CINQUIÈME TRAIT D’INGRATITUDE
Que dirai-je maintenant de la communion et de la messe ? Jésus se donne à nous à la communion avec un ariour immense; c’est le dernier effort de sa charité infinie. Comment répond-on à cet amour ? Comment va-t-on à lui? Avec quel dégoût ! quelle contrainte ! quelle répugnance ! Il a fallu, pour y résoudre les fidèles, le leur commancer sous peine de damnation. Combien y en a-t-il qui le font sacrilègement, et qui n’ont pas horreur de donner à Jésus-Christ un baiser qr' renouvelle le crime du traître Judas !
Pour la messe, comment la célèbre-t-on ? Comment y assiste-t-on ? Ceux qui la disent, comment s’acquittentils de ce ministère redoutable ? On dirait que la messe est une de ces fonctions vulgairese .1t on apprend à s’acquitter cavalièrement, et sans réflexion à ce qu’on fait. Avec quelle préparation va-t-on à l'autel? Avec quel respect touche-t-on cette hostie consacrée ? On ne devrait y porter la main qu’en tremblant et avec une sainte frayeur. On la touche, on la transporte d’un lieu à un autre, on en fait les sacrées cérémonies avec aussi peu de sentiment et d'attention que si c'était un morceau de pain. On se fait un mérite d’expédier bien vite ; et la p:écipitation qui accompagne cette action divine marque assez l’empressement qu’on a de la voir finie. L’aurait-on jamais pensé, qu’un ministère si saint, si noble, si élevé, si divin, où l’on tient entre ses mains le Fils de Dieu, où on le sacrifie à la gloire de son Père, dût un jour ennuyer les ministres choisis pour l'exercer !
Le reste des fidèles qui assistent au Sacrifice ont part à ces justes reproches; c’est une indolence, une indifférence,
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une paresse étonnantes. Avec quelle foi y sont-ils ? Avec quelle révérence ? Avec quelle dévotion ? Avec quel amour ? La plupart négligent d'y aller; la moindre raison les en détourne ; et quand on y est, on s’y ennuie, on s’y distrait : la messe n’est jamais assez courte, et tandis que Jésus-Christ s’immole pour eux, une demiheure de temps pour assister à son Sacrifice leur paraît insupportable. Finissons ce détail. Il est clair que de quelque côté qu’on jette les yeux, on voit partout des marques sensibles du peu de respect, du peu d'amour, du peu de reconnaissance qu'on a pour Jésus-Christ. Que dis-je ? On voit partout des marques d’indifiérence, d'ingratitude, de mépris. Et voilà enfin comme les chrétiens répondent à l'amour de Jésus-Christ ; voilà comme ils payent ses bienfaits !
Ici les paroles me manquent pour exprimer mes sen-
timents : il faudrait, au lieu de paroles, des ruisseaux de larmes pour déplorer une dureté si monstrueuse. Je m'écrie dans ma douleur avec un prophète : Quis dabit capiti meo aq ”m, et oculis meis fontem lacrymarum, et plorabo die et nocte. (Jerem. 1x, LL) O mon aimable et adorable Rédempteur, qui est-ce qui donnera de l’eau à ma tête, et une fontaine de larmes à mes yeux pour pleurer jour et nuit le mépris qu'on fait de votre amour, et l'ingratitude dor.. un paye tant de bienfaits ! Anges qui remplissez les sanctuaires où ce divin époux de nos âmes réside; qui, au défaut des hommes, ne cessez de lui rendre au pied de ses autels les hommages les plus profonds, et qui vous consumez dans les pures flammes de son amour ; anges de paix, qui êtes témoins de tout ce que je viens de dire, et qui, au langage de l'Écriture, pleurez amèrement
les injures qu’on fait à Dieu : Anceli pacis amare flebant. (Is. xxxu1, 7.) Ah ! que ne pouvez-vous gémir et parler à ma place, et suppléer à l'impuissance où je me trouve d'exprimer ce qu'on doit sentir sur ce sujet !
