‹ L'exercice de la médecine et le charlatanismeChapitre 73 sur 164 · SYPHILIS FAMILIALE · texte numérisé non relu

SYPHILIS FAMILIALE

comment la syphilis est entrée dans une famille dont plusieurs membres sont contaminés. Ce rôle d enquêteur est difficile, et Ton doit prendre de grandes précautions, afin de ne blesser la susceptibilité de personne et de ne pas faire pressentir que Ton a des soupçons sur tel membre de la famille, plutôt que sur tel autre. La syphilis provient 95 fois sur 100 du fait du mari; mais il faut bien vous souvenir qu’il peut arriver que l’infection reconnaisse pour cause soit la femme, soit des personnes de lentouiage, parents ou domestiques.

Je vous citerai un cas pour lequel j ai été personnellement consulté. Dans une famille fort honorable, le père, la mère, l’enfant, le grand-père et la grand mère et une servante présentaient, en même temps, des accidents syphilitiques. Je n’ai pas besoin de vous dire dans (juel état de division se trouvait celte famille, où le jeune mari et la jeune femme s’accusaient réciproquement d avoir fait entrer cette infection au domicile conjugal. Après bien des difficultés je finis par trouver la genèse de cetle épidémie.

Le coupable, contrairement à l’avis de ceux qui, instinctivement, accusaient les jeunes, était le grand-père.

Celui-ci était venu à Paris pour les besoins de son commerce. Au retour de son voyage, il avait transmis la syphilis à la grand’mère. On sevrait à ce moment le petit-fils, et la grand’mère, qui lui faisait prendre ses repas, avait l’habitude de goûter chaque cuillerée de potage, afin de voir s’il n’était pas trop chaud ; elle avait ainsi contaminé l’enfant. Celui-ci, enfin, avait transmis la syphilis à ses parents et à la servante qui, en le portant, avait contracté un chancre de la face antérieure de l’avant-bras.

Le médecin est, dans certains cas, encore plus emliarrassé ; surtout s’il s’agit de domestiques. Ouand une bonne est syphilitique, elle peut infecter toute une famille, et particulièrement les enfants, qui courent alors un véritable danger. Le médecin, ainsi que je vous l’ai

LA HESPONSABILITÉ DU MÉDECIN

exposé dans le cours de l'année dernière en vous parlant du secret médical, doit le secret aux domestiques vis-à-vis des maîtres, même si ce sont eux qui l’ont fait appeler (l).

Lu docteur, ancien interne des hôpitaux, vient me demander ce qu il devait faire dans un cas de ce genre : deux jeunes caméristes^ employées dans la môme maison, appelées à donner leurs soins à des enfants, étaient syphilitiques. Je lui recommandai d’abord de leur garder le secret qu'il leur devait, et je l’engageai à leur conseiller de quitter leur place, en leur faisant comprendre le danger qu’elles faisaient courir aux personnes qui les entouraient, et en insistant, surtout, sur les poursuites qui pourraient être engagées contre elles, si une personne de la famille venait à être contaminée.

Sur les instances de ce médecin, j’assistai à la consultation, et je donnai ces conseils moi-même ; les deux jeunes filles, troublées par ma présence, voyant une tierce personne, qu’elles ne connaissaient pas, au courant de leur maladie, quittèrent immédiatement leur place.

Il y a quelques années, je reçus une lettre d’un médecin qui se trouvait dans un cruel embarras. Appelé par son frère, il avait examiné sa belle-sœur, qui présentait un chancre au niveau de la fourchette. Son frère ne portait aucune trace de syphilis récente ou ancienne ; du reste il était fort probable que cette femme avait pris son chancre hors du domicile conjugal.

Il prévint son frère, ce en quoi il eut tort, bien que cette indiscrétion ait été, dans ce cas, fort excusable ; il lui conseilla de s’abstenir de tout rapprochement, et de demander à un autre médecin un certiticat, constatant qu’il ne présentait aucune trace de syphilis ancienne ou récente. La femme fut examinée également par un autre médecin, qui confirma le diagnostic du lieau-frère.

Lne demande en divorce devant être déposée, il me

(1) P. Brounrdcl, La responsabililé yncdicale, 1898, p. 09.

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