‹ L'exercice de la médecine et le charlatanismeChapitre 29 sur 164 · MALADIES ÉVITABLES. — TL'BEBCULOSE. 1 I · texte numérisé non relu

MALADIES ÉVITABLES. — TL'BEBCULOSE. 1 I

des déparlemenls entiers, tels que le Finistère ou le Morbihan, décimés par la tuberculose.

La tuberculose est transmissible de l’homme aux animaux et réciproquement. Nous nous sommes servis de cet argument auprès des pouvoirs publics pour tâcher de les amener à prendre des mesures préventives contre cette maladie. A la suite des délibérations del’Académie de médecine et du Conseil de surveillance de l’assistance publique, nous avons e.xposé la situation au Président du Conseil, M. Méline, qui, vous le savez, a la plus grande sollicitude pour tout ce qui touche à l’agriculture. Nous lui avons rappelé que, quelques années auparavant, il avait visité une superbe installation d’élevage, aux environs du Mans, et nous lui avons appris que tous les animaux élevés dans cet établissement avaient été atteints de tuberculose, depuis qu’un bouvier tuberculeux leur avait donné des soins. Cette communication l’a beaucoup frappé, et l’on. peut espérer que des mesures sérieuses seront prises.

Il est d’autant plus triste de voir les pouvoirs publics et les particuliers se désintéresser de cette question de la tuberculose, que cette maladie est peut-être la plus curable de toutes les maladies transmissibles. On ne devient pas tuberculeux du jour au lendemain, l’évolution du tubercule est très lente et se termine souvent par la guérison.

Vous-mêmes, Messieurs, vous pouvez vous rendre compte à 1 hôpital, quand vous faites une autopsie, de ce que j’ai constaté maintes fois à la Morgue. Quand j’ai pratiqué l’autopsie d’individus âgés de plus de trente ans, dans plus de la moitié des cas. j’ai trouvé dans les poumons des tubercules en voie de guérison ou absolument guéris. Ces gens avaient donc, à un moment donné, été des tuberculeux : vous reconnaîtrez avec moi que les personnes dont on fait la nécropsie, soit à la Morgue, soit à l’hôpital, ne Surit pas de ceux qui peuvent prendre tous les soins hygiéniques désirables, et cependant ils ont guéri. Ce fait nous montre donc bien que la tuberculose est curable, et que nous P. Buouardel. — Exercice de la méd. 8

avons trop longtemps laissé de côté cette question de curabilité dans l'ombre, car, il faut bien le dire, on ne faisait pas, et on ne tait pas encore, pour les tuberculeux, tout ce qui est nécessaire pour les guérir. On considère le phtisique comme un individu irrémédiablement perdu, qui encombre les salles d’hôpital et occupe un lit, souvent nécessaire à des malades atteints d’affections aiguës.

Assurément, Messieurs, le nombre des tubeiculeux est considérable, leur maladie est longue; sont-ce des motifs pour les abandonner? On a dit, avec juste raison, qu ils sèment la tuberculose dans les services hospitaliers ; cela est absolument certain, puisque l’on voit mourir à 1 hôpital, à la suite de cette maladie, des personnes atteintes d’autres affections, des ataxiques, des cirrhotiques, alors qu ils ne meuren t pas tuberculeux en ville ou dans les campagnes ; mais cela même nous trace notre ligne de conduite. 11 est de toute nécessité que l’on construise pour les tuberculeux des établissements hospitaliers spéciaux, afin qu’il soit possible, d une part, de les traiter d’une manière efficace, d’autre part d’éviter la contagion pour les malades occupant la même salle (1).

Mais, objecterez-vous, comment se fait-il que ces précautions prophylactiques si simples ne soient pas déjà prises ? Messieurs, bien qu’il y ait déjà longtemps que l’on ait des exemples de tuberculose transmise, on s’est heurté longtemps à la théorie de l’hérédité absolue. Autrefois, on pensait, et certains médecins en sont encore maintenant tiop convaincus, que la tuberculose est une maladie essentiellementhéréditaire etparlà incurable. Il n’en est rien; dansles autopsies de fœtus et de nouveau-nés que nous faisons si souvent à la Morgue, il ne nous a jamais été possible de trouver trace de tuberculose, non pas seulement de lésions maci oscopiques ou microscopiques, mais aussi de bacilles, avant la sixième semaine de la vie. On ne naît pas tuberculeux, mais on nait avec un terrain disposé à prendre la tuberculose.

(1) Voy. Clément Pierrhugues, Le phtisique parisien à l'hôpital. de Paris, 1898.

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