‹ L'exercice de la médecine et le charlatanismeChapitre 75 sur 164 · SYPHILIS MATRIMONIALE · texte numérisé non relu

SYPHILIS MATRIMONIALE

mer qu’il enlève à la plaque son pouvoir virulent dès la première application; ensuite, vous conseillerez ii votre malade de s’abstenir de tout rapprochement. Sur ce point, vous n’aurez pas un relus net, mais vous pouvez être sûr qu’on vous fera des objections; la principale est que l’abstention indiquera clairement à la femme la nature de la maladie dont souffre le mai-i. Malgré tout ce qui pourra vous être dit, maintenez votre interdiction et ajoutez qu'il ne faut pas qu'il y ait de grossesse.

La femme, de son côté, peut être contagionnée par contact, ce qui est le cas le plus fréquent; mais, d’autre part, on peut voir évoluer, chez une femme dont le mari est absolument sain ou n’a pas présenté d’accidents virulents, une syphilis dont l’origine est inconnue. Je ne veux pas ici vous parler, bien entendu, des cas où la syphilis est communiquée d’une façon normale à la femme, le mari étant sain. M. le professeur Fournier cite le cas d’une dame audessus de tout soupçon, dont le mari était absolument sain et qui prit la syphilis sans qu’on put s’expliquer sa provenance. Une enquête approfondie révéla que la femme de chambre, sitôt que sa maîtresse était sortie, se servait de ses objets de toilette, serviettes, éponges, etc. ; elle avait la syphilis et la communiqua à sa maîtresse. Dans ces cas, il y a un accident initial, la marche de la maladie est normale.

Les syphiligraphes étaient fort embarrassés, avant les découvertes de Pasteur sur les virus, pour savoir comment une femme enceinte pouvait présenter des accidents secondaires de syphilis, sans que la recherche la plus minutieuse pût laire découvrir l'accident initial. Ils avaient été obligés d admettre que, parfois, la femme dont la grossesse provenait d un syphilitique et qui ne présentait aucun accident appréciable, était contagionnée par le produit môme de la conception, ce qui semble contraire à la loi de Colles, qui dit qu’un enfant ne donne pas la syphilis à sa mère par l’allaitement.

LA RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN

Celle loi esl exacte jusqu’à un certain point. Depuis les études de Pasteur, nous sommes à même de mieux juger ce (jui peut se produire. Le fœtus syphilitique peut donner la syphilis à sa mère, le virus peut passer du sang de l’enfant dans le sang maternel; on peut donc voir se développer, au cours de la grossesse, une syphilis secondaire dont l’agent d’infection sera le fœlus lui-même. Mais si le fœtus ne transmet à sa mère qu’un virus plus ou moins atténué, celle-ci, d’après les théories pastoriennes, deviendra réfractaire à la syphilis, pourra accoucher d’uii fœtus hérédosyphilitique virulent, et nourrir un enfant présentant des plaques muqueuses de la bouche, sans contracter d’accidents; elle est vaccinée.

Prenons maintenant le cas où le mari, n’ayant pas suivi vos conseils, a contaminé sa femme.

Le mari vous amène sa femme, vous prend à part et vous prie de la soigner, sans lui révéler la nature de sa maladie. C’est là un gros danger, car si la femme ignore véritablement la cause de la maladie, si elle ne sait pas qu’elle est contagieuse, elle peut semer la syphilis dans tout son entourage; elle peut la transmettre aux membres de sa famille, aux personnes qui viennent la visiter, etc. Heureusement, ce cas d’ignorance absolue est rare ; en général, la femme sait à quoi s’en tenir, mais elle feint d’ignorer. Témoins les deux faits rapportés par le professeur Fournier.

Un mari lui amène sa femme, qu’il a contaminée. Fournier la soigne, lui laissant ignorer le diagnostic de sa maladie jusqu’à ce que la femme lui dise : « J’ai compris depuis longtemps la nature et le pourquoi de mon mal, seulement visà-vis de mon mari je resterai toujours ignorante, car ma dignité m’impose d’ignorer ce que je ne saurais pardonner. »

Une autre fois, un mari amène sa femme dans les mômes conditions. Il demande le secret; le traitement commence. Ouelques jours après, cette dame dit à son médecin : « Je vous suis bien reconnaissante, cher docteur, de toute

Page 1