‹ L'excellence de la dévotion au cœur adorable de Jésus-Christ [microforme]Chapitre 10 sur 98 · DÉFINITION ET EXPLICATIONS · texte numérisé non relu

DÉFINITION ET EXPLICATIONS

Après ces observations, il sera aisé de donner une idée juste et précise de la nature de la dévotion au Sacré- Cœur de Jésus-Christ. On peut la définir en cette manière : C’est un exercice de religion qui a pour objet le Cœur adorable de Jésus-Christ embrasé d'amour pour les hommes ; qui a pour fin d’honorer ce divin Cœur par tous les hommages que l'amour et la reconnaissance peuvent inspirer (1): et en particulier de lui faire réparation des injures qu’il reçoit dans le sacrement de son amour, (2) Expliquons cette définition, et tâchons de mettre ce qu’elle renferme dans tout son jour.

C'est un exercice de religion qui a pour objet le Cœur adorable de Jésus-Christ. Il faut remarquer d’abord qu’il y a dans l'Église plusieurs dévotions établies, lesquelles, bien que différentes entre elles par leurs objets particuliers, regardent cependant toutes Notre-Seigneur Jésus-Christ. L'une regarde son sacré corps; l’autre, ses plaies adorables ; une troisième, sa croix; une quatrième, son nom; une cinquième .:on sang, et ainsi des autres. Celle dont nous parlons ici regarde son Cœur. Certainement ce Cœur divin n’est pas en soi un objet moins digne de la dévotion des fidèles que les autres qu’on a nommés; et on n’opposera jamais rien contre la dévotion au Cœur qu’on ne puisse opposer de même, et avec encore plus d'apparence, contre la dévotion aux plaies, à la croix, au nom de Jésus, comme le sentira d’abord tout homme capable de juger de ces matières.”

(1) C'est la fin principale. Le P. de Gallifet est plus explicite dans son Mémorial: La première fin qu’on ait en vue, dit-il, est de répondre à l'amour du Christ.:—N, de l'édit.

(2) C’est la fin secondaire.—N, de l'édit.

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Mais, pour ôter aux personnes peu instruites tout sujet d'erreur, et prévenir les doutes qui peuvent naître, nous ajouterons une nouvelle observation aux observations précédentes.

Le Sacré-Cœur de Jésus-Christ ne doit pas être regardé, dans cette dévotion, séparément des choses spirituelles et divines à quoi il est indissolublement lié. On doit, au contraire, le considérer uni intimement à l’Ame et à la personne de Jésus-Christ plein de vie, de sentiment et de connaissance. D'où il suit un effet digne d'être remarqué: c'est que tous les honneurs qu’on rend ainsi à ce Cœur adorable ne se terminent pas précisément et uniquement au cœur matériel, mais ils se terminent en même temps et indivisiblement à l’âme et à la personne unies à ce Cœur; comme les honneurs qu'on rend à un homme vivant ne se terminent pas précisément au corps ou à l’âme, mais aux deux ensemble, faisant un composé qu’on honore sans division. On tire de là deux autres conséquences: l’une, que c’est avec raison, et dans un sens très propre, qu’on dit du Cœur de Jésus: qu’il aime, qu'il souffre, qu’il est affigé, outragé, etc. ; l’autre, qu’on peut adresser à ce Cœur divin, des prières, des actes, des affections, des louanges, en un mot tout ce qu'on peut adresser à la personne même; puisqu’en effet la personne elle-même, unie à ce Cœur, les reçoit très réellement. C’est à quoi n’ont pas fait attention ceux qui ont paru désapprouver cette pratique à l'égard du Cœur de Jésus, et qui par là semblent n’avoir regardé ce Cœur divin que comme une partie du corps de Jésus-Christ inanimée et insensible, sans avoir aucun égard aux choses spirituelles et intelligentes qui lui sont unies, comme on vieut de

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l'observer. Revenons à notre définition. Les paroles qui suivent sont celles-ci :

Embrasé pour d'amour les hommes. Elles marquent qu’on doit envisager le Cœur de Jésus-Christ comme brûlant de cet amour immense qui l’a porté à faire et à souf- ‘ir tout ce qu’il a fait et souffert pour nous; mais singulièrement à instituer le sacrement de l'autel, ce qui a été le dernier effort de son amour. Cette considération de l'amour dont ce Cœur divin est embrasé, est celle qui doit servir à exciter notre tendresse envers lui : sentiment essentiel à cette dévotion.

