NOURRICES ET NOURRISSONS SYPUILITIQUES
Messieurs, dans le cas de syphilis communiquée dont nous nous occupons, les questions qui vous sont posées peuvent se ramener à trois; 1° la nourrice est-elle syphilitique? 2° l’enfant est-il syphilitique? 3° y a-t-il un rapport quelconque entre la syphilis de l’enfant et celle de la nourrice?
Dans des affaires de ce genre, on vous présente souvent un grand nombre de certificats médicaux. Tous remarquerez que beaucoup de ces certificats semblent contradictoires à première vue, mais, cà la suite d’un examen approfondi, vous reconnaîtrez que ces contradictions sont parfois plus apparentes que réelles. Dans une maladie comme la syphilis, dont l’évolution est lente, divers médecins pourront, avec une entière bonne foi, donner des certificats fort différents, parce qu’ils écriront ce qu’ils ont constaté, suivant la phase de la maladie à laquelle ils auront examiné le malade.
Je tiens à vous mettre en garde contre les erreurs de diagnostic possibles ; il est des cas où, de bonne foi, un médecin dont les connaissances en matière de maladie de la peau et de syphilis ne sont pas particulièrement développées peut confondre une affection cutanée non spécifique avec des accidents syphilitiques.
M. le D’’ Barthélemy m’a communiqué la note suivante :
Au commencement d’août 1883, une dame m’amène son enfanl, âgé de seize mois, et sa nourrice. L’enfant a des boulons sur le corps et à la face depuis un mois. La nourrice en a depuis quinze jours. Celle-ci, en cacbelte de ses maîtres, va consulter un médecin, lel)'' D..., qui croit reconnaître des symptômes desyphilis sur l’enfant et sur la nourrice, et qui conseille à cette dernière de demander de forts dommages-intérêts à la famille. Il prescrit le traitement spécifique pour la nourrice et pour l’enfant.
Devant les prétentions de la nourrice, et à cause des faits qu’elle affirme, la famille fait venir son médecin ordinaire, le D>’U...
Celui-ci s’étonne du diagnostic de son confi'ère, car il ne connaît pas d’antécédents syphilitiques chez les parents; les autres enfants sont sains, etc. Il examine l’enfant et la nourrice et trouve des lésions qui rendent son diagnostic hésitant.
C’est sur ces entrefaites qu’il m'amène les deux malades.
Or, il n’y avait pas de syphilis.
LA RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN
L’enfant a de l’eclhyma simple des membres inférieurs ; de l’impétigo simple de la lèvre inférieure, du menton et delà joue gauche (éruption probable de dentition), et un ganglion en voie de suppuration (adéno-plileginon qui a été incisé depuis), situé dans la région sus-hyoïdienne, occasionné par une lymphangite simple non spécifique.
D’autre part, la nourrice était atteinte d’érythème hydroïque circiné des mains, siégeant sur le dos des mains et surtout à la face palmaire, et, chose plus remarquable, d’un hydroa de la muqueuse des lèvres, notamment de la lèvre inférieure. De là le diagnostic erroné de plaques muqueuses.
La guérison fut rapide par un traitement nullement spécifique.
Toute cause d’erreur étant mise à part, la syphilis étant bien établie, vous avez à examiner l’état de la nourrice et celui du nourrisson.
Voyons, en premier lieu, la nourrice. Une recommandation, tout d’abord : vous devez l’examiner complètement, elle et sa famille; vous verrez tout à l’heure pour quelles raisons. Cette partie de l’experlise est délicate, et vous pourrez voir surgir des incidents imprévus.
L’accident initial, le chancre, qui, dans le cas qui nous occupe, siège souvent au sein, est généralement cicatrisé; quelquefois, vous pouvez, surtout si l’infection est récente, trouver la cicatrice ou les vestiges de son induration, l’adénopathie axillaire caractéristique, des plaques muqueuses. Mais, si l’infection a eu lieu plusieurs années auparavant, tous ces signes pourront manquer, et la présence du chancre vous sera seulement affirmée par la nourrice, qui se souviendra d’avoir eu un bouton au sein. Il vous est impossible, sur les dires seuls de cette femme, de pouvoir affirmer que l’accident qu’elle a constaté est bien un chancre et non une fissure simple, plus ou moins irritée, comme en présententsi fréquemment les femmes au début de l’allailement.
Le siège du chancre au mamelon ne prouve d’ailleurs pas la contamination par l’enfant, et le chancre du mamelon n’est pas forcément pris au cours de l’allaitement. Hicord cite le cas d'une nourrice qui présentait un chancre de