‹ L'examen de soi-même pour se bien préparer à la communionChapitre 2 sur 15 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

NÉCESSITÉ qu'il Y A DE S EXAMINER SOI-MÊME

OMME Dieu ne se présente jamais aux yeux de la créature qu'il ne soit accompagné de toutes les marques de sa majesté infinie ; la créature aussi ne doit jamais comparaître devant lui sans être saisie d'une frayeur religieuse et sans tâcher de se mettre dans un état de respect et d'humilité profonde. On trouve dans l'histoire de l'Ancien Testament

2 U Ex amen de soi-même.

que quand le Seigneur se manifesta la première fois à Moïse , sous l'image d*un buisson ardent, Moïse, surpris et étonné de cet objet, voulut d'abord s'en approcher pour en reconnaître plus particulièrement la merveille; mais que dans ce moment il ouït une voix, tjui lui disait :

Wapproche point d'ici, déchausse les souliers de tes pieds, car le lieu où tu es est une terre sainte (Exode, m, 5). Dieu voulut d'abord arrêter le mouvement téméraire et précipité qui portait Moïse vers le buisson, parce que, quand il s'agit de sa présence, l'homme ne saurait jamais y apporter trop de précaution ni agir avec trop de retenue. Et, quant au commandement qu'il lui fit de déchausser ses souliers, il est certain que, sous la figure de cette action corporelle, il voulut lui commander une sanctification intérieure, car c'est autant que s'il lui avait ordonné de se dépouiller de tout ce qu'il pouvait avoir de bas et de terrestre, et de se purifier de ses anciennes souillures.

Nous pouvons dire avec vérité que le sacrement de la sainte Cène, que Jésus- Christ a établi dans son Église, a quelque chose de bien plus vénérable, et de plus sacré que le buisson de Moïse. J'avoue que nos yeux n'y découvrent rien de surprenant ni de miraculeux. Ce n'est à l'égard de la matière que du pain et du vin, des objets ordinaires et des choses de peu de prix. Mais quelque basse et vile qu'en soit la matière, il ne faut pas douter que Dieu ne soit présent dans cette sainte action avec tout l'éclat de sa grandeur et de sa majesté, puisque c'est le mystère de sa grâce et le gage authentique de son alliance avec nous ; de sorte qu'il ne faut jamais s'en approcher sans une juste et légitime préparation. Déchausse donc, misérable pécheur, tes souliers de tes pieds, quitte tes souillures, sanctifie ta conscience, mets-toi dans un état d'anéantissement et de pureté, car le lieu où tu es, est non une terre sainte, mais un ciel auguste, le

trône de TAgneau de Dieu, devant lequel les anges assistent et où le Père étemel est assis avec son Fils en sa gloire.

Ces saintes préparations consistent principalement dans un examen solide et exact que chacun doit faire de soi-même, car de là dépendent en partie les mouvements et les sentiments de piété, de repentance, de confiance et de dévotion qui nous doivent accompagner lorsque nous nous approchons de la table de Notre Seigneur.

Mais, pour mieux juger de la nécessité de cet examen, il est bon que nous fassions encore une plus particulière réflexion sur la grandeur et sur l'importance de l'action de la communion, car ce n'est pas une action ordinaire ni de petite conséquence.

Ce divin sacrement est un abrégé de tout ce que la religion a de plus grand et de plus admirable, un temple qui enferme la nature, la grâce et la gloire; un sanctuaire où Dieu et l'homme se rencontrent ensemble, en comparaison, en opposition

et en communion : savoir en comparaison de sa majesté souveraine avec notre néant ; en opposition de sa justice avec notre perversité ; et en communion de son amour, et de sa miséricorde avec notre foi et notre régénération. Il y est comme un créateur, comme un maître, comme un législateur, dans tous les droits que son essence seule éternelle et cause première de toutes choses, lui donne sur nous, et nous y sommes pour lui rendre dans ce repas mystique Thommage le plus profond et le plus achevé de notre dépendance. Il s'y trouve comme un Dieu qui a fait le monde, qui le conserve, qui le gouverne, et qui a donné des lois aux hommes, en leur mettant devant les yeux d*un côté les supplices de sa colère et de l'autre les justes avantages de sa bénédiction : et nous nous y trouvons pour confesser que tout ce que nous sommes, et tout ce que nous avons, est à lui, que nous sommes dans une obligation naturelle et indispen-

h L'Examen de soi-même.

sable d'observer sts Lois, et que, si nous les avons violées, notre condamnation est juste.