Quelqu'un demandera peut-être si on peut dire avec vérité, en parlant du cœur, qu’il brûle d'amour (1)...

Quiconque a un cœur, et a aimé quelque chose un peu vivement, n’a besoin que de son propre sentiment pour se convaincre de la réalité des impressions que l’amour fait sur le cœur. Les saints, dans les voies extraordinaires de la grâce, éprouvent fréquemment avec quelle force et quelle douceur l’amour divin se communique au cœur. On sait ce que cet amou: a produit dans les cœurs d’un saint Philippe de Néri, d'un saint Pierre d’Alcantara, d’un saint Xavier, d’un saint Stanislas Kostka, d'une Gertrude, d’une Thérèse, d’une Madeleine de Pazzi, d'une Catherine de Sienne et de tant d’autres saints dont nous rapporterons plus bas des témoignages certains. Ces

(1) Nous omettons ici la doctrine philosophique du P. de Gallifet sur le principe de l'amour. On peut consulter à ce sujet le P. Terrien, S.J., au chap. v de son bel ouvrage : La Dévotion au Sacré-Cœur de Jésus.

Nous avons également supprimé les autres passages où l’auteur émet cette même doctrine.—Note de l'éditeur.

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Ames, singulièrement favorisées de Dieu, nous expliquent dans leurs écrits comment, dans la jouissance que Dieu leur donne de lui-même, lorsque l’Ame est inondée des torrents de joie et de délices que lui cause la possession de cet objet infini, le cœur, participant à ces délices, éprouve des agitations et des impressions également charmantes et ineffables ; comme il se dilate d’une manière admirable, comme il s’enflamme, comme il se sent brûler d’un feu tout divin, comme il se fond en douceur au milieu des ardeurs qui le consument ! comment, au contraire, dans l’absence de ce divin objet, ou au souvenir des offenses commises contre lui, l’affliction où l'âme est réduite, se communiquant encore au cœur, il se resserre d’une manière très douloureuse ; comme il est noyé dans une amertume indicible ; comme il se sent percé de traits mortels !

Ce que les saints éprouvent de la force et de la douceur de l’amour divin, le reste des hommes l'éprouve avec proportion de l'amour naturel; et il n'est pas moins constant, par l'expérience, que l'amour naturelet l'amour profane font sur le cœur de très vives impressions. Ce n’est pas à nous à les décrire, ces impressions ; mais, sur le témoignage qu’en rendent ceux qui les éprouvent, nous ne craignons pas d’être démentis, lorsque nous assurons, comme une vérité incontestable, que le cœur a beaucoup de part à l'amour.

C'est de cette expérience constante et universelle que sont nées ces expressions, si communes dans le langage des hommes et de Dieu même: un cœur brûlant d'amour, un cœur percé de douleur, un cœur accablé de tristesse, un cœur contrit, un cœur déchiré. De là encore ce sen-

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timent universel de toutes les nations du monde, qui fait qu'elles regardent le cœur...…., comme le symbole le plus naturel de l'amour, comme le gage le plus tendre qu’on puisse laisser de son amour. La liaison du cœur avec l'amour leur a paru si étroite, que de ces deux choses ils n'en ont fait, pour ainsi dire, qu'une dans le langage ordinaire, confondant ensemble, sous un seul et même nom, le cœur et l'amour, rien n'étant si ordinaire dans le langage des hommes, que de se servir du mot de cœur pour exprimer l'amour. Ainsi on dit: aimer Dieu de tout son cœur ; donner son cœur à Dieu ; détacher son cœur des créatures. Et ce langage n'est pas seulement celui des hommes, mais encore celui de Dieu dans toutes les pages de l'Écriture : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur. (Matth. xxu, 37.) L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs (Rom. v, 5), etc. C'est aussi le langage ordinaire de l'Église: Venez, Esprit- Saint, allumez dans nos cœurs le feu de votre amour ; brâlez nos cœurs du feu du Saint-Esprit ; pénétrez nos cœurs de votre amour, etc.

Il résulte de toutes ces remarques qu’on peut dire avec vérité que le cœur aime,.….qu'il brûle d'amour. Et voilà la réponse à l'objection proposée. Après toutes ces observations, il est temps de venir à notre sujet, et d’appliquer au Sacré-Cœur de Jésus ce que nous avons dit en général du cœur humain. Il est certain, par la foi, que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, a été semblable en tout aux autres hommes, au péché près et à l’imperfection. Tentatum autem per omnia pro similitudine, absque peccato. (Hebr. 1v, 15.) Il a donc aimé à la manière des autres hommes et conformément à la nature

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de l’homme; son cœur a donc en part à son amour:..il en a souffert les impressions comme les autres cœurs; avec cette différence, que Jésus ayant aimé d’un amour immense, à quoi l’amour des autres cœurs n’a rien de comparable, les impressions que cet amour a faites sur ce divin Cœur doivent surpasser infiniment celles que l’amour a faites sur le cœur des saints. On peut comprendre quelque chose de la vivacité de ces impressions de l'amour sur le Cœur de Jésus, par ce que la foi nous apprend des impressions que firent sur ce Sacré-Cœur d’autres affections beaucoup moins capables de le toucher, comme la tristesse dans le jardin des Olives, qui alla jusqu’à l’agonie, jusqu’à une sueur de sang. Carce Cœur adorable, qui fut principalement formé pour aimer, devait être par sa nature bien autrement sensible à l'amour qu'aux autres affections de l'âme; et, par conséquent, les effets de l’amour sur lui devaient être bien autrement vifs que ceux de la tristesse, On peut donc dire du Cœur de Jésus, avec plus de vérité que d’aucun autre cœur, qu’il a brûlé d'amour, qu'il a langui d'amour, qu’il a été pénétré d'amour : et voilà la considération qui doit rendre ce Sacré-Cœur infiniment aimable aux âmes qui le considèrent dans cet état.

Il faut joindre à cette première considération celle des souffrances de ce divin Cœur pour notre salut, de sa douleur à la vue de nos péchés, de ses tristesses, de ses angoisses, de son abandon, de sa désolation ; en un mot, de toutes les douleurs de la Passion intérieure de Jésus- Christ, laquelle se fit sentir tout entière à ce Sacré- Cœur, qu'on peut dire avoir été comme lc centre de toutes les

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aflictions de son âme, ainsi que nous l’expliquerons plus

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au long au livre suivant. 11 faut ajouter à tout cela la plaie sacrée que ce divin Cœur a voulu recevoir sur la croix, du coup de lance, selon le sentiment commun des fidèles (1) ; plaie si propre à toucher nos cœurs et à exciter la tendresse des âmes fidèles qui contemplent cet aimable objet.

C'est en considérant le Cœur de Jésus-Christ dans ces diverses dispositions d'amour et de souffrances: tantôt dans les douces ardeurs de sa charité: tantôt agité par la violence des désirs qu’il formait sans cesse pour la gloire de son Père et pour notre salut; tantôt, par l'effet de cette même charité, accablé de tristesse à la vue de nos péchés, agonisant, percé de mille traits mortels, contrit, humilié, abandonné de son Père, blessé enfin cruellement sur la croix et répandant son sang jusques à la dernière goutte; c’est, dis-je, en le contemplant dans cetétat, qu’on trouve de quoi s’exciter à la dévotion la plus tendre envers cet adorable Ciur. Les saints, éclairés de Dieu et pénétrés de l’onction de la grâce, n’ont pas eu de termes assez sublimes et assez tendres pour exprimer ce qu’ils sentaient en parlant de ce Cœur divin. Ils l’'appellent dans leurs écrits, dans leurs colloques, dans leurs transports: Le trésor de la divinité; l'arche du testament ; la source de toutes les grâces ; le trône de l'amour; la fontaine de la vie; le trésor de la sagesse et de la charité éternelle; l'arche de la divine fidélité ; l'océan de la divine miséricorde ; la porte du paradis ; la demeure secrète de l'épouse, son refuge, son soulagement, le lieu de ses pures délices, d'où découle le miel le plus doux ; le

(1) Voyez l’art. 2e de l’Addition qui est à la fin du second livre.

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trésor charmant de la béatitude; la porte par laquelle Dieu vient à nous et nous allons à lui, etc. Ces expressions sont tirées de saint Bernard, de saint Bonaventure, de sainte Gertrude, de Blosius, de Lansperge et d’autres âmes élevées dans la contemplation, dont on trouvera les textes au long dans la suite de ce livre.

Enfin, pour achever de donner la juste idée de la nature de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus-Christ, il faut ajouter un dernier trait renfermé dans les paroles suivantes de la définition que nous expliquons:

Outragé par l'ingratitude de ces mêmes hommes, surtout dans l Eucharistie.

Ce n’est pas assez d’avoir considéré la dignité infinie et l'amour immense du Cœur de Jésus-Christ, qui rendent ce Sacré-Cœur digne de nos adorations les plus profondes et de notre amour le plus tendre; il faut le considérer encore comme cruellement outragé par l’ingratitude des hommes, et digne par cet endroit d’une autre espèce de culte, qui consiste dans la réparation qu’on lui doit pour les mépris et les injures qu’il souffre. Le Cœur de Jésus aime, comme on l’a dit, d’un amour immense: cet amour s’est produit par les excès les plus étonnants, et surtout par l'institution admirable du mystère de nos autels. Mais hélas !cetamour d’un Dieu, tout excessif et ineffable qu'ilest; cet amour, qui devrait avoir gagné à Jésus- Christ tous les cœurs, est pourtant oublié des hommes ; il n’est payé de la plupart que par des mépris et des outrages dans ce sacrement même de son amour. Car à quoi n’y est-il pas exposé, soit de la part des hérétiques, qui ont renouvelé contre lui tous les outrages de sa Passion; soit de la part des catholiques eux-mêmes, par

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leurs irrévérences, leurs froideurs, et par les sacrilèges dont ils se rendent coupables tant de fois? Et voilà la considération que Jésus-Christ lui-même nous propose, laquelle doit nous exciter à cette réparation et à cette amende honorable au Cœur de Jésus, qui est une fin principale de cette dévotion. Nous l’avons renfermée dans ces dernières paroles de la définition: Exercice dont la fin est d'aimer et d'honorer c: Sacré-Cœur, et en particulier de lui faire réparation des injures qu'il reçoit dans le sacrement de son amour.

En finissant ce chapitre, tâchons d’en tirer un fruit très important : savoir, une idée nette et parfaite de l’objet de la dévotion au Cœur de Jésus. Plusieurs s’y trompent : en entendant prononcer ce nom sacré, le Cœur de Jésus, ils bornent toutes leurs pensées au cœur matériel de Jésus-Christ ; ils n’envisagent ce Cœur divin que comme une pièce de chair sans vie et sans sentiment, à peu près comme ils feraient d’une relique sainte toute matérielle. Ah ! que l’idée qu’on doit avoir de ce Sacré-Cœur est bien différente et bien autrement magnifique !

Il faut donc d’abord considérer ce Cœur, ainsi qu’on l’a déjà remarqué, comme uni intimement et indissolublement à l’âme et à la personne adorable de Jésus-Christ, élevé par cette union à un état tout divin, plein de vie, de sentiment et d’intelligence. On doit le considérer, en second lieu, comme le plus noble et le principal organe des affections sensibles de Jésus-Christ, de son amour, de son zèle, de son obéissance, de ses désirs, de ses douleurs, de ses joies, de ses tristesses ; comme le siège deces mêmes affections et de toutes les vertus de l'Homme-Dieu. On doit le considérer, en troisième lieu, comme le centre de

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toutes les souffrances intérieures que notre salut lui a coûtées; et de plus, comme blessé cruellement par le coup de lance qu’il reçut sur la croix. Enfin, on doit le considérer comme sanctifié par les dons les plus précieux du Saint-Esprit et par l’infusion de tous les trésors de grâce dont il est capable.

Tout cela appartient réellement à ce Cœur divin ; tout cela lui est propre ; c’est de là qu’il tire sa dignité, son prix, son excellence, e: par conséquent tout cela entre dans l’objet de la dévotion au Cœur de Jésus. C’est ce Cœur ainsi disposé, ainsi emibrasé, ainsi affigé, ainsi blessé, qui cst le vrai objet de la dévotion que nous expliquons. Qu'on envisage donc ce composé admirable, qui résulte du Cœur de Jésus ; de l’âme et de la divinité qui lui sont unies ; des dons et des grâces qu’il renferme; des vertus et des affections dont il est le siège ; des douleurs intérieures dont il est le centre ; de la plaie qu’il reçut sur la croix : voilà l’objet complet, pour m’exprimer ainsi, qu'on propose à l’adoration et à l'amour des fidèles ; objet évidemment le plus saint, le plus noble, le plus grand, le plus sublime, le plus divin et en même temps le plus doux, le plus aimable, le plus tendre qu’il soit possible d'imaginer.

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