opposés, les .uns pour lesquels la conscience a beaucoup plus d'horreur, les autres pour lesquels elle en a moins. L'on demeurera d'accord, par exemple, qu'une

parole oiseuse, un mensonge indifférent, un excès de divertissement, une indiscrétion, sont des choses qui s'opposent beaucoup moins à la vraie piété et à la vraie justice, que ne sont un meurtre, un parjure, une calomnie, un emportement violent, une infidélité. Qpand donc un homme ne se trouve pas coupable de quelque crime de cette sorte, nous appelons cela un état de justice, non qu'à proprement parler il n'ait toujours des péchés; mais parce qu'il ne se trouve pas chargé de ces grandes fautes qui le privent du sentiment actuel de l'amour de Dieu et qui le mettent sous sa colère paternelle.

Pour bien s'examiner sur ce point-lA, il ne faut pas s'arrêter simplement aux péchés éclatants que les lois mêmes humaines punissent, comme si l'on devait se croire fort juste, lorsqu'on ne se trouvera coupable ni de meurtre, ni d'adultère, ni de larcin. Il faut aller plus loin et faire réflexion sur les pensées de son cœur, sur

les paroles de sa bouche, sur les actions des mains, sur ses desseins et sur ses désirs, pour voir si l'on n'a point commis quelque injustice contre son prochain, s'il ne nous est point échappé quelque impiété contre Dieu même et en un mot si nous n'avons point déshonoré la profession chrétienne par quelque chose d'indigne.

C'est ce qu'un homme de bien doit faire chaque jour, mais il le doit particulièrement lorsque Dieu l'appelle à la commu^ nion de l'Eucharistie, puisque c'est dans ces saintes occasions que nous renouvelons notre alliance avec lui, et, si l'on dé^ sire s'en acquitter de bonne foi, on pourra suivre cet ordre.

On prendra premièrement la loi de Dieu et on s'arrêtera sur tous ses articles l'un après l'autre, on les considérera chacun dans toute leur étendue et dans leurs divers degrés, et Ton se souviendra de ce qu'on a souvent entendu dire pour l'explication générale de cette loi, savoir : qu'elle ne

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règle pas seulement les actions extérieures comme font les lois humaines, mais qu'elle passe jusqu'aux mouvements intérieurs de Tâme et de la conscience qui sont tous connus à Dieu. Q^e sous les commandements négatifs les affirmatifs y sont compris et sous les affirmatifs les négatifs, c'est-à-dire que, quand elle nous défend de faire un mal, elle nous ordonne en même temps de faire le bien opposé, et que, quand elle nous commande de faire un bien, elle nous défend aussi de faire le mal qui lui est contraire. Que quand elle marque un genre de bien ou de mal, elle en marque aussi tacitement toutes les espèces, c'est-à-dire, par exemple, que quand elle défend le larcin en général, elle défend toutes les différentes manières de se saisir du bien d'autrui. Qjiie quand elle marque de même une espèce, elle entend toutes les autres du même ordre, comme, par exemple, quand elle défend le faux témoignage, elle défend aussi toutes les autres voies par lesquelles on

peut injustement noircir la réputation de son prochain. Qiie quand elle défend un mal, ou qu'elle commande un bien, elle défend ou commande tout ce qui naturellement nous y peut porter, comme quand elle défend le larcin^ elle défend le luxe, la dépense excessive, parce que naturellement cela y conduit. Enfin que quand elle défend ou commande une chose, elle en défend ou commande tous les degrés, comme, quand elle défend le meurtre, elle défend la haine, le désir de vengeance, les querelles, les outrages, qui sont comme des degrés du meurtre. Ensuite en s'appliquant à soi-même cette loi, partie après partie, on connaîtra en quoi on Ta violée et en quoi on Ta observée.

Il sera bon aussi d'insister dans cet examen, non seulement sur les péchés qu'on appelle de commission, * mais sur ceux qu'on appelle d'omission. Qji'un homme donc rappelle devant ses yeux les diverses occasions qui se sont présentées.

