‹ L'examen de soi-même pour se bien préparer à la communionChapitre 8 sur 15 · A QUELQUE FORTE TENTATION · texte numérisé non relu

A QUELQUE FORTE TENTATION

IL y a peu de personnes qui fassent profession de la piété, si d'ailleurs elles ont des qualités qui les mettent en quelque considération dans le monde, qui ne se soient trouvées dans des occasions dangereuses, où leur foi et leur vertu auront été mises à l'épreuve, et où par la grâce de Dieu elles n'auront pourtant pas succombé. Je voudrais que l'on s'aidât encore de ce moyen pour se bien connaître soimême, et que pour cet effet l'on fît une exacte réflexion sur la manière dont ou

s'est échappé de ces pièges, car cela ne contribuera pas peu à Texamen qu'on se propose de faire.

Si donc on s'est vu quelquefois dans de grandes et fortes tentations de la part du monde: si par exemple des personnes puissantes et autorisées, et des personnes aimables et chères, ont employé toutes leurs promesses, les douceurs de leur amitié et tous les autres motifs qu'on a accoutumé d'employer pour nous porter à un changement de religion ou pour nous engager dans une mauvaise intrigue, en un mot pour faire faire naufrage à notre vertu et à notre probité, de quelque manière que ce soit, et que l'on se soit tenu ferme et inébranlable^ c'est déjà une assez bonne marque de la vérité et de la sincérité d'une régénération. Car ni la force du tempérament, ni une simple vertu morale ou civile, ni de simples dispositions à la piété, ne sont pas trop capables de résister à un grand intérêt d'établissement de famille ou

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d'élévation mondaine, ni à tous les charmes d'une tendre amitié et d'une puissante persuasion.

Il ne faut pourtant pas s'arrêter là, car il peut arriver quelquefois qu'un homme se défende de ces tentations, ou par caprice, sans en pouvoir bien dire la raison, ou par un sentiment de vaine gloire, pour s'en faire un honneur et un mérite à luimême, ou par des préjugés de naissance et d'éducation, ou par des considérations d'estime et d'amitié qu'on a pour d'autres personnes. J'avoue que cela arrive très rarement, ou pour mieux dire que cela n'arrive presque jamais chez des personnes qui ont tant soit peu de raison. Une âme possédée par l'amour-propre, et en qui les idées du monde régnent, sera-t~elle capable de tenir bon contre une grande espérance sûre et présente, qui agit accompagnée de tout ce qui a de l'ascendant sur l'esprit et de tout ce qui peut toucher le coeur? Lui pourra-t-elle, dis-je, résister

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par une simple opiniâtreté, ou par une fausse joie d'avoir contredit, ou par les simples liens de la naissance et de l'éducation, qui n'ont presque plus de force dès qu'on est sorti de l'enfance, ou par des considérations d'estime et d'amitié humaine, qui ne sont pas de grande efficace?

Cela est assez difficile à présumer, et il serait bien plus juste de croire qu'il n'y a que Dieu seul dont l'idée soit capable de triompher de ces objets. Je veux pourtant supposer que cela se puisse, et je souhaite qu'on s'examine sur cette supposition.

Qu'on rappelle donc dans sa mémoire ce qu'on a senti dans ces grandes occasions, et si l'on trouve qu'on ait remporté la victoire par la solidité de sa vertu et par la crainte de Dieu, qu'on ait vu les promesses d'avancement dans toute leur étendue, qu'on ne les ait pas révoquées en doute, qu'on n'ait pas même été insensible aux attraits obligeants dont elles ont éxé assaisonnées, que cependant on ait

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vaincu, parce qu'on a mis le grand intérêt de la piété en opposition à tout cet intérêt temporel, et que les douceurs de la grâce ont englouti les douceurs humaines, il n'y a pas à hésiter, il faut être content de son cœur et s'assurer que c'est le fruit d'une véritable régénération. Ce n'est point un effet de la chair et du sang, c'est celui du Saint-Esprit et d'un secours qu'on a reçu d'en haut. J'ajouterai seulement que, si la tentation n'a pas été d'un seul moment, si elle a été longue, et qu'avec l'adresse et la force elle ait joint l'assiduité, le jugement qu'on fera d'une telle victoire sera certain et démonstratif.

Ces sortes d'épreuves sont de véritables pierres de touche, par lesquelles nous pouvons nous bien connaître nous-mêmes, et, quand un homme de bien y a passé, il doit rendre grâces à Dieu et reconnaître sa bonté, de lui avoir d'un côté fourni une si belle occasion de faire son devoir et de s'assurer de son salut, et de l'autre de

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l'avoir soutenu dans le combat. Il faut même adorer les voies de la sagesse et de la providence divine à Tégard de ses enfants, d'employer ainsi ces puissantes attaques pour sceller de plus en plus dans leur âme la vérité de leur élection. Les hommes ont leurs fins ; mais Dieu, en leur permettant d'agir conformément à leur intention, se sert de leur ministère pour faire réussir tout le contraire de ce qu'ils ont pensé. Qu'un homme fidèle est heureux quand il a plu à Dieu d'en user envers lui de cette manière !

Cependant il faut bien se donner de garde d'abuser de cette réflexion, car si, sous prétexte qu'un homme est heureux lors qu'il a soutenu de telles épreuves, on s'imaginait qu'il les fallût rechercher, et qu'en effet on s'y exposât volontairement, ce serait la plus grande de toutes les témérités et un crime qui ne demeurerait pas impuni. On ne saurait assez se défier de sa propre faiblesse, et, à moins que d'avoir

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une révélation extraordinaire, nul ne peut se promettre que Dieu le secourra dans le moment du danger. Quand ce ne serait que pour nous humilier et pour châtier notre présomption, il peut arriver que Dieu nous livre à notre propre infirmité, et il y a plus d'apparence qu'il en usera ainsi lorsque nous irons braver le péril, qu'il n'y en a qu'il nous soutiendra. Il faut donc éviter ces sortes de tentations, fuir tout ce qui nous y peut conduire, et pencher plus du côté de la timidité que du côté de la fierté. Mais, quand il plaira à Dieu de nous y appeler par les voies inévitables de sa providence, c'est alors qu'il faut recueillir tout notre courage et nous confier au secours de- son Saint- Esprit.

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