Je vais faire un dernier effort pour toucher les cœurs, en ramassant en peu de mots, le plus vivement qu’il me sera possible, ce que j'ai dit dans tout ce chapitre. Que ne puis-je élever ma voix et la faire entendre partout où ily a des chrétiens sensibles à l'équité, à la raison, à l'humanité, pour frapper leur esprit d'horreur à la vue de ce prodige d’inhumanité, et les couvrir en même temps d’une confusion salutaire, qui puisse exciter leur langueur! Jésus-Christ, le fils unique de Dieu, le maître du monde, le souverain des anges et des hommes, le créateur de l’univers, mais spécialement le Dieu des chrétiens, leur roi, leur père, leur frère, leur sauveur; ce même Jésus qui, par un excès d'amour, est descendu du ciel pour eux, qui s'est fait homme, qui a consacré tous les moments de sa vie à leur salut, qui a vorl. mourir en croix pour les délivrer de l'enfer et pour leur ouvrir le ciel; ce Jésus, par un autre effet de cet amour immense, est venu une seconde fois parmi eux: ila voulu faire sa demeure au milieu d'eux; et pour ne se séparer jamais d'eux, il a institué le sacrement de nos autels, où il réside réellement, corporellement, perpétuellement : le voilà dans leur ville, à deux pas de leurs maisons, et souvent même habitant avec eux sous le même toit: et cependant, Jésus n'est pas aimé, il est oublié, abandonné, méprisé, outragé. Obstupescite cœli, super hoc. (Jerem. n, 12.) Cieux, suvez frappés d’étonnement à la vue de ce prodige d’in-
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gratitude! et vous, habitants de la terre, frémissez d'indignation ! Nations infidèles, si le récit de ces choses pouvait aller jusqu'à vous, que diriez-vous de nous? Qui sont donc ces rhrétiens, ces inhumains? Quelle est cette nation barbare? Dans quel affreux climat, et sous quel ciel de bronze vivent-ils ? Quoi! être insensibles à l'amour d’un Dieu, à un si grand amour ! être ingrats après tant de bienfaits, et ingrats jusqu’à oublier un tel bienfaiteur, jusqu'à l’outrager! est-ce là être homme? n'est-ce pas être pire que les bêtes les plus féroces ?
O Jésus! dont le Cœur le plus tendre et le plus généreux qui fut jamais, fut aussi le plus sensible à l’ingratitude, quel sujet de douleur pour vous! Pouvait-on faire une plaie plus cruelle à ce Cœur amoureux ? Faites entendre vos plaintes, ô Cœur sacré, qu’elles viennent frapper et pénétrer nos cœurs!
ARTICLE HI Justes plaintes de Jésus-Christ.
Ces plaintes, Jésus les faisait à cette épouse chérie dont nous avons parlé, et il a voulu les rendre publiques à toute l'Église: Me découvrant son divin Cœur Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu'il n’a rien épargné, jusques à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Viens, mon épouse, considèremoi dans l’état où mon amour pour les hommes m'a réduit ; touché de leurs misères et des maux infinis qui les accablaient, j'ai voulu les «, délivrer ; et, sans avoir égard à mes propres intérêts, L -rté par mon seul amour, je me suis dépouillé de toute la glcire qui convenait à ma grandeur. Je suis descendu du ciel ; je me suis anéanti : j'ai pris la forme d’esclave ; je me suis rendu semblable à
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eux en tout; j'ai pris un corps sujet à toutes leurs nisères ; j'ai passé ma vie au milieu des travaux et des souffrances ; j'ai enduré tout ce que la pauvreté, les veilles, la faim, la soif, le froid, le chaud, tout ce que la haïne des hommes peut faire souffrir. C’est peu, la justice de mon Père exigeait quelque chose de plus. 11 m'a fallu répandre mon sang et perdre la vie dans les tourments les plus cruels. Cela n’a point arrêté mon amour: j'ai livré mon Corps aux liens, aux coups, aux soufflets, aux crachats, aux fouets, aux épines, aux clous ; je l’ai laissé maltraiter et déchirer inhumainement; j'ai répandu mon Sang jusqu’à la dernière goutte ; enfin, tout innocent, tout Dieu que j'étais, j'ai été attaché à une croix et y suis mort pour les coupables, pour les esclaves, pour mes créatures ! Je pouvais les sauver à moins de frais; une goutte de mon sang, une larme eût suffi; mais mon amour n’eût pas été satisfait : il fallait en faire connaître la grandeur par la grandeur des maux que j'ai endurés ; il fallait à un amour infini quelque marque proportionnée. J'ai fait pour les hommes quelque chose qui a dû les toucher encore plus : je leur ai donné mon corps à manger et mon sang à boire, afin de m’unir à eux si étroitement que je devinsse en quelque manière une même chose avec eux.
C'’en devait être assez pour amollir leurs cœurs,et pour leur inspirer quelques sentiments d'amour et de reconnaissance. Mais hélas! j'ai travaillé en vain pour la plupart : ces hommes que mon cœur a tant aimés, non seulement n’usent pas de retour, mais je ne reçois de la plus grande partie que des ingratitudes, par les mépris, les irrévérences, les sacrilèges, et les froideurs qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour; et, ce qui est
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encore plus rebut=nt, c'est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés. Ainsi mon Cœur peut se plaindre dans ce mystère comme il le faisait sur la croix, qu'il est exposé aux opprobres et à la douleur, sans consolation. Improperium expectavit Cor meum et miseriam. Sustinui, qui simul contristaretur, et non fui: : et qui consolaretur, et non inveni, (Psalm. Lxvin, 21.) Dans cet abandon, il cherche auprèsde toi et auprès d'un petit nombre d'âmes fidèles quelque consolation; ilattenddevoussursesautels que, sensible aux injures qu’il souffre, vous vous en affligiez avec lui, et que vous répariez ces injures par vos hommages. Mais pour t’apprendre en particulier ce que tu dois faire pour remplir un si juste devoir, voici ce que mon Cœur désire: Je veux que le vendredi d'après l'octave de la fête de mon corps soit consacré particulièrement à honorer mon Cœur ; communiant ce jour-là, et
lui faisant amende honorable pour toutes les injures qu'il a reçues durant le temps qu'il a été exposé sur les autels,
‘ re fidèle, qui lisez et considérez ceci, que répondez-
aux plaintes si justes et si touchantes de votre ai-
: Rédempteur ? Pouvez-vous les entendre sans en “ere émue, sans concevoir le désir d'y satisfaire selon les désirs de son Cœur? Ce n'est peut-être pas de votre part qu'il reçoit tant d’injures ; mais pensez que ce n’est pas assez pour vous de vous abstenir de l’outrager, et qu'il est de votre fidélité de prendre part aux outrages qu’il reçoit des autres, de lui en témoigner votre douleur et de les réparer de toutes vos forces. En effet, serait-ce assez peur un fils qui verrait maltraiter son père, de ne pas se joindre à ceux qui l’cutragent ? Ne serait-il pas de son devoir de l'empêcher, s’il lui était possible, ou du moins
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de réparer selon son pouvoir les injures qui lui seraient faites ? Eh quoi! aurons-nous donc moins de zèle pour Jésus-Christ que rous en aurions pour un père, moins que nous en aurions pour tn ami ? Moi, qui ne pourrais voir un ami maltraité, surtout à mon occasion et pour mes intérêts, sans lui en témoigner ma douleur, sans faire mes efforts pour le dédommager de ce qu'il souffrirait, je pourrais voir les crimes atroces commis contre mon Sauveur sans en être touché ! Je saurais que Jésus-Christ se trouve exposé, pour l'amour de moi, pour mes intérêts, à mille indignités ; qu'il a souffert dans le saint Sacrement tout ce que la rage des démons a pu inspirer aux hérétiques er aux Juifs; qu'on a percé son corps de mille coups dans les hosties consacrées; qu'on l’a jeté dans les flammes; qu'on l’a foulé aux pieds: :iu’on le déshonore tous les jours par mille profanations et mille sacrilèges ; et je demeurerais insensible, comme si cela ne me regardait pas, comme si Jésus-Christ ne m'était rien! Ah! Seigneur, plutôt que de tomber dans une si lâche insensibilité, que Je cesse de vivre, qu’on m'arrache un cœur qui -rait capable d’une dureté si criminelle ! Je me joindrai donc, ô mon divin Sauveur, je me joindrai aux âmes qui vous aiment; je m'unirai à ceux qui, touchés de la dévotion à votre Sacré-Cœur, se font un devoir de lui faire selon ses désirs, réparation de tant d’injures; j'irai me prosterner cent fois à vos pieds dans ce mystère d'amour; j'irai pleurer votre amour méprisé, et laver de mes larmes ces lieux saints où vous avez reçu tant d’outrages : je ferai à ce Cœur divin l’amende honorable qu'il exige si justement, et je regarderai comme un bonheur et comme une faveur insigne que vous daigniez me souffrir à vos pieds dans cet état d'humiliation.
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pour s que voir + mes e mes it, je Sauist se srêts, acreaux mille 1 les nore èges ; rdait neur, , que t canc, Ô vous on à n ses >rner j'irai s ces rai à uste- > une ieds
Des vertus de la dévotion au Sacré-Cœur 81