OBJET DE LA DÉVOTION
Première observation. Un objet qui, considéré précisément en lui-même, ne serait pas digne de certains honneurs, en devient digne dès là qu'il est uni intimement avec un autre objet auquel ces honneurs sont dus. Par exemple, l'humanité sainte de Jésus-Christ, qui est un objet créé, et qui par conséquent n’est pas digne par elle-même de l’adoration de latrie, devie- ‘’+ne de cette même adoration par son union avec “inité: de manière qu’on adore ensemble en Jésus-Curist, par une même et seule adoration de latrie indivisiblement, l’humanité et la divinité, comme l’enseignent tous les théologiens avec saint Thomas. (Part. III, quæst. 25, art. 1, 2,8.) La même chose arrive à l'égard des objets purement naturels: le corps de l’homme, par exemple, uni à l’âme, devient par cette union di... des mêmes honneurs que l’âme même. On honore dans l’homme ces deux choses ensemble, d’un seul et même h : ineur, qui se termineégalement et indivisiblement au corps et à l'âme.
(1) Les sous-titres qui partagent ce chapitre sont de nous, —Note de l'éditeur,
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C’est une loi générale que l’objet spirituel communique sa dignité et son excellence à l’objet corporel auquel il est uni, et le rend digne, dans cet état d'union, des mêmes honneurs dont il est digne lui-même.
Seconde observation. Dans toutes les dévotions ou fêtes qui regardent l'humanité sainte de Jésus-Christ, il y a toujours un double objet: l’un sensible et corporel; l’autre invisible et spirituel, qui sont unis ensemble, et qu’on honore indivisiblement, l’obje spirituel communiquant sa dignité à l’objet corporel, comme on vient de le remarquer. Mais l’objet corporel et sensible a cela de propre, qu’il donne toujours son nom à la dévotion et à la fête. Quelqr<s exemples vont rendre cela sensible. Prenons les dévotions à la croix de Jésus-Christ, à ses plaies, à son nom, dont l’Église a établi des fêtes particulières. Quel est l’objet de la fête de la Croix? Il y en a deux unis ensemble: l’un sensible, qui est la croix même; l’autre spirituel, qui est Jésus crucifié, opérant par la croix le mystère de la Rédemption. L'objet spirituel communique à la croix sa dignité et la rend, par l’union qu’il a avec elle, digne de cette vénération si singulière que toute l’Église lui rend avec tant de solennité. Mais cet.objet spirituel ne donne point son nom à la fête: elle le tire de l’objet sensible et corporel qui est la croix même, et s’appelle la fête de la Croix. De ‘même la dévotion aux plaies de Jésus-Christ a deux objets unis indivisiblement : l’un sensible, ce sont les plaies mêmes; l’autre spirituel, ce sont les souffrances que ces plaies ont causées à Jésus-Christ, et le mystère d'amour qui y est renfermé. La dévotion prend son nom des plaies qui sont l’objet sensible: mais ce qui rend ces
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LA BIENHEUREUSE MARGUERITE-MARIE —Petit.
Ce portrait est vénéré dans la chapelle ue la Visitation à Paray-le- Monial.
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plaies si vénérables et si aimables, c'est l’objet spirituel: c'est le mystère des souffrances et de l'amour de Jésus- Christ qu’elles renferment. On doit dire la même chose de la d‘votion et de la fête du nom de Jésus. L'objet sensible, c’est le nom même qu’on représente aux yeux des fidèles. L'objet spirituel, ce sont les mystères renfermés dans ce nom, lequel signifie ce qu’il y a de plus grand dans l'Homme-Dieu. Ce qu’on vient de remarquer dans ces trois dévotions, on leremarquera aisément dans toutes les autres. Cela supposé, venons à notre sujet, et tâchons de donner une idée juste et nette de la dévotion dont nous traitons.
Sinous voulons nous conformer aux desseins de Jésus- Christ, il ne faut pas chercher ailleurs cette idée de la dévotion à son Sacré-Cœur, que dans la révélation même qui en a été la première origine. Et nuisqu'il a plu à ce‘ aimable Sauveur de s'expliquer lui-mêm sur ce sujet, c'est de ses propres paroles qu’il convient de tirer la véritable idée que nous cherchons. La chose ne sera pas difficile, puisque Jésus-Christ s’est e: nliqué fort nettement. Nous allons pour cela remettre 1ci sous les yeux des lecteurs cette partiede la révélation. La voici :
Tu ne peux me rendre un plus grand amour qu'en faisant ce que je t'ai déjà tant de fois demandé ; et me découvrant son di-' Cœur: Voilà ce CŒUR qui a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné, jusques à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour ree.. naissance, je ne reçois de la plus grande partie que des ingratitudes, par les mépris, irrévérences, sacrilèges et froideurs qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. Mais ce qui est encore plus
rebutant, c'est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés. C'est pour cela que je te demande que le premier vendredi d'après l'octave du saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, communiant ce jour-là pour réparer les indignités qu'il a reçues pendant le temps qu'il a éié exposé sur les Autels ; et je te promets que mon Cœur se dilatera, pour répandre avec abondance les influences de son divin amour Sur ceux qui lui rendront cet honneur... Adressetoi à mon serviteur N. N., et lui dis, de ma part, de faire son possible pour établir cette dévotion, etc.
Il est évident, par toute la suite de cette révélation, premièrement : que le dessein de Jésus-Christ est d’établir une dévotion particulièreenversson Sacré-Cœur: ses paroles y sont expresses ; c’est ce qu’il demande à cette âme sainte. Il lui déclare qu'elle ne peut rien faire de plus agréable à ses yeux. C’est pour cette fin qu’il lui enjoint de s'adresser à son serviteur, et de lui dire de sa part de faire son possible pour établir cette dévotion. Il veut qu’on fasse pour cela une fête particulière, et il en fixe le jour.
Secondement, il n’est pas moins évident qu'il s’agit ici du Cœur de Jésus-Christ dans sa signification propre et naturelle, et nullement dans un sens métaphorique. Jésus-Christ parle de son Cœur réellement pris; cela est manifeste par l’action qu’il fait de découvrir son Cœur et dele montrer; me découvrant son divin Cœur : Voilà ce Cœur, etc. Il parle dece Cœur qu’il découvre, et qu’il montre; c'est ce Cœur qu’il veut qu’on honore, et dont il veut qu’on fasse la fête. On ne peut prendre dans
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un autre sens ce mot de Cœur répété plusieurs fois dans cette révélation, sans faire manifestement violence et aux paroles et aux actions de Jésus-Christ. D'ailleurs, il est manifeste dans la Vie de la vénérable Mère Marguerite que, dans tous les endroits où elle a parlé de cette dévotion, elle a toujours pris le Cœur de Jésus dans le sens naturel qu’on vient de dire.
Voilà donc l'objet sensible de la dévotion que Jésus- Christ veut établir: c’est son Cœur adorable. Je dis l'objet sensible, conformément aux observations précédentes; car il faut bien remarquer que cette dévotion, comme le: autres, a deux objets unis ensemble, et qu’on honore indivisiblement : l’un sensible et corporel; l’autre invisible et spirituel. L'objet sensible, le voilà bien marqué par Notre Seigneur, c’est son Cœur divin. Aussi, c'est de là que la dévotion tire son nom, et s’appelle la dévotion au Cœur de Jésus. Quant à l’objet spirituel et principal, il est marqué très nettement dans les paroles de Jésus-Christ qui suivent: Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné, Jusques à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner Son amour. Jésus-Christ, selon le langage ordinaire des hommes et du Saint-Esprit même, attribue à son Cœur l'amour qu’il nous porte. C’est cet amour immense dont ce Sacré-Cœur est embrasé, qui est l’objet spirituel de la dévotion. Cet amour, par l’union intime qu’il a avec le cœur, le rend digne d’être honoré du même culte et des mêmes affections indivisiblement qui sont dues à l'amour même, suivant les observations déjà faites, sans parler maintenant des autres mystères que renferme et que représente ce Cœur adorable, qui augmentent infiniment son excellence, et que nous toucherons plus bas.
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Mais il faut encore observer ici un point essentiel à la nature de notre dévotion, c’est que cet amour de Jésus, dont son divin Cœur est embrasé, doit être considéré comme un amou : méyrisé et offensé par l’ingratitude des hommes. Cette circonstance est exprimée dans ces autres paroles que Jésus-Christ ajoute: Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plus grande partie que des ingratitudes, par les mépris, irrévéreices, sacrilèges et froideurs qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. Le Cœur de Jésus-Christ doit être considéré ici sous deux rapports: d’une part, comme embrasé d'amour pour les hommes ; et de l’autre, comme offensé cruellement par l’ingratitude de ces mêmes hommes. Ces deux motifs unis ensemble doivent produire en nous deux sentiments également essentiels à la dévotion envers ce Sacré-Cœur : savoir, un amour qui réponde au sien, et une douleur qui nous porte à réparer les injures qu’il souffre de la dureté des hommes.
Enfin, la pratique que Jésus-Christ exige pour s’acquitter de ce double devoir, est renfermée dans ces dernières paroles: Je te demande que le premier vendredi d'après lPoctave du saint Sacrement soit dédié : une fête particulière pour honorer mon Cœur, en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, communiant ce jour-là pour réparer les indignités qu'il a soufertes pendant le temps qu'ila été exposé sur les autels. Jésus- Christ se contente là d’exprimer le principal exercice de la dévotion qu’il veut établir; mais ce n’est pas la seule pratique qu’on doit employer pour honorer ce Cœur divin: il y en a plusieurs autres, comme on l’expliquera dans la suite.
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