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où il était c^îligé de faire du bien, pour voir de quelle manière il les a reçues, comment il s'en est acquitté et s*il n'en a point laissé passer plusieurs, «ans écouter ni sa vocation, ni son devoir, ni les mouvements même de sa conscience. Il est d'autant plus important que nous entrions dans ces considérations qu'il nous est fort facile et fort ordinaire de nous endormir sur cela.

La plupart du temps nous nous croyons en fort bon état quand nous ne nous sentons pas coupables d'aucun de ces grands péchés, qui font une vive impression sur l'esprit. Et, pour ce qui regarde les péchés d'omission, à peine y songeons-nous, car telle est la nature de notre cœur, que nous sommes assez touchés de ce que nous faisons, mais peu de ce que nous ne faisons pas. Cependant il est certain que les péchés d'omission ne sont pas petits, et qu'il y a peu de différence entre un homme qui met à mort son prochain et celui qui le laisse misérablement périr par sa faute,

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lorsqu'il est de sa vocation ^e le secourir et de le sauver.

Un homme de bien doit encore se considérer dans toutes les relations qu'il a dans la société civile, dans l'Eglise, dans sa famille, dans sa profession selon le rang qu'il y tient ou le degré qu'il y occupe. Par ce moyen, il découvrira plus facilement les fautes qu'il a faites contre son devoir et les négligences où il peut être tombé. En général, nous devons, en qualité d'hommes, vivre sobrement, justement et religieusement. Mais il y a des devoirs particuliers auxquels nous sommes obligés par ces relations : un père se doit à ses enfants, un enfant à son père, un magistrat au peuple, le peuple à son magistrat, un ministre à son troupeau, le troupeau à son ministre, nous nous devons les uns aux autres.

Il importe donc à chacun de voir de quelle manière il s'est gouverné à l'égard de ses supérieurs, de ses inférieurs et de

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ses égaux, si la fierté, la dureté, la passion, la préoccupation, Tintérêt, les considérations humaines ne lui ont pas fait commettre des injustices contre ses inférieurs; si Tenvie, la rébellion, Tesprit de liberté, l'inclination à la censure et à la médisance ne lui ont pas fait faire des choses contraires au respect qu'il devait à ses supérieurs; si l'ambition, l'orgueil, la jalousie, la colère ne Font pas fait pécher contre les lois de la charité et de Téquité qu'il devait à ses égaux.

Il faut en particulier entrer chacun dans sa conscience, pour y voir de quelle manière nous avons répondu aux grâces que Dieu nous a faites. Sur quoi nous devons nous remettre devant les yeux toutes ces grâces et considérer combien a été grande la bonté divine envers nous, comment Dieu ne s'est point lassé depuis un temps si long d'ajouter bénédiction sur bénédiction ; en regarder le nombre, en examiner la grandeur et le prix, et les

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voir chacune dans les circonstances qui les relèvent. Ensuite de quoi il sera aisé de juger si nous ne sommes pas tombés dans une noire ingratitude, et si nous ne lui avons pas donné lieu de faire de nous les plaintes qu*il faisait autrefois de sa vigne, de laquelle il avait pris tous les soins possibles, et qui néanmoins ne lui avait rapporté que des grappes sauvages.

Mais il n'est pas seulement nécessaire de s'examiner sur ce qu'on appelle des fautes énormes, soit d'omission, soit de commission contre Dieu, ou contre les hommes, il faut encore jeter les yeux sur les moindres péchés. Car, quoiqu'un homme se trouve exempt des premières, cependant s'il se trouvait chargé d'un grand nombre de fautes du second ordre, il ne pourrait pas dire qu'il fût dans un état de justice. Comme par le concours de plusieurs petites incommodités il se forme une maladie considérable qui met la vie en danger, ainsi de plusieurs légères

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offenses de divers genres U se fait un as-»

semblage, ou un corps d'iniquité, qui ne peut qu'attirer la juste colère de Dieu sur un homme et interrompre le cours de sa justification. Et parce que ces offenses légères échappent à la mémoire, le plus sûr est, qu'après un examen aussi exact que nous le pourrons faire , nous imitions David, en disant avec lui : Qui est celui qui connaît ses fautes commises par erreur ?

Nettoie-moi des fautes cachées ij^s, xix, 13).

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