D'ailleurs, il y est comme un juge sur son tribunal, environné de toutes les peines de sa juste vengeance, un juge qui voit tout, qui examine tout, qui discerne tout, qui sonde les coeurs et les principes de Tâme les plus cachés, et qui condamne les crimes, en quelque lieu qu'il les trouve; et nous y sommes comme de malheureux criminels, que la désobéissance du premier homme avait plongés avec tout le reste du genre humain dans une corruption générale, qui nous rendait les esclaves du démon, de Tenfer et de la mort, et qui nous avait déjà abîmés dans une ruine éternelle. Enfin il y est comme un Dieu de miséricorde et de paix, qui, nous voyant dans cet horrible malheur, a formé le dessein de nous en tirer, en nous pardonnant nos péchés et en nous élevant à Tespérance de son royaume.

Au reste, c'est ici que se découvrent, comme en un précieux raccourci, toutes les admirables voies dont Dieu s'est servi pour nous sauver, savoir l'envoi de Jésus- Christ, et toute son économie. Ce divin Sauveur lui-même s'y présente, d'un côté revêtu de toute la gloire de sa condition naturelle , et de l'autre environné de tous les opprobres et de toutes les douleurs de son anéantissement, couvert et arrosé de ce précieux Sang qu'il voulut répandre pour nous.

Ici se rassemblent toutes les merveilles de son Incarnation, toutes les souf&ances de sa vie, toutes les faiblesses et les accidents qui l'accompagnèrent sur la terre, les cruelles persécutions de ses ennemis, les fiers assauts que le démon lui livra, ses angoisses dans le jardin de Gethsémané, sa prison, sa condamnation, sa nudité, sa croix, sa couronne d'épines, son roseau, son fiel et son vinaigre. En un mot, ici est tout le triste appareil de sa mort sanglante.

s L'Examen de soi-même.

Mais ces objets n'y sont pas seuls, ils nous en montrent encore d'autres ; car nous y voyons l'innocence entière et parfaite de la personne de notre Rédempteur, le prix infini et inestimable de son sacrifice , qui seul a été trouvé capable de nous rendre la Divinité favorable ; l'amour ardent et la bonté sans mesure qui lui a fait exposer si volontairement sa vie pour notre salut.

Nous y voyons la gloire éternelle qui a suivi son abaissement et qui a été comme la juste couronne de ses combats , sa résurrection, son ascension au ciel, sa séance à la droite de Dieu, et l'effusion qu'il a faite de son esprit et de sa lumière par tout le monde. Et comme Jésus-Christ se présente à nous dans cette action, sous tous les égards de sa grâce ; de notre part aussi, nous nous y devons trouver avec tous les sentiments de foi, de reconnaissance, de contrition, d'espérance et de zèle que méritent ces grands mystères , si nous

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voulons en tirer le fruit pour lequel ils sont destinés. D'où l'on peut facilement reconnaître combien il est nécessaire de ne se pas hasarder légèrement à une si importante communion, mais au contraire de nous y préparer par un recueil de toute notre âme en elle-même, par une élévation de toutes nos pensées au-dessus des choses terrestres, et par une sincère réflexion sur nous-mêmes, pour voir si nous ne sommes pas entièrement indignes d'approcher de cette divine table.

Cette même nécessité paraît encore si Ton jette les yeux sur les suites de la bonne et de la mauvaise communion. Car il est vrai que, si nous participons comme il faut à ce céleste sacrement^ nous y recevons la vie et l'immortalité bienheureuse, nous y trouvons la paix de Dieu, la joie et la consolation de l'âme, le droit à l'héritage étemel. Mais si au contraire nous y participons indignement, cette communion est un feu qui dévore nos entrailles, nous y

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avons une mort et une condamnation assurée. Nous avons donc un grand intérêt de n'y pas venir sans une juste préparation, de peur que, au lieu d*y prendre un remède, nous n'y prenions un poison, et qu'elle ne hâte et n'aggrave notre jugement. C'est pourquoi saint Paul, traitant cette même matière dans sa première épitre aux Corinthiens, se sent comme saisi d'une sainte frayeur, voyant le danger où s'exposent les communiants. Que chacun^ dit-il, s'éprouve soi-même^ et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe ^ car celui qui en mange, et en hoit indignement, mange et hoit sa condamnation (I Cor., II, 28).

Outre cela, la nécessité de cet examen vous paraîtra, si vous considérez combien il est difficile de se bien connaître soimême et combien au contraire il est facile de s'y tromper et de faire de soimême un trop favorable jugement. Qui ne sait que Tamour-propre nous déguise

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les choses, et que rînclination naturelle que nous avons à nous estimer fait que nous ne voyons presque pas nos défauts, et que nous ne voyons que trop, pour ainsi dire, nos vertus. Nous avons deux poids et deux balances, Tune pour nos péchés, que nous diminuons autant qu'il nous est possible, en les exténuant, les excusant, les réduisant presque à rien; et l'autre pour nos bonnes qualités, que nous exagérons dans la joie de notre cœur, en les rehaussant à nos yeux de mille couleurs empruntées et en les grossissant infiniment au delà de leur idée naturelle. Il nous importe donc extrêmement de faire un sérieux examen de nous-mêmes, pour ne pas tomber dans ces illusions, qui sont si ordinaires à tous les hommes.

J'avoue que si, pour se bien connaître soi-même, on n'avait qu'à se comparer avec des débauchés qui font ouverte profession du crime et qui passent leur vie dans l'injustice ou dans les souillures, cela

ne serait pas bien malaisé : chacun n*aurait qu*à jeter les yeux sur sa propre conduite, et d'une première vue on éclairfirait ce point-là. Mais le pharisien ne trouva pas son compte dans cette manière .

O Dieu, disait-il, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs , injustes, adultères, ni même comme ce péager (Luc , xviii , ii).

Jésus4Zhrist dit qu'il ne descendit pas justifié dans sa maison.

S'il n'y avait aussi qu'à se comparer avec des hypocrites et des imposteurs, qui cachent des vices et des infamies sous des apparences de sainteté, chacun pourrait facilement se discerner de ces gens-là.

Mais il est certain que cela ne suffit pas pour en conclure la vérité et la solidité d'une régénération chrétienne. Il faut, de plus, que nous distinguions notre vertu d'avec une simple honnêteté morale, que le tempérament , l'éducation , l'âge et l'étude de la philosophie peuvent donner ;

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que nous la distinguions d'une vertu civile, que les lois humaines, les principes de la société , l'exemple des sages du monde, l'expérience, les charges et les dignités peuvent produire ; que nous la distinguions d'une vaine, mais spécieuse image de sainteté, que la superstition et les fausses religions peuvent inspirer ; que nous la distinguions enfin de tous ces actes bâtards et imparfaits de piété et de sainteté qui peuvent procéder des premières dispositions de la grâce, et en particulier, de cette espèce de foi passagère et fragile dont Jésus -Christ a parlé dans une de ses paraboles. Car, en marquant les différents ordres de ceux qui entendent l'évangile, il dit qu'il y en a qui le reçoivent d* abord avec joie, mais qm, n'ayant point de racine en eux-mêmes, ils ne sont que pour un temps, de sorte que^ Vaffliction ou la persécution survenant pour la parole^ ils sont aussitôt scandalisés (Marc, iv, 17).

Une sincère et salutaire régénération va

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beaucoup plus loin que tout cela. Cependant, comme sos caractères naturels sont vifs et sensibles, il ne serait pas difficile de la discerner de ces fausses et trompeuses imitations, si nous la pouvions posséder pure et sans aucun mélange de corruption.

Mais hélas 1 Texpérience ne nous enseigne que trop que, quelque avancés que nous soyons dans la justice, la chair combat toujours contre l'esprit. Il y a toujours en nous des restes de perversité qui troublent l'état de notre conscience, et c'est ce qui rend ce discernement malaisé. Il n'est pourtant pas impossible. Car, s'il l'était, saint Paul n'aurait pas dit : Examiiiexrvous vous-mêmes, êprouvei-vous vousmêmes, pour savoir que Jésus-Christ est en vous (II. Cor, xiii, 5). N'étant donc ni facile ni impossible, et d'ailleurs étant d'une si grande importance, il est de notre devoir de nous y appliquer avec soin et surtout de ne le pas négliger dans une

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occasion où il est tout à fait nécessaire, comme est celle de la sainte Cène.

Dieu voulait autrefois que les Israélites se purifiassent exactement durant plusieurs jours avant de manger la pâque .

Cest pourquoi vous trouvez dans le second livre des Chroniques que plusieurs du peuple n'ayant pas eu le loisir de se purifier selon l'ordonnance de la loi, et n'ayant pas laissé de manger la pâque, Ezechias fit requête pour eux en ces termes : Que V Eternel, qui est bon, tienne pour faite la propitiation (II Chron., xxx, i8).

Si Dieu demandait une si grande préparation pour la célébration de cette ancienne pâque, combien plus en doit-il demander de nous, lorsque nous songeons à participer â son sacrement. Cette préparation est nécessaire dans tous les actes particuliers de la religion; mais elle l'est principalement dans celui-ci , puisque , comme nous l'avons dit, c'est un acte général qui rassemble tout ce que la religion

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a de plus saint et dans lequel toutes les portes de la conscience de lliomme doivent être ouvertes aux yeux «de Dieu, comme toutes celles des trésors de Dieu sont ouvertes aux yeux de l'homme